Gaz de schiste: Normandeau fait vibrer des cordes sensibles

Nathalie Normandeau<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Nathalie Normandeau

Après avoir mis en avant la nécessité de diversifier les sources d'approvisionnement énergétiques du Québec, la ministre des Ressources naturelles insiste maintenant sur le piètre état des finances publiques pour justifier la décision du gouvernement de permettre l'exploitation du gaz de schiste, malgré les demandes répétées de moratoire et les nombreuses incertitudes quant aux impacts environnementaux de cette filière.

«On a une génération qui nous regarde. Pourquoi? Le Québec est endetté. On a un système de santé qui est coûteux et on se dit qu'il faut générer des revenus. Donc, il faut faire les choix qui sont les plus judicieux», a plaidé la ministre Nathalie Normandeau au cours d'une allocution prononcée à la tribune d'Expo énergie Montréal 2010, un événement «grand public» organisé dans le cadre du Congrès mondial de l'énergie.

L'exploitation du gaz de schiste, au dire de la ministre, fait partie de ces choix «judicieux». «Il y a 225 000 ménages au Québec qui consomment du gaz naturel. La plupart de nos hôpitaux et de nos écoles s'alimentent en gaz naturel. Nos parents sont soignés dans les hôpitaux grâce à l'apport du gaz naturel. Et on se dit, comme société, on a du gaz dans notre sous-sol. Est-ce qu'on ne pourrait pas mettre en valeur cette ressource, le faire en respectant les citoyens et en s'assurant qu'il y ait le moins d'impacts possible pour l'environnement?»

Elle a même cité le cas des garderies à sept dollars pour expliquer la nécessité de forer le sous-sol québécois à la recherche de combustible fossile. «Juste pour vous donner un exemple. Les services de garde à sept dollars, c'est extraordinaire qu'on se soit doté de ça. Ça nous coûte 1,5 milliard de dollars par année. Ça, les amis, si on veut éviter d'aller vous en chercher davantage dans les poches, il faut jouer sur la colonne des revenus et s'assurer de créer de la richesse ici. Et c'est comme ça que notre société sera en mesure de grandir et que nos enfants ne seront pas hypothéqués par les dettes qu'on va leur laisser pour les 10, 15, 20 ou 25 prochaines années.»

«Ça s'appelle avoir le sens des responsabilités, a ajouté Mme Normandeau. C'est précisément dans ce contexte qu'on va faire nos choix. J'ai confiance en la capacité de nos citoyens de faire la part des choses.» En entrevue au magazine L'Actualité, la ministre a récemment précisé qu'en phase d'exploitation commerciale, l'État pourrait toucher 230 millions par année si les redevances étaient fixées à 12,5 %.

«Choix de société»

Mme Normandeau a aussi établi un parallèle entre le développement de cette filière et celle de l'hydroélectricité à l'époque de la Révolution tranquille. «C'est un choix de société qu'on pourrait faire maintenant, comme on l'a fait il y a 50 ans lorsque Jean Lesage, René Lévesque et Robert Bourassa ont décidé de mettre en valeur notre hydroélectricité. Cinquante ans plus tard, il y a une autre filière qui peut voir le jour au Québec. C'est la filière du gaz naturel.»

«Est-ce qu'on ne pourrait pas au Québec, comme on l'a fait pour notre or bleu, devenir la référence, la terre d'accueil dans le domaine du gaz naturel, a-t-elle lancé dans l'agora du Complexe Desjardins. Nous, on dit, dans notre stratégie énergétique, qu'il y en a une source d'énergie moins polluante que le pétrole. Bien sûr, il y a l'hydroélectricité; bien sûr, il y a l'éolien; bien sûr, il y a la biomasse; bien sûr, il y a les biocarburants, mais aussi le gaz naturel.»

La ministre a toutefois répété qu'elle était à l'écoute des critiques formulées par les opposants à l'exploitation tous azimuts du gaz de schiste. Certains étaient d'ailleurs présents lors du discours de la ministre, brandissant des affiches réclamant un moratoire sur l'exploration de cette source d'énergie fossile. Un message qui s'adressait aussi à l'ancien chef péquiste André Boisclair, défenseur des gaz de schiste et animateur de l'événement.

Mais Nathalie Normandeau a également appelé les adversaires à être attentifs aux «arguments» avancés par Québec. «De grâce, écoutez les arguments que nous avons à vous livrer comme gouvernement. On a fait appel au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement pour qu'on puisse avoir une lumière objective et indépendante par rapport à ce qui se passe actuellement et ce qu'on veut voir naître au Québec.»
47 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 15 septembre 2010 01 h 56

    PU CAPABLE DE LA VOIR ET DE L'ENTENDRE

    "En tant que vice-première ministre du Québec, je me dois...". Elle aime dire cela très souvent. Ça doit lui faire chaud au coeur. Malheureusement, je ne la crois pas plus que comme ministre ou député.Et si moindrement un homme l'insulte, elle"en appelle à toutes les femmes du Québec". pas capable de se défendre tout seule.


