GES: la Chine ouvre son jeu

Photo: Agence France-Presse (photo)

La Chine a pour la première fois ouvert hier son jeu en matière de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, 24 heures après que la Maison-Blanche a confirmé son plan de réductions, qu'elle déposera sur la table dans 15 jours à la conférence de Copenhague. Pékin entend en effet réduire «l'intensité» de ses émissions de 40 à 45 % d'ici 2020, ce qui veut dire qu'elle entend produire chaque unité de son PIB avec pratiquement deux fois moins de pétrole d'ici 10 ans.

Cette annonce, et celle du premier ministre chinois, Wen Jiabao, de participer personnellement aux négociations de Copenhague a sans doute pesé lourd dans la décision — annoncée aussi hier — du premier ministre canadien, Stephen Harper, de se rendre lui aussi à Copenhague. La conférence de Copenhague risque fort d'être la conférence sur le climat qui attirera le plus grand nombre de chefs d'État en raison de l'ampleur des enjeux économiques en cause. Le président Obama a lui aussi fait savoir mercredi qu'il serait présent à Copenhague, mais pour une journée seulement et pas dans la dernière semaine, consacrée aux négociations politiques.

L'ouverture du jeu chinois a mis hier la table pour les deux axes de négociation, qui pourraient constituer les piliers d'une entente à Copenhague, dont la forme légale demeure pour l'instant incertaine. En effet, les États-Unis, qui avaient boudé Kyoto en raison de son caractère contraignant, se disent prêts maintenant à réduire leurs émissions de 20 % sous leur niveau de 2005 (-4 % par rapport à 1990), de 30 % d'ici 2025 et de 42 % d'ici 2030. Derrière ces chiffres apparaît une concession majeure pour l'issue de la conférence, soit que les États-Unis acceptent pour la première fois, comme les autres pays occidentaux, de se lier à des objectifs de réduction exprimés en chiffres absolus.

De son côté, l'ouverture de la Chine hier est conforme au principe reconnu par la convention de Rio sur le climat et le protocole de Kyoto, à savoir celui de la «responsabilité commune mais différenciée». Avec des objectifs de réduction en intensité, les pays en développement peuvent à la fois se moderniser et poursuivre leur développement tout en ralentissant sensiblement leur utilisation de combustibles fossiles. Un autre modèle s'est également dessiné récemment quand le Brésil a dit qu'il ciblait une réduction de 40 % de ses émissions par un ralentissement, voire une stabilisation de la déforestation amazonienne, une énorme source d'émissions de GES. D'autres pays en développement veulent aussi faire reconnaître la valeur de leurs «puits» forestiers de GES.

L'Union européenne a réagi hier par communiqué à l'annonce des propositions chinoises, notant qu'il s'agissait «d'un premier pas» et d'un «signe positif» même si les ouvertures de négociation par les deux plus grands émetteurs de GES ont été jugées «décevantes» par plusieurs, notait le communiqué officiel.

«Nous espérons que les propositions chinoises et américaines représentent des premiers pas avant des réductions plus ambitieuses», ont souligné les porte-parole europà©ens.

Quant au gouvernement canadien, il a été ciblé hier de trois façons.

D'abord par le chef de l'opposition, Michael Ignatieff, qui l'a qualifié de «saboteur des négociations internationales». Le chef libéral, qui s'adressait à des étudiants de l'Université Laval, a déclaré qu'il s'engagerait à instituer au Canada des «réductions de GES semblables à celles de la moyenne des pays développés». Or, on sait depuis mercredi que cette moyenne se situe entre 16 et 23 %, soit une médiane autour de 20 % sous la barre de 1990, ce qui est fort loin des 3 % sous la même barre que propose Stephen Harper. Mais pour le chef libéral, l'important à ce stade-ci, c'est d'adhérer rapidement à une stratégie de stabilisation de la hausse du climat à 2 °C, ce qui implique des réductions allant de 25 à 40 % sous le niveau de 1990.

