La France met un holà au gaz de schiste

Pendant que le gouvernement du Québec refuse d'imposer un moratoire sur l'exploration gazière, bien qu'il soit réclamé par la majorité de la population depuis des mois, la France vient d'imposer un holà à l'industrie.

Inquiète des conséquences que pourrait avoir le développement de cette filière de plus en plus controversée dans l'Hexagone, la ministre de l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a d'abord annoncé avoir demandé à l'administration de mener une mission sur les enjeux environnementaux de l'exploitation des gaz de schiste.

L'éventuelle exploitation de ces gaz implique «des enjeux environnementaux locaux», relatifs notamment «aux nappes phréatiques» et «aux paysages désolés, que nous ne sommes pas prêts à supporter en France», a rappelé hier la ministre.

Dans ce contexte, «est-ce qu'il est raisonnable de mettre en exploitation ces gisements?», tant d'un point de vue environnemental que paysager, a demandé Mme Kosciusko-Morizet. «Compte tenu de la façon dont ça s'est passé aux États-Unis, il y a lieu d'avoir des analyses complémentaires.» Le rapport définitif est attendu en juin.

Tant que ces travaux d'analyse n'auront pas été complétés, il n'est pas question de permettre quelque exploration que ce soit, a assuré la ministre française. Précisant qu'un moratoire est «juridiquement impossible», elle a toutefois assuré qu'il sera fait en sorte que les autorisations de travaux «ne puissent pas avoir lieu avant le rapport de la mission».

La France a octroyé trois permis de prospection en mars 2010 au groupe pétrolier Total et au texan Schuepbach Energy, associé à GDF Suez. Ces permis couvrent plus de 10 000 km2 dans les départements de l'Hérault, de l'Aveyron, de la Lozère, de l'Ardèche et de la Drôme.

Le son de cloche est pour le moins différent de ce qu'on entend du côté du gouvernement Charest, qui répète depuis des mois qu'il n'est pas question d'imposer un frein aux travaux exploratoires. Bien que la ministre Nathalie Normandeau semble durcir le ton, dans les faits, ce sont toujours les mêmes lois qui dictent les façons de faire à l'industrie depuis des années. Un projet de loi sur les hydrocarbures est attendu d'ici quelques mois.

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Avec l'Agence France-Presse
21 commentaires
  • De St-Éloi - Inscrit 4 février 2011 06 h 06

    Ls seule décision responsable face à la ressource et aux citoyens

    Aux USA et au Québec l'existence des shales est connue depuis longtemps. Les compagnies ne font pas véritablement de l'exploration, elles vérifient si avec la technique récemment découverte (10 ans) de la fracturation hydraulique horizontale l'exploitation de la ressource est viable économiquement pour elles en termes de profit. Or les conséquences de cette activité, ( la fracturation hydraulique), ne sont pas connus, parce qu'elles n'ont pas été étudiées. Et ce ni à court terme, ni à moyen terme, ni à long terme. La seule solution rationnelle et responsable est d'imposer un moratoire ou un arrêt des travaux. Seules les conclusions d'études très longues et très coûteuses, comme celles de l'EPA, des études approfondies de la géologie des failles et de la circulation de l'eau dans les couches souterraines pourrait nous permettre d'obtenir les informations minimales pour prendre une décision. Il faut donc attendre. Surtout si les prix du gaz sont bas et ne peuvent assurer à l'état et aux citoyens le juste prix d'une ressource non renouvelable qui demeurera dans le sol à notre disposition. Ils semblent qu'en France, les dirigeants ont ce sens minimal des responsabilités environnementales et économiques.

  • Stéphane Leclair - Abonné 4 février 2011 07 h 38

    C'est bien beau les moratoires...

    ... mais on va en arriver, éventuellement, à une situation où ce gaz situé sous nos maisons sera l'énergie fossile la moins chère, et là les moratoires vont prendre le bord.

  • Sanzalure - Inscrit 4 février 2011 07 h 56

    Devant les tribunaux, rien de moins

    Toutes les personnes qui font la promotion de l'exploitation des gaz de schistes devraient faire l'objet d'un recours collectif et se retrouver devant les tribunaux. S'ils sont condamnés, ils devront d'abord rembourser à la province et à la population tout l'argent et tout le temps qu'ils nous ont fait perdre, puis nettoyer tous les dégâts qu'ils ont causés à date et finalement payer des dommages exemplaires pour lancer un signal clair aux compagnies minières : on ne peut pas faire n'importe quoi pour de l'argent.

    Serge Grenier

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 4 février 2011 08 h 51

    Bien qu'un moratoire soit juridiquement impossible...

    Dans ce cas, il y a l'évaluation des risques, qui appartient à un organisme comme le BAPE. Alors je ne vois pas de différence entre la France et le Québec.

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 4 février 2011 09 h 24

    Le Québec n'est pas la France

    Il ne faudrait pas charrier, en voulant se comparer avec la France il faut bien comprendre que positions financières ne sont pas comparables au Québec et leurs positions de dépendances envers leur fournitures des besoins énergétiques ne se comparent pas aux nôtres. Heureusement que notre gouvernement a l'intelligence nécessaire pour contrer la résistance négative d'une poignée de québécois qui exige un moratoire d'ailleurs comme dans tout les développements que le gouvernement propose.
    Plutôt que d'emprunter comme nous le faisons présentement ou d'attendre les chèques de la péréquation pour payer l'épicerie, n'aurait-il pas lieu de trouver de tout faire pour développer correctement des projets pour nous enrichir