Compressions fédérales — De lourds impacts pour le Saint-Laurent

À l’Institut Maurice-Lamontagne (IML), situé à Mont-Joli, le fédéral a ainsi supprimé huit des onze postes de chercheurs spécialisés en écotoxicologie. Ces scientifiques, dont certains de renommée mondiale, étudiaient principalement les impacts des contaminants et de la pollution sur les organismes marins. Plusieurs de leurs travaux étaient directement liés au Saint-Laurent, un écosystème aussi complexe que fragile. Sur son site Internet, on décrit l’IML comme « un des principaux centres francophones de recherche en sciences de la mer au monde ».

 

Cofondateur de l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent, Robert Michaud est extrêmement déçu de cette décision du gouvernement conservateur. « Cette annonce m’a scié les jambes. C’est l’ensemble des laboratoires en services environnementaux qui sont ciblés. Ça me fait peur, a-t-il fait valoir au cours d’un entretien avec Le Devoir. On peut comprendre que le gouvernement cherche à faire certaines compressions. Mais là, c’est très ciblé. On s’attaque directement à des sources d’information scientifiques et objectives qui nous permettent de suivre l’évolution de notre écosystème. Si on ne veut pas entendre les signaux alarmants que les scientifiques peuvent nous transmettre par leurs travaux de recherche, c’est très inquiétant. »

 

Parmi les postes supprimés, on compte un spécialiste qui était à la tête d’un important programme de recherche sur les bélugas du Saint-Laurent, une espèce considérée comme « menacée » en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Celui-ci étudiait depuis des années les impacts des polluants sur ces mammifères marins dont la population avoisine les 1000 individus et ne montre aucun signe d’augmentation. Il a notamment découvert les liens entre différents contaminants industriels et le décès des animaux, qui souffrent bien souvent de plusieurs formes de cancers. Les résultats de ses travaux ont fait l’objet de plusieurs publications scientifiques. En 2005, des spécialistes internationaux avaient même recommandé d’augmenter les fonds disponibles pour ces programmes, dans le cadre d’une évaluation menée par Pêches et Océans Canada.

 

Robert Michaud, cofondateur du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, estime d’ailleurs que les travaux sur ces petites baleines blanches avaient une grande valeur. « Le béluga étant au sommet de la chaîne alimentaire, il est un indicateur important de l’état de santé du Saint-Laurent », a rappelé celui qui les étudie depuis plus de 25 ans. Mais désormais, même des programmes comme la collecte des carcasses d’animaux échoués, source de plusieurs informations, vivote. Pour le moment, aucun financement n’est disponible pour cette année.

 

Une autre chercheuse de l’IML qui travaillait sur différents indicateurs biologiques de l’état de santé de l’écosystème du Saint-Laurent a été remerciée. « Elle étudiait plusieurs composants de l’écosystème qui nous donnent des informations très importantes, a souligné M. Michaud. On se coupe maintenant de cet apport scientifique. »

 

En fait, il est selon lui de plus en plus difficile de mener des recherches rigoureuses, en raison du manque de moyens. « Ça fait des années que les chercheurs, avec des moyens limités, tiennent à bout de bras ces programmes de recherche. Maintenant, on perd d’autres éléments très importants de cette équipe multidisciplinaire, alors qu’on commence à mieux comprendre certaines problématiques. »

 

M. Michaud estime en outre qu’il sera désormais plus ardu de justifier la nécessité de nouvelles mesures de protection pour le Saint-Laurent. « On a des lois pour protéger les espèces en péril et des lois pour protéger des aires marines. Mais pour que ces outils soient efficaces, il nous faut des données, de façon à mieux orienter nos actions et nos choix. Maintenant, on va faire des choix à partir de quoi ? D’idéologies ? De croyances ? C’est une dérive très inquiétante. »

 

La chose lui semble d’autant plus inquiétante qu’il semble désormais acquis qu’il y aura de l’exploitation d’hydrocarbures dans le Saint-Laurent. L’entreprise Corridor Resources compte bien tirer profit du gisement pétrolier Old Harry, et ce, malgré les risques environnementaux que comporte cette exploitation en milieu marin. « Si cette industrie se développe, même sans catastrophe, on pourrait très bien introduire de nouveaux contaminants par les fuites et les méthodes de forage, a insisté Robert Michaud. Il est donc primordial d’obtenir des données pour suivre la situation. »

 

En plus de l’IML, plusieurs autres laboratoires situés ailleurs au pays ont subi des compressions majeures. Plusieurs scientifiques ont d’ailleurs contacté Le Devoir afin de manifester leur inquiétude pour l’avenir de la recherche sur les milieux marins au Canada, un pays bordé par trois océans et qui compte de très nombreux plans d’eau.

22 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 28 mai 2012 07 h 00

    Voici le plan

    On se débarasse des libéraux au pouvoir.
    On se sépare du Canada.
    On fait le ménage au Québec.
    Une population saine dans un environnement sain.

    Serge Grenier

    • Jacques Laurin - Abonné 28 mai 2012 08 h 31

      Je ne vois pas non plus d'autres solutions...

    • Serge Lemay - Inscrit 28 mai 2012 08 h 36

      Ok, je pense que l'on y est cette-fois-ci...