En entrevue au Devoir, M. Ignatieff a précisé que s'il favorisait des objectifs de réduction égaux pour toutes les entreprises, la part exceptionnelle des émissions liées à la production des sables bitumineux exigera de cette industrie un effort accru: «C'est une évidence», a précisé le chef libéral, qui n'exclut pas non plus le nucléaire du portefeuille énergétique canadien. Mais il entend accorder la priorité à l'efficacité énergétique et aux énergies nouvelles, dont la production serait multipliée par quatre sous un gouvernement libéral.

Le Canada a d'autre part été ciblé hier par un groupe de personnalités internationales, qui veulent le faire exclure du Commonwealth pour son inertie dans le dossier du climat en raison des impacts humains de sa position sur les petits pays insulaires ou pauvres. On retrouve dans ce groupe Clare Short, ancienne secrétaire au Développement international de la Grande-Bretagne. Pour ce groupe, l'attitude du Canada est assimilable aux atteintes aux droits de la personne qui ont valu dans le passé à l'Afrique du Sud et à d'autres pays des exclusions et des suspensions.

Enfin, cinq grands organismes qui représentent plus de 3000 scientifiques canadiens ont pressé hier le gouvernement Harper de «négocier un accord qui apportera des solutions rapides et adéquates» aux problèmes du climat. Il s'agit de la Société canadienne de météorologie et d'océanographie, de la Société canadienne de zoologie, de l'Union géophysique canadienne, de l'Association canadienne des physiciens et de la Société canadienne de la science du sol.

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Avec AP, AFP et Reuters
12 commentaires
  • Lapirog - Abonné 27 novembre 2009 05 h 30

    Comment faire comprendre à un inculte premier ministre...

    qui se comporte comme un créationniste que ce n'est pas la Providence qui va réparer les dommages à la nature par les excès du développement anarchique.
    Pour le moment, l'exploitation non contrôlée des sables bitumineux de l'Alberta demeure un des plus graves sinon le plus grave danger au Canada pour l'environnement.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 27 novembre 2009 06 h 51

    Oui, mais en 2011 et 2015, combien ?

    Les gouvernements sont forts pour planifier des bonnes choses dans 10 ou 20 ans mais, dans 2 ou 5 ans, pas capable de dire comment.

  • Eric Allard - Inscrit 27 novembre 2009 07 h 17

    Enfin une reconnaissance internationale!

    Enfin on reconnaît a l'international la qualité du gouvernement Harper (évidemment, je suis cynique ici). Apres le Commonwealth, c'est sûrement le G8 qui va nous mettre dehors (de toute façon, on n'y avait pas réellement notre place).

    Le Canada va donc perdre encore plus d'importance sur l'échiquier international au cours des prochaines années. L'Union Européenne n'acceptera plus la position du Canada tres longtemps, non seulement vis-a-vis de l'environnement, mais aussi des droits de la personne. Et le jour ou les sanctions vont commencer a pleuvoir, il va être trop tard pour notre réputation, qui était excellente avant les années Harper.

    Ce qui prend des décennies a bâtir peut être détruit en quelques années seulement, et les conservateurs y ont excellé.

  • Serge Bernier - Inscrit 27 novembre 2009 08 h 35

    De gros intérêts économiques en jeu

    Ne soyons pas naifs. Ce n'est pas qu'une question de climat dont il est question ici.. Les Européens, entre autres, tout en étant préoccupés légitiment par le réchauffement de la planète, savent qu'il sera plus difficile pour leurs partenaires commerciaux, les États-Unis au premier chef et le Canada, de réduire leurs émissions L'Europe peut inclure dans son bilan les réductions d'émission provenant de la fermeture d'usines pollluantes de pays de l'est, en particulier de l'Allemagne, et sur la fermeture des mines de charbon en Angleterre. Dans l'ensemble, son climat est plus favorable qu'en Amérique du nord. Elle produit moins de combustibles fossiles. En exigeant des cibles élevées de ses partenaires commerciaux, elle peut au passage améliorer sa position concurrentielle. Le Québec joue le même jeu au sein du Canada.
    Tous les pays se rendent à Copenhague en vue de négocier âprement