Perspectives de l'environnement à l'horizon 2050 - Deux siècles d'acquis menacés

Le sommet des plus hauts édifices de la ville chinoise de Wenling émerge du smog. Selon l’OCDE, la pollution atmosphérique «devrait devenir la principale cause environnementale de décès prématurés», surtout en Asie, où plusieurs villes dépassent les normes de l’Organisation mondiale de la santé. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Le sommet des plus hauts édifices de la ville chinoise de Wenling émerge du smog. Selon l’OCDE, la pollution atmosphérique «devrait devenir la principale cause environnementale de décès prématurés», surtout en Asie, où plusieurs villes dépassent les normes de l’Organisation mondiale de la santé.

«La dégradation et l'érosion de notre capital environnemental naturel risquent de se poursuivre jusqu'en 2050, entraînant des changements irréversibles qui pourraient mettre en péril les acquis de deux siècles d'amélioration des niveaux de vie.»

Cet avertissement sans ambiguïté n'est pas celui d'un groupe écologiste militant, mais du rapport sur les Perspectives de l'environnement à l'horizon 2050, publié hier par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

«Faute de nouvelles politiques, les progrès réalisés pour réduire les pressions sur l'environnement ne suffiront pas à compenser les impacts liés à la croissance économique», avertit l'organisme international, qui ajoute qu'il est «nécessaire et urgent d'engager dès à présent une action globale de manière à éviter les coûts et conséquences considérables de l'inaction, tant du point de vue économique que sur le plan humain».

La croissance économique «sans précédent», qui a favorisé l'élévation du niveau de vie, se double d'une croissance démographique «à un rythme plus soutenu que la réduction des dégradations environnementales» de sorte que l'espèce humaine ne cesse de gruger son capital écologique au lieu de s'en tenir à en glaner les intérêts. Pour l'OCDE, la conclusion est claire: à tous ces gouvernements qui ne songent qu'à enfoncer l'accélérateur du développement au détriment de la biodiversité, l'organisme international propose plutôt de mieux gérer, voire de «restaurer les actifs naturels dont dépend toute forme de vie».

Une planète différente


En 2050, selon ce bilan, la planète comptera 2 milliards de personnes de plus. L'économie mondiale aura quadruplé. L'Afrique aura dépassé par son taux de croissance ceux de la Chine et de l'Inde. Le quart de la population mondiale aura plus de 65 ans. Sept personnes sur dix vivront en zone urbaine. La consommation d'énergie augmentera de 80 % par rapport à maintenant et, à moins d'un virage urgent, la part des combustibles fossiles se situera encore autour de 85 %.

Selon l'OCDE, les émissions de gaz à effet de serre auront augmenté de 50 %, atteignant les 585 parties par million. La température du globe aura grimpé de 3 à 6 degrés, bien au-dessus du seuil de sécurité de 2 degrés, dont le respect exigerait des engagements de réduction plus exigeants que ceux des conférences de Copenhague et de Cancún.

Le réchauffement de la planète deviendra du coup la principale menace au maintien de la biodiversité terrestre, qui devrait accuser un recul supplémentaire de 10 % d'ici 2050. La superficie des forêts vierges devrait diminuer de 13 %, entamant davantage un capital par ailleurs essentiel pour l'agriculture, la pharmacologie, etc. La deuxième menace pour la biodiversité sera la sylviculture commerciale, que les gouvernements encouragent pour augmenter la productivité, suivie des cultures bioénergétiques dont on tirera de l'énergie pour satisfaire la boulimie universelle.

Eau et air menacés


Les ressources en eau, sous la menace du réchauffement planétaire et de leur surexploitation, seront menacées beaucoup plus qu'aujourd'hui. Quelque 2,3 milliards de personnes, soit 40 % de la population mondiale, vont vivre dans des bassins «soumis à un stress hydrique élevé», notamment en Afrique du Nord et en Afrique australe, ainsi qu'en Asie du Sud et en Asie centrale. La demande d'eau devrait augmenter de 55 % globalement.

«La préservation des flux environnementaux sera fragilisée, mettant en danger les écosystèmes. Dans plusieurs régions, l'épuisement des eaux souterraines pourrait devenir la plus grande menace pesant sur l'agriculture et sur l'approvisionnement en eau des zones urbaines. La pollution de l'eau par des éléments nutritifs provenant d'eaux urbaines résiduaires et d'agriculture devrait s'aggraver dans la plupart des régions, intensifiant l'eutrophisation et portant atteinte à la biodiversité aquatique.» Plus de 240 millions de personnes seront alors privées d'un accès à une eau «améliorée», principalement en Afrique. Et 1,4 milliard de personnes pourraient toujours être privées d'un assainissement minimal de leurs eaux usées.