    • Christian Fleitz - Inscrit 28 mai 2012 08 h 52

      Bon programme, mais il y a encore une bien longue route à faire et beaucoup d'esprit à faire souffler pour éveiller les consciences, sortir des routines de pensées. De récents travaux, concernant différents pays, tendraient à démontrer que les partisans de partis de droite sont «immobilistes» et ceux de gauche, sont pour l'évolution et la recherche de solutions autres. Il faut bien reconnaitre que jusqu'à présent, les électeurs québécois ont des convictions de droite, même s'ils geignent des pressions, voire des violences qui leur sont faîtes. Peut-être un manque d'éducation politique?

    • Hubert Lavigne - Inscrit 28 mai 2012 09 h 26

      Et on devient la Grèce de l'Amérique; Bravo......
      huy

    • maxime belley - Inscrit 28 mai 2012 10 h 37

      Hubert on n'a pas eu d'olympiques au Québec, alors on devrait échapper facilement à la faillite.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 28 mai 2012 07 h 48

    Combien de milliards?

    Combien de milliards nous coûtent les abattements fiscaux consentis à l'industrie pétrolière?


    Desrosiers
    Val David

    • Christian Fleitz - Inscrit 28 mai 2012 09 h 15

      Mais voyons! Ceci est un autre problème....

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 28 mai 2012 07 h 54

    Scier les jambes

    C'est vrai que l'on peut déplorer tout ces changements brutaux que semble affectionner le gouv. fédéral conservateur, mais avouons que les vrais responsables de ces recherches sont les premiers à blâmer puisque la majorité des canadiens n'ont aucune idée de ce qui se trame dans ces laboratoires. Comme la majorité des canadiens pensent notre bien-être passe d'abord par notre système de la santé avant celle des bélougas, toute en oubliant les effets indirectes de l’environnement sur notre santé.

    • Christian Fleitz - Inscrit 28 mai 2012 09 h 14

      «Le prolétaire est celui qui ne sait pas s'informer» K. Marx.
      Il est facile de reprocher à des scientifiques dont la mission est la recherche de ne pas bien communiquer, mais ce n'est pas leur rôle. Par contre, il est du devoir des pouvoirs publics de prévoir les moyens d'informer sur les travaux scientifiques, cela demande des moyens spécifiques dont des crédits affectés. Ces renseignements devraient faire partie du devoir d'information que doit le gouvernement aux citoyens, c'est un problème de gouvernance.
      Mais, c'est un sophisme de l'évoquer: les gouvernements n'aiment pas faire de publicité sur les sujets qui les dérangent ou qui mettent en doute leurs intentions, c'est pourquoi, si la majorité des citoyens n'est pas éduquée à rechercher l'information réelle, elle « gobera» celle servie par le pouvoir, sans pouvoir la critiquer. C'est à la partie la plus éclairée de la population de ne pas se laisser intoxiquer, de rechercher la réalité et de faire connaître celle-ci: c'est là une bonne solution pour sortir de l'état de prolétaire.

    • Lebel Guillaume - Inscrit 2 juin 2012 09 h 57

      Si vous ne savez pas ce qui s'y trame, c'est parce que le gouvernement trie l'information. Tout simplement. Il a un projet idéologique et les recherches en environnement bloquent cette idéologie. Pourquoi pensez-vous qu'il n'y a plus de ressensement obligatoire? Pour qu'on ne puisse plus réellement analyser l'état de notre société au fil des ans et pour que tout ait l'air de bien aller.

  • Denis Dumoulin - Inscrit 28 mai 2012 09 h 14

    compressions fédérale

    Tout cela est de notre grande et unique faute, nous sommes a blâmer. Pourquoi avoir voté PCC et pourquoi encore soutenir Harpper et ses ministres.
    Réveillez vous peuple endormi !!!!

    • maxime belley - Inscrit 28 mai 2012 10 h 38

      C'est parce que le Québec à voté Harper que le NPD est rentré dans presque toute les circonscriptions?

    • Yannick Cornet - Abonné 28 mai 2012 15 h 04

      Ben alors il faut démissioner. Du Canada. C'est dommage, mais bon. Le Danemark est un plus petit pays que le futur Québec, et pourtant il s'en sort beaucoup mieux. Economiquement, environnementalement, et surtout socialement. Le seul hic, c'est que les vrais problèmes environnementaux sont globaux. Est-ce que le Québec pourrait meux influencer sur ces problèmes seul, ou en faisant partie du Canada?

  • RONALD LESAGE - Inscrit 28 mai 2012 09 h 38

    Ce service devrait être payé par les utilisateurs .

    Les États-Unis et l'Ontario par leurs industries et ports des grands lacs et les provinces de l'ouest à travers Thunder Bay , en jouissent et polluent le fleuve et nous ont paient pour eux . On a payé pour leur construire une route fluviale et on paie pour l'entretenir au dépend de notre économie . Pourquoi pas leur payer un oléoduc dans l'ouest . Ah oui ! ça s'en vient .

    • maxime belley - Inscrit 28 mai 2012 10 h 39

      On paie aussi pour former leur main d'oeuvre et la garder en santé, pour faire garder leurs enfants pour qu'ils puissent travailler, on paie aussi pour développer leur brevet et on paie aussi pour acheter les produits de ces brevets...