Un grand cri du peuple

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	Des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers le parc Jeanne-Mance, hier, à Montréal, pour créer une main et un arbre humain à l’occasion du Jour de la Terre. Les participants sont venus de toutes les régions du Québec pour demander une meilleure gestion des ressources naturelles.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers le parc Jeanne-Mance, hier, à Montréal, pour créer une main et un arbre humain à l’occasion du Jour de la Terre. Les participants sont venus de toutes les régions du Québec pour demander une meilleure gestion des ressources naturelles.

Des dizaines de milliers de personnes - de 250 000 à 300 000 selon les organisateurs - ont répondu présent à l’appel du 42e Jour de la Terre, hier, à Montréal. Gaz de schiste, sables bitumineux, Plan Nord, protection des écosystèmes, protocole de Kyoto et même l’éducation : toutes les raisons étaient bonnes pour participer au grand arbre humain formé au parc Jeanne-Mance.


Ce rassemblement « pour le bien commun » aura été assurément le plus grand pour la cause environnementale au Québec et peut-être même le plus grand pour toutes les causes confondues, du moins selon le cofondateur d’Équiterre, Steven Guilbeault.


Dès le début de l’après-midi, la Place des Arts et la place des Festivals débordaient déjà. Malgré l’aspect revendicateur de l’événement et la grogne à l’origine de la manifestation, l’ambiance était des plus festives. Jusqu’à la fin, le rassemblement aura été pacifique. « Le Québec au complet bouillonne, a commenté le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, l’un des instigateurs de l’événement. Et les gens réalisent qu’il faut défendre nos droits, défendre la démocratie. »


Au son des clochers d’église de 14 heures, le créateur de L’homme qui plantait des arbres, Frédéric Back, surnommé par le poète Fred Pellerin « le jeune indigné », a planté un chêne au parc où la foule allait plus tard se rendre. Le cortège s’est au même moment ébranlé rue De Bleury, en direction du mont Royal. Gilles Vigneault, à l’avant du cortège, était ému de voir une si grande foule. « Ça donne de l’espoir… », nous a dit le poète.


De nombreuses affiches récoltaient des sourires, comme « L’argent, l’argent… ce n’est pas une raison pour me faire mal ! » et « Désolé pour le dérangement, on essaie de changer le monde ». Des bannières ont été déroulées sur des immeubles.


La foule n’avait rien d’homogène. Venus du « fin fond de la Beauce » à bord d’un autobus, 56 membres de la Coalition citoyenne gaz de schiste Beauce-Etchemins portaient leurs pancartes bien hautes. « Nous, il y a 37 municipalités qui ont été “claimées” par les compagnies gazières, a raconté une Beauceronne, Danielle Fay. On a déjà sensibilisé une vingtaine des municipalités et on continue pour bloquer ça. Ce qui nous inquiète, c’est beaucoup la question de la contamination de l’eau. » Comme des dizaines de comités contre les gaz de schiste qui se sont joints à l’événement, les affiches rouge et jaune en témoignant un peu partout dans la foule.


Marguerite Tremblay, une citoyenne de Montréal, en avait plutôt contre les décisions du gouvernement Harper dans les dossiers environnementaux. « C’est à ne pas comprendre qu’on puisse élire un gouvernement comme ça. Fallait qu’il y ait autant de gens aujourd’hui ; chaque personne compte. » De l’autre côté de sa pancarte qui interpelle Ottawa, elle s’adressait toutefois à Québec. « Ça, c’est une autre histoire, le Plan Nord… » Mélanie Labelle, une bénévole, était là pour demander une plus grande justice dans la gestion des ressources naturelles partout dans le monde. « Il ne devrait pas y avoir de division au sujet de l’eau, des minerais… Il faut que les conflits cessent à travers le monde. »



Arbre mouvant et spectacle


Si la protection de l’environnement était au coeur de toutes les revendications, un autre fil conducteur était perceptible : le carré rouge, symbole de la contestation étudiante de la hausse des droits de scolarité. Un enseignant au cégep interrogé à mi-parcours, alors qu’il faisait un « pool » pour deviner si plus de personnes s’étaient déplacées hier que lors de la marche étudiante du 22 mars, s’est dit présent pour dénoncer l’ensemble de l’oeuvre du gouvernement libéral. « Il y a plusieurs enjeux qui se mélangent : l’environnement, les étudiants…, a expliqué Pascal Deschênes. Je suis là pour l’attitude générale du gouvernement, pour sa façon de gérer le Québec. »


Au parc Jeanne-Mance, 800 bénévoles ont aidé la foule à recréer une immense main. « Par ici, pour faire l’annuaire ! Le majeur, c’est ici et c’est le meilleur doigt aujourd’hui ! », criaient des bénévoles, en riant. La main mouvante s’est transformée en arbre ensuite. À ce moment, le réalisateur Dominic Champagne, qui était à l’avant-plan de l’organisation du rassemblement, regardait la vue du haut d’une tour à côté. « J’ai vu la plus belle marée de fraternité de ma vie ! », a-t-il dit une fois que le spectacle en plein air a commencé, invitant les manifestants à poursuivre leur combat pour « mettre de la pression sur les gouvernements pour imposer le respect qui nous est dû ».


