Anticosti: Hydro-Québec aurait cédé un trésor

Le sous-sol d'Anticosti pourrait bien contenir «le potentiel pétrolier terrestre le plus élevé au Québec», selon ce que conclut le président de Pétrolia à la lumière des résultats des derniers travaux d'exploration réalisés par l'entreprise l'été dernier. C'est Hydro-Québec, qui avait elle-même commencé à explorer l'île, qui lui a cédé ses permis il y a à peine trois ans. Mais la Société d'État refuse aujourd'hui de dire ce qu'elle a obtenu en échange de droits qui pourraient valoir des milliards de dollars.

Par l'entremise de documents obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information, Le Devoir a appris qu'Hydro-Québec avait investi 9,8 millions de dollars en travaux d'exploration pétrolière entre 2002 et 2007. Aucun montant n'a été investi par la suite. Plusieurs rapports commandés par la Société d'État au sujet du potentiel en hydrocarbures de la plus grosse île de la province sont aussi disponibles en ligne, documents dont la copie imprimable est payante.

Mais au début de 2008, elle a cédé ses droits sur 35 permis (6381 km2) qu'elle détenait à l'entreprise Pétrolia. Cette dernière est ainsi devenue le partenaire de Corridor Resources — entreprise qui exploitera le gisement pétrolier extracôtier d'Old Harry — pour l'exploration sur Anticosti.

En contrepartie, la Société d'État doit recevoir une «redevance prioritaire» sur la production pétrolière, si production il y a. Hydro a toutefois refusé de préciser la teneur de celle-ci ou les modalités de versement. Bref, il n'a pas été possible de savoir ce qu'elle a obtenu en échange des milliers de kilomètres carrés de permis qu'elle a cédés au secteur privé, et ce, malgré les demandes formulées en vertu de la Loi d'accès à l'information. On a d'abord répondu que «les documents qu'Hydro-Québec détenait en relation avec l'exploration gazière et pétrolière ont été transférés au ministère des Ressources naturelles et de la Faune». Il faut dire qu'Hydro a fermé sa division pétrole et gaz. Mais du côté du ministère, on a d'abord dit ne pas détenir le document demandé. Une deuxième demande de précision est restée lettre morte.

Hydro-Québec a toutefois fait parvenir une nouvelle réponse au Devoir. Cette fois, la Société d'État a soutenu que «les documents portant sur les ententes et contrats en matière d'exploration pétrolière et gazière sur l'île d'Anticosti sont de nature confidentielle et ne peuvent vous être remis». La Loi d'accès à l'information prévoit en effet certaines exceptions qui permettent de ne pas dévoiler des informations liées à une «redevance», à un «secret industriel» ou impliquant un «tiers», dans ce cas-ci des entreprises privées.

Question d'orientations

Le Devoir a déjà demandé à Hydro pourquoi elle s'était départie des permis qu'elle possédait sur l'île d'Anticosti. Une porte-parole avait alors répondu qu'il s'agissait de se concentrer sur les énergies renouvelables. «C'est une question d'orientations qui provient du Plan stratégique 2006-2010. Hydro-Québec souhaitait favoriser l'utilisation et la production d'énergies renouvelables et a choisi de concentrer ses efforts sur le développement complémentaire de l'hydroélectricité et de l'éolien», avait indiqué l'attachée de presse de la Société d'État par courriel.

Pétrolia, qui n'a pas précisé la teneur de l'entente avec Hydro, a par ailleurs recruté deux anciens d'Hydro-Québec Pétrole et gaz. Il s'agit d'abord d'Erik Adam, qui siège au conseil d'administration de l'entreprise. De septembre 2003 à février 2006, M. Adam «a agi comme géophysicien pour Hydro-Québec Pétrole et gaz», selon ce qu'on peut lire sur le site Web de Pétrolia.

