Faut-il changer le GIEC?

Faut-il changer le GIEC? Bonne question, semblent penser les scientifiques. La semaine dernière, la revue Nature publiait plusieurs points de vue émanant de climatologues reconnus, allant de «dissolvons» à «continuons».

Pour poser le problème, il faut d'abord savoir ce que signifie cette organisation. Créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat rédige des rapports sur l'état de la science du climat, les conséquences du changement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre et les moyens d'atténuer ce changement. Ce programme s'organise en trois groupes travaillant en parallèle. Ses salariés ne sont qu'une petite dizaine au siège de l'OMM... mais les rédacteurs des rapports se comptent par centaines. Qui sont-ils?

«Le GIEC, ce sont 450 auteurs principaux et plus de 800 auteurs contributeurs, explique Amadou Gaye, directeur du laboratoire de physique de l'atmosphère et des océans de l'Université de Dakar. Pour l'essentiel, ce sont des scientifiques dont les publications montrent qu'ils sont au coeur de leur discipline. Ils sont volontaires et bénévoles pour faire un travail collectif d'évaluation des recherches menées à travers le monde sur le climat. On y trouve les leaders scientifiques des pays riches, mais aussi des chercheurs des pays du Sud.»

Depuis son premier rapport, en 1990, le GIEC joue un rôle d'intermédiaire entre la société (gouvernement, médias, citoyens) et la sphère scientifique. La montée en puissance de la «diplomatie du climat» est directement liée à l'évolution de la science diffusée par le GIEC. Un rôle rendu possible par son statut hybride mi-scientifique, mi-politique. Car, si la participation à la rédaction des rapports s'opère pour l'essentiel par l'entremise d'une sorte de cooptation entre chercheurs spécialisés, les textes finaux sont adoptés, par vote, par les délégations gouvernementales.

L'ambiguïté de cette situation aurait pu virer à la catastrophe si la politique avait pris le pas sur la science. Or, si certaines formulations montrent qu'elles sont issues d'un marchandage politique, l'essentiel des textes reproduit correctement l'état des connaissances, des incertitudes et des ignorances. À l'inverse, les gouvernements sont plutôt embarrassés car, «cosignataires» des textes, ils sont mis au pied du mur.

Faut-il continuer le GIEC comme avant? Mike Hulme, de l'Université d'East Anglia (Royaume-Uni), aimerait sanctuariser le groupe 1 chargé de la physique du climat. Et le protéger ainsi des polémiques entraînées par l'évaluation des risques ou par l'économie du changement climatique qui soulèvent des débats de poids (arbitrer entre les intérêts des générations, entre environnement et développement...). Prudent, il propose de «dissoudre» le GIEC, mais... après la remise du prochain rapport, prévue en 2014, pour lequel le processus de sélection des auteurs vient de démarrer. D'autres, comme le Suisse Thomas Stocker, insistent sur le respect des règles afin d'éviter les erreurs qui ont entaché certains textes du rapport 2007. La question devient alors: les gouvernements peuvent-ils se passer du GIEC qu'ils ont créé?
1 commentaire
  • P. Boutet - Inscrit 20 février 2010 08 h 05

    Se débarasser du GIEC?

    Il est évident que si le GIEC est devenu une patate chaude pour le politique, les gouvernements non seulement peuvent s'en passer mais doivent y songer sérieusement.

    La question n'est donc pas de savoir si les gouvernements peuvent s'en passer mais de savoir si les générations futures nous en voudront d'avoir mis de côté cet outil scientifique.

    N'importe quelle institution certaine de ses convictions cherchera à user de ruses et de faussetés pour convaincre les autres de son point de vu. Ici nous sommes dans le politique.

    La science, elle, procède avec une méthode de laquelle elle ne doit jamais dévier pour conserver l'intégrité et la justesse de ses conclusions.

    Et c'est ce que nous demandons à la science: rester rigoureuse et savoir dire je ne sais pas ou je ne suis pas certaine.

    En science il y a l'évaluation de l'incertitude et de celle-ci on entend peu parler dans les média.

    Toute la crédibilité de la science réside dans sa capacité à évaluer l'incertitude. Aux média de le comprendre.

    Pourquoi ne pas utiliser la même évaluation de l'incertitude que la science des sondages?

    N'étant pas statisticien, je me suis toujours demandé: si il y a 3% d'erreur 19 fois sur 20, quelle pourcentage d'erreur y a-t-il 1 fois sur 20?