Discours et prestations musicales se sont succédé. « M. Harper, nous sommes 250 000, a dit le directeur général de la Fondation David-Suzuki, Karel Mayrand, sur scène. Nous entendez-vous ? L’avenir de nos enfants ne passe pas dans un pipeline. » Greenpeace en a plutôt profité pour demander un gel complet du Plan Nord, du moins jusqu’à ce qu’on « protège adéquatement les écosystèmes vierges du Québec », « qu’un système de redevances soit à la hauteur de nos ambitions » et que l’on « respecte les droits des Premières Nations », a dit Nicolas Mainville, de Greenpeace.


Plusieurs artistes ont présenté un morceau, dont le groupe Mes Aïeux, Pierre Lapointe, Ariane Moffatt, Damien Robitaille, Beast, Les Hommes rapaillés, Lisa LeBlanc et Diane Dufresne. La foule a quitté peu à peu le parc.


Les organisateurs du rassemblement ont indiqué hier que 52 000 personnes ont signé à ce jour la Déclaration du 22 avril, écrite pour l’occasion. Les signataires demandent à Ottawa de participer « pleinement » au protocole de Kyoto et à la lutte contre les changements climatiques. De plus, ils invitent le gouvernement du Québec à se doter « d’une véritable stratégie, pour le Nord et l’ensemble du territoire, où le développement de nos ressources naturelles et énergétiques respecte nos exigences les plus hautes en matière de partage de la richesse, de respect de l’environnement et des populations ».


53 commentaires
  • canislatrans - Abonné 23 avril 2012 02 h 04

    C'est parti.

    Hier ,nous avons assistés avec beaucoup d'émotion au lancement officiel de la <dernière valse des tyrans>.

  • lefripon - Inscrit 23 avril 2012 02 h 18

    Sous un ciel blanc…

    C'était noir de monde, une marée humaine multicolore aspirant à des décideurs éclairés qui éviteront la dérive de notre belle bleue…

    La main est tendue !

  • Pierre Demers - Inscrit 23 avril 2012 06 h 22

    Et un lendemain, la 24e manifestation Pasteur Parlait Français.

    Et un lendemain, la 24e manifestation Pasteur Parlait Français.
    Un lendemain de la magnifique affirmation de solidarité populaire qu'a été ce Jour de la Terre, a lieu aujourd'hui lundi 23 avril, c'est la 24e rencontre annuelle PPF Pasteur Parlait Français midi à midi 30, place Pasteur devant l'UQAM organisée par la LISULF avec la collaboration de la SSJBM Société Saint Jean Baptiste de Montréal. La LISULF est la Ligue Internationale des Scientifiques pour l'Usage de la Langue Française dont les fins sont 1 que nos scientifiques publient en français leurs découvertes et 2 que le Québec devienne un pays indépendant, 1 étant considéré comme une condition de 2.
    Mario Beaulieu, président de la SSJBM
    Pierre Demers physicien, président de la LISULF.
    Soyez du nombre.

    • Nimporte quoi - Inscrit 23 avril 2012 10 h 18

      Bon, maudite bonne affaire, comme si le français, 5e langue au monde, n'était pas convenable!

      Et quel meilleur endroit que l'Université pour ce faire. Lieu où l'anglais se vénère, pour un article dans Nature (je suis ironique bien sûr)!

      Les cancres aussi doivent avoir accès à vos recherches ; -)

      Merci.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 23 avril 2012 06 h 35

    Qu'elle fête !

    C'était la plus grande manifestation de l'histoire du Québec et TVA nouvelles n'en a même pas parlé à son bulletin de 23hrs !

    Pas grave , on comprend que les deux empires de presse des oligarques se sentent menacés.
    C'est le Québec intelligent qui était dans la rue hier pour dire aux deux gouvernements sous influence qui nous dirigent présentement, vous ne vendrez pas le Québec à rabais.

    Il n'y a rien pour arrêter un peuple en mouvement. Il ne faut que continuer pour l'avenir de nos enfants, à travailler pour un monde meilleur où l'argent ne sera pas la seule valeur et ou le développement se fera dans le respect de notre mère la Terre.