Selon l'OCDE, la pollution atmosphérique «devrait devenir la principale cause environnementale de décès prématurés», surtout en Asie où plusieurs villes dépassent les normes de l'Organisation mondiale de la santé. Ces décès devraient frapper 3,6 millions de personnes par an, soit deux fois plus que maintenant. L'Inde et la Chine, dont les populations seront alors vieillissantes, vont enregistrer parmi les plus hauts taux de décès prématurés à cause de la pollution par l'ozone troposphérique au sol (smog). La pollution toxique frappera plus durement les pays non membres de l'OCDE dont les normes environnementales sont plus faibles ou inexistantes.

Le virage


«Une action précoce est rationnelle, du point de vue environnemental et économique», insiste le rapport. Par exemple, un prix du carbone qui refléterait les dommages infligés au climat «pourrait réduire les émissions de GES de près de 70 % en 2050» par rapport au scénario du laisser-faire (référence). La croissance économique serait ainsi réduite de 0,2 % par an en moyenne, soit environ 5,5 % du PIB mondial en 2050.

Mais «c'est bien mieux, conclut l'organisme économique, comparé au coût potentiel de l'inaction, qui, selon certaines estimations, pourrait atteindre pas moins de 14 % de la consommation moyenne mondiale par habitant». Dans les pays émergents, les bénéfices d'une réduction de la pollution atmosphérique seraient d'environ 10 fois supérieurs aux investissements requis, et dans le cas de l'assainissement des eaux, les gains seraient de sept fois supérieurs.

Quatre politiques majeures sont nécessaires pour renverser ces tendances, selon l'OCDE.

D'abord, rendre la pollution plus coûteuse que les solutions plus vertes, au moyen d'écotaxes ou d'échanges de permis d'émissions. Les gouvernements doivent aussi mettre un prix sur les biens et services produits à même le patrimoine naturel ou sur les «services écosystémiques», comme tarifer les grands usages de l'eau ou les ressources rares.

Les gouvernements doivent aussi supprimer les subventions préjudiciables à l'environnement, qu'il s'agisse d'irrigation ou de combustibles fossiles, et concevoir des réglementations et des normes efficaces pour enrayer le déclin de la biodiversité, comme les milieux humides, tout comme ils doivent assujettir leurs politiques économiques aux priorités de conservation des écosystèmes et des ressources vivantes. Ils doivent aussi encourager l'innovation verte dans la foulée du débat qui doit se faire à Rio, par exemple, en juin prochain, où on tentera de lancer une politique économique mondiale et verte.
36 commentaires
  • M. Miclot - Inscrit 16 mars 2012 06 h 58

    L'environnement ? Ques aco?

    Pour ceux qui contrôlent la planète, ceux qui détiennent le vrai pouvoir, le seul environnement valable, c,est l'argent. Après eux le déluge. Quand à nos pseudos gouvernants, où qu'ils soient , ils ne sont que des marionnettes . Ce qui explique les sables bitumineux, les gaz de schiste ,,les plateformes pétrolières, toutes ces exploitations qui détruisent les ressources aquifères et par conséquent la vie sur terre.

  • Nicole Moreau - Inscrite 16 mars 2012 07 h 51

    La situation est urgente, mais...

    le gouvernement canadien continue à multiplier les pas vers la déréglementation en environnement. Ce sera intéressant de voir comment il va se justifier de son orientation en cette matière après avoir pris connaissance de cette étude qu'il ne peut rejeter du revers de la main, comme il le fait avec plein d'autres études, pourtant scientifiques et rigoureuses. Ses alliés dans les sables bitumineux vont y voir un obstacle sérieux, espérons-le.

    • NiDieuNiMaitre - Inscrit 16 mars 2012 10 h 39

      C'est beau l'optimisme, Harper va rejeter cette étude comme toutes les autres surtout si elles sont scientifiques et rigoureuses. Quand aux alliés bitumineux faut pas compter là-dessus.

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 16 mars 2012 07 h 52

    Un dimanche à Montréal...

    L'OCDE recommande de supprimer les subventions préjudiciables à l'environnement, qu'il s'agisse d'irrigation ou de combustibles fossiles : le Canada fait exactement le contraire.

    L'OCDE avance qu'il faut des réglementations et des normes efficaces pour enrayer le déclin de la biodiversité, comme les milieux humides : le Canada fait exactement le contraire, notamment en émasculant la Loi sur les pêches.

    L'OCDE affirme que les gouvernements doivent assujettir leurs politiques économiques aux priorités de conservation des écosystèmes et des ressources vivantes : le Canada quant à lui fait exactement le contraire puisqu'il s'apprête à édenter radicalement la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale, l'équivalent canadien du BAPE québécois, en quelque sorte.