Jusqu'en 2010, Bernard Granger y était chef géologue, et ce, depuis 2006. Avant de se joindre à l'équipe de Pétrolia, M. Granger était chef géologue d'Hydro-Québec Pétrole et gaz. Il a travaillé vingt ans à la Société québécoise d'initiatives pétrolières, où il a occupé les postes de chef géologue, selon ce qu'on pouvait lire sur le site Internet de l'entreprise il y a encore quelques mois. Son nom a depuis disparu du site.

Le siège social de Pétrolia se trouve à Rimouski, mais son principal actionnaire est Pilatus Energy AG, une compagnie qui a pignon sur rue en Suisse.

Potentiel pétrolier

En cas de découvertes importantes, les profits qui pourraient être tirés de l'exploitation de cet or noir iraient donc au secteur privé plutôt qu'au Trésor public. Et l'île d'Anticosti pourrait bien receler de grandes quantités d'or noir, selon ce qu'a affirmé le président de Pétrolia, André Proulx, à la lumière des premières analyses des travaux d'exploration menés au cours de l'été 2010 et publiés mercredi dernier.

La plus grande île de la province se situe en effet à l'extrémité nord-est d'une plate-forme qui compte plusieurs champs d'hydrocarbures mondialement reconnus. L'autre entreprise très présente sur Anticosti, Corridor Resources, a elle aussi fait savoir la semaine dernière que l'île d'Anticosti pourrait contenir d'importantes réserves pétrolières. D'autres travaux seront nécessaires pour déterminer s'il peut être extrait de façon rentable.

«Les résultats sont très positifs. Le dossier n'est pas complet, mais les résultats qu'on voit sont très positifs, a répété M. Proulx, en entrevue au Devoir. On est très satisfaits des résultats qu'on a atteints jusqu'à présent.» S'il se dit heureux de l'avancement des travaux en vue d'en arriver à préciser si le pétrole pourrait être exploité sur une base commerciale, le président de Pétrolia ne s'en étonne qu'à moitié. «On a toujours prétendu que c'est la zone avec le potentiel pétrolier terrestre le plus élevé au Québec», a-t-il laissé tomber.

S'il est pour le moment impossible d'évaluer le potentiel réel, il pourrait s'agir de milliards de barils d'or noir. «Shell a déjà dit que l'île pouvait contenir 30 milliards de barils. Ces barils sont quelque part. On ne peut pas croire qu'ils sont tous disparus. Mais ça ne veut pas dire qu'ils sont tous restés là», a déjà dit M. Proulx.

«Ces résultats constituent des indices positifs quant à la ressource pétrolière en place, particulièrement au niveau des shales de Macasty», précise le communiqué diffusé par l'entreprise de Rimouski. La formation rocheuse de Macasty, qui couvre la majeure partie du territoire d'Anticosti, contiendrait d'importantes réserves de pétrole de shale (aussi appelé pétrole de schiste). Ce pétrole non conventionnel intéresse de plus en plus les pétrolières à travers le monde. «C'est à peu près ce qu'il y a de plus intéressant dans le monde actuellement sur la terre ferme, en terme de capacité de production et de rendement financier», a insisté M. Proulx.

Un avis partagé par le président de l'Institut canadien des mines, de la métallurgie et du pétrole, Chris Twigge-Molecey. «Le pétrole de shale a un grand potentiel. Il est difficile à extraire, mais il pourrait représenter une bonne partie du pétrole du futur. Et avec un baril de pétrole qui dépassera bientôt les 100 $, ça devient très intéressant», a-t-il déclaré vendredi à Montréal.

Afin de pousser plus avant les travaux d'exploration, il faudra investir des sommes importantes. Des représentants de Pétrolia doivent d'ailleurs se rendre sous peu à Houston afin de présenter les résultats obtenus jusqu'à présent. Sur le fait de trouver des partenaires, M. Proulx se dit «très confiant». «C'est assez évident quand vous avez un dossier comme celui-là. On évalue actuellement comment on va financer la poursuite de nos travaux. Il y a deux façons de le faire: avec des partenaires techniques et financiers, ou alors avec des partenaires uniquement financiers.»