    Non merci. Retour en Gaspésie avec un billet d'aller seulement.

  • Jean Menetrier - Abonné 15 septembre 2010 02 h 44

    Futur dèficit olympique

    C'est sûrement le piètre état des finances publiques que Sam Hamad veut nous faire oublier avec son patinage sur la patinoires olympique des Nordiques?

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 15 septembre 2010 06 h 49

    Mme Normandeau - M. Caillé

    Que M. Caillé tente de nous vendre l'exploitation des gaz de schiste à tout prix, c'est bien correct. C'est son job. Mais que notre vice-première ministre fasse de même, et de façon démagogique en référant aux garderies, aux hôpitaux, c'est inadmissible.
    J'étais là lors de la nationalisation de l'électricité. Messieurs Lévesque et
    autres intervenants ont pris la peine de nous bien renseigner: on nous a montré ce qui s'était fait ailleurs en en soulignant les bons et les moins bons côtés; on nous a fourni des chiffres et projections basés sur des études indépendantes. M" Lévesque avait à coeur de bien renseigner la population qui fut appelée, par une élection, à décider de cette nationalisation. C'est le peuple qui a décidé et non un parti politique.
    Alors Mme Normandeau, pourquoi ne faites-vous pas de même?
    Dites-nous ce qui se passe ailleurs. En l'état de New York où l'on vient de décréter un moratoire; en Pennsylvanie où l'on identifie de plus en plus de situations problématiques; en Colombie Britannique qui va chercher 1 000 fois plus que nous des compagnies intéressées.
    Commencez par nous bien renseigner et puis laissez-nous décider...possiblement lors d'une élection.
    Entretemps, augmentez vos revenus de 2 milliard$ annuellement en exigeant de ceux qui ne paient pas d'impôt et qui gagnent des dizaines de million$ par année de payer leur juste part. Aussi en gérant mieux les dossiers existants : comme le CHUM dont la construction n'a pas débuté et dont les coûts ont pratiquement doublé depuis 4 ans; en économisant des centaines de million@ de dollar$ dans des projets farfelus comme les jeux olympique et un amphithéâtre multifonctionnel à Québec.

  • Marie-Francine Bienvenue - Abonné 15 septembre 2010 07 h 40

    haute trahison

    Normandeau nous prend pour des imbéciles.

    Le gouvernement libéral ne fait payer aucune redevance aux minières alors que ces compagnies devraient verser 16%; les minières nous coûtent plus en subventions et en exemptions d'impôts que ce qu'elles nous rapportent...et ce serait différent pour les gaz de shistes?

    Mme Normandeau sait tout cela, elle sait que ça va nous endetter, nous polluer, au seul profit des compagnies et elle lit son petit discours préparé pas ses faiseurs d'images... c'est la reine des hypocrites.

  • Bernard R - Inscrit 15 septembre 2010 07 h 41

    du chantage émotif madame la ministre?

    Moi non plus je suis plus capable d'entendre de telles conneries de ce gouvernement en fin de pouvoir, comment peut-on essayer de manipuler autant l'opinion public en déviant le problème des garderies sur le gaz de schiste avec d'aussi grosses menteries. Elle nous prend vraiment pour des ignares cette ministre du haut de son siège. Comment des gens intelligents ont pu élire ce député dans son conté, c'est pas croyable. Ce gouvernement n'a rien réglé en santé, dans la construction, en milieu des garderies, les scandales se succèdent de plus en plus et ils (le gouvernement) continuent de mentir au peuple effrontément. Il va falloir combien de dossiers pourris pour que le gens se réveillent. Ce gaz de schiste pourri la vie des gens actuellement et regardez le seul village récréo-touristique (Saint-Marc-sur-Richelieu) a s'être levé debout et contester des puits sur son territoire, justement la ministre Nathalie Normandeau a autorisée la construction d'un puits à 600 m d'une garderie et peut être plus, aucune transparence dans ce dossier, heureusement que le reportage de JE à TVA a remis les pendules à l'heure avec cet excellent reportage, merci aux médias de leur justesse a trouver la vérité cachée par ces fameuses entreprises et avec la complicité des gouvernement et notre ministère des ressources naturelles.
    Écœuré vous dites!, oui je le suis pas mal et voir ce gouvernement mentir au public commence a me fatiguer pas mal.