    • Prevert - Inscrite 23 avril 2012 08 h 28

      BRAVO !!!!!!!.................tout est dit, il faut continuer d'agir c'est ça le plus difficile...........il n'y à pas de révolution facile......et là ,L'ENLISEMENT est grave, très grave et profond les jeunes partent de loin......courage et solidarité il en faudra...............Prévert

    • dany tanguay - Inscrit 23 avril 2012 09 h 15

      Pas surprenant de TVA. PKP, avec tous ses médias s'est juré d'avoir la tête des syndicats et de tous les différents groupes et organisations de gauche. Nous n'avons qu'à regarder à qui est donné le droit de paroles et d'opinions dans le journal de Montréal ainsi que le journal de Québec, on y retrouve presqu'exclusivement des commentaires et opinions de droite...

    • lefripon - Inscrit 23 avril 2012 09 h 48

      « La seule chose au monde qui coûte plus cher que l’information,
      c’est l’ignorance des hommes »

      J.F. Kennedy, 1962

    • Leys - Inscrit 23 avril 2012 10 h 09

      À ce sujet, la trop grande concentration des médias au Québec devrait aussi être un sujet d'inquiétude pour ceux qui s'inquiètent de notre avenir, surtout quand le big boss du plus grand empire médiatique se donne des airs de Rupert Murdoch. PKP et ses sbires, qui ont transformé le Journal de Montréal en feuillet de propagande anti-syndicale, ne sont pas étrangers à la polarisation droite-gauche qui a cours actuellement au Québec et qui menace la paix sociale.

    • Pierre Schneider - Abonné 23 avril 2012 10 h 40

      Même chose à l'émission du matin où on semblait accorder beaucoup plus d'importances aux toilettes (consommation oblige) du gala Artis qu'au cri du coeur de la population !

    • epoque opaque - Inscrit 23 avril 2012 15 h 15

      Pour avoir participé aux deux manifs, celle-ci fut très grande voire mémorable, mais celle du 22 mars avec son 30°C et son long trajet est loin d'avoir été égalée.

  • M. Miclot - Inscrit 23 avril 2012 06 h 55

    C'est beau mais...

    ce sera inutile tant que nos ploutocrates seront au pouvoir, et le sacrifice de la nature sur l'autel de Mammon se poursuivra et conduira l'humanité à sa perte. les mammonistes ne voient même les manifestations obnubilés qu'ils sont par l'appât du gain et ils comptent sur leurs armées et leurs polices sans âme pour maintenir leur ordre.

    • dany tanguay - Inscrit 23 avril 2012 09 h 18

      ...et John James Charest se dépêche à vendre le Québec avant de se faire battre aux prochaines élections. Le mal sera fait et il aura rempli son mandat face à l'Establishment.....

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 23 avril 2012 09 h 35

      Il faut ajouter que ce sera inutile tant que la majorité des gens se contentera de manifester et refusera de changer ses habitudes quotidiennes (en évitant de prendre la voiture quand ce n'est pas nécessaire, en évitant le gaspillage de papier, de plastique, de verre, en réduisant leur consommation de viande, lait et oeufs, voire en éliminant ces aliments de leur diète, etc.)

      Pourquoi ceux qui sont au pouvoir changeraient-ils quoi que ce soit si les citoyens ne font que chialer un peu, mais continuent de les supporter avec leur consommation quotidienne ?

      C'est facile de participer à une manifestation. Changer ses petites habitudes, c'est beaucoup plus difficile...mais aussi beaucoup plus efficace.

    • Francois G - Inscrit 23 avril 2012 16 h 32

      @Annie-Eve Collin
      Tout à fait d'accord avec vous. Nos dirigeants sont le reflet de notre société. Est-ce eux qui consomment tout ce plastique, ce pétrole, ce papier et cette eau? Non, c'est le Nord-Américain moyen.
      On vend le Québec? Pourquoi d'après vous? Pour maintenir notre beau train de vie de luxe. Vous pensez que les gens sont en colère aujourd'hui? He bien attendez le jour où il faudra vraiment faire des sacrifices, je peux vous garantir qu'il y a un paquet de monde qui serait prêt à écorcher un bébé phoque vivant pour ne pas perdre leur iphone de l'année et leur électricité pas chère. Le jour où l'on devra réduire notre train de vie non pas par choix, mais par obligation, alors il va y avoir des vrais émeutes pas juste des marches pacifiques.
      Pour le moment, nous sommes prêts à devenir verts tant que cela n'implique que d'acheter une marque de PQ un peu moins confortable.
      Le jour où les gens seront prêts à vivre sans auto, à manger de la viande une ou deux fois par semaine max et à ne pas remplacer leur cellulaire à chaque année, on s'en reparlera. Mais en attendant, continuons à faire des belles marches et à blamer le gouvernement, on va au moins se sentir un peu mieux.