De nouveaux travaux d'exploration pourraient être menés dès l'été prochain, selon ce qu'a précisé le président de Pétrolia.
108 commentaires
  • Assez merci - Inscrit 14 février 2011 03 h 16

    Louche.

    n lisant l`article, il met apparu qu`Hydro et le gouv. donnaient difétentes réponses.

    Pour moi ceci équivaut à vouloir cacher la vérité!
    Vendre les acquis, le patrimoine Québécois, privatiser à la manière charest équivaut à mes yeux à du vol pure et simple.

    La corruption et collusion ne se fait pas juste en construction en plus que clà ressemble pas mal aux dictateurs (Haiti, Tunisie, Égypte etc. )qui ont siffonnés les richesses de leurs pays.

    Espérons que le Devoir ira plus loin dans son enquête à ce sujet pour le bien de la population.
    Impossible de croire la version d`hydro: C`est trop gros, trop $$$.

  • Pierre Cossette - Inscrit 14 février 2011 06 h 12

    Trembler à la Sépaq ...

    c'est sûrement ce qui s'y passe à Port Menier en regard de production pétrolière. Ce joyau québecois du tourisme bucolique où chevreuils, poissons et rivières se rencontrent serait menacé. J'ose à peine voir s'établir les pétrolières dans ce lieu à faible densité de peuplement humain, lorsqu'on sait ce dont ils sont capables au grand jour. Imaginons un peu les faons au pelage maculé de cambouis et la chute Vauréal bardée d'estacades suite à une fuite accidentelle d'un puits de rétention de résidus pétroliers et que dire des tankers qui viendraient s'amarrer dans cette zone où les épaves d'une autre époque garnissent les rivages. À moins qu'on nous prépare un réseau d'oléoducs flottants, mieux un pont en PPP pour évacuer l'or noir ce qui nous permettrait d'investir sur le réseau routier de la Côte nord. Çà doit saliver dans les bureaux d'ingénieurs-conseils de Montréal.

  • ecritoire - Inscrit 14 février 2011 06 h 16

    Pourquoi encore l'exploration pétrolière?

    Quand se fera enfin le virage aux énergies vertes moins coûteuses et plus productives et efficaces? Quand la recherche de nouvelles sources d'énergie se fera-t-elle en ayant en tête le bien de la population et l'avenir de ses territoires vivants plutôt que le porte-feuilles des investisseurs? Quand allons-nous cesser de dormir au gaz et dire enfin haut et fort ce que *nous* voulons?

  • Roger Lapointe - Abonné 14 février 2011 06 h 26

    Museler les organisations citoyennes pour mieux enrichir une minorité.

    On comprend mieux maintenant pourquoi Pétrolia veut museler l'organisme Pour que le Québec ait meilleur mine et son porte-parole par une poursuite démesurée dans le but d'intimider lui et tous ceux qui oseraient lever la tête et se rebeller en constatant le secret des transactions qui dépouillent le Québec et sa population des bénéfices qui lui sont dûs. Donner tous les droits à toutes fins pratiques sur nos richesses naturelles sans en exiger des redevances raisonnables est de la spoliation à grande échelle. Dans les faits, il n'y a pas grand différence entre notre situation québécoise actuelle et en devenir et celle constatée en Égypte et en Tunisie, quand des individus avec la complicité de l'État s'emparent des ressources dans le plus grand secret et dans un but d'enrichissement rapide au détriment de la masse.

  • Roger Lapointe - Abonné 14 février 2011 06 h 47

    Au plus fort la poche!

    Pas grand différence avec la situation égyptienne et tunisienne quand il s'agit pour quelques individus de s'emparer du bien commun avec l'aval de l'État.Du boulot pour Ugo et tous nos autres itou!