    Finalement, l'OCDE dit que les gouvernements doivent encourager l'innovation verte dans la foulée du débat qui doit se faire à Rio, en juin prochain, où on tentera de lancer une politique économique mondiale et verte : tout comme pour le Protocole de Kyoto, on sait déjà que le Canada mettra des bâtons dans les roues à ces tentatives d'action planétaire.


    À quel moment quelqu'un proposera d'exclure le Canada de l'OCDE ?

    Une augmentaiton de 2 degrés de la température du globe était la limite à ne pas dépasser afin d'éviter des changements climatiques irréversibles et catastrophiques, nous a-t-on dit pendant des années. L'OCDE, qui n'a pas la réputation d'être formée d'un groupe d'écologistes radicaux, entrevoit maintenant une augmentation de 3 à 6 degrés d'ici 2050.

    Mais comme toutes les prédictions depuis les 20 dernières années ont été systématiquement dépassées, moi je dis que la tendance se maintiendra, l'emballement aura lieu et la planète connaîtra une hausse beaucoup plus élevée que le 6 degrés qu'on nous annonce maintenant.

    On ne veut surtout pas le voir, même si nos propres enfants vivront cela, mais c'est l'enfer qui est devant nous

  • Michele Girouard - Inscrite 16 mars 2012 08 h 01

    Environnement

    À lire

  • Francois Robitaille - Inscrit 16 mars 2012 08 h 11

    Etudes

    Il n'y a pas eu une étude dernièrement où on remarquais une nette baisse d'agent polluant dans l'air dans les villes canadiernnes en relation avec 1970, simplement grâce aux système d'échappement plus efficace et les normes établies en usine?

    Et les théories d'augmentation de la température ne sont pas contestés par de plus en plus de scientifiques? Ces gaz à effets de serres ne seront-ils pas justement ce qui nous permettra de mieux vivre dû à une baisse d'activité de notre Soleil?

    Je sais je vais loin un peu, je ne suis pas pour la pollution, comme tous le monde, mais je trouve dommage le manque de perspective de l'article!

    • Marc André Bélanger - Inscrit 16 mars 2012 11 h 46

      Pour répondre à vos question: non, non et non.

    • Jean de Cuir - Abonné 16 mars 2012 16 h 28

      Voir le dernier numéro du New York Review of Books sur les sceptiques du réchauffement climatique. Je trouve curieux le "de plus en plus de scientifiques".

    • Francois Robitaille - Inscrit 16 mars 2012 17 h 16

      Depuis 1970, les concentrations de plomb ont diminué de 97%.
      La teneur de dioxyde de soufre a diminué de 96 % depuis 1970.
      De 1970 à 2008, les particules ont diminué de près de 50 % dans l’air ambiant.
      Les composés organiques volatils, incluant le benzène, ont connu une baisse importante depuis que les mesures ont débuté en 1990: 51%

      Environement Canada!

    • Marc André Bélanger - Inscrit 16 mars 2012 18 h 27

      Vrai, mais il ne s'agit que ce certains agents polluants, et non une baisse globale.

    • Francois Robitaille - Inscrit 16 mars 2012 23 h 50

      Ok c'est vrai, mais mon point est concernant la santé globale des civilisations, pas forcément de l'augmentation du taux de CO2 et de CH4 dans la haute atmosphère.

      J'ai posté quelques liens pour expliquer mes 2 autres points, mais vu que les liens en propotions trop grande sont refusé, mon post n'a pas été publié, ce que je peux comprendre.

      Ok, je vais diminuer mon commentaire "de plus en plus de scientifiques" pour "plusieurs scientifiques" étant donné que je ne peux pas prouver cette affirmation. Le fond de ma pensée se trouve plutôt que je trouve dommage qu'une pensée a plus de valeur qu'une autre juste parce ce qu'elle est plus "sexy".

      Pour le 3e point, fouillez un peu vous verrez que je ne ment pas. Le Soleil a des cycles, et ce 24e sera plus faible que plusieurs autres.

    • Marc André Bélanger - Inscrit 17 mars 2012 11 h 16

      La « pensée » (comme vous dites) d'une augmentation de température n'est pas plus « sexy », mais bien plus fondée sur des observations et il y a très peu de scientifiques qui n'y adhèrent pas.

      Quant à l'effet des cycles solaires, ceux-ci sont de moins de 0.1°C, bien en-deçà de l'augmentation déjà constatée.

    • alexandra l'espérance - Inscrite 19 mars 2012 20 h 36

      comment l'augmentation des GES pourraient aider la planète, alors qu'ils amincissent la couche d'ozone et que la température et toute les maladies respiratoires augmentent de plus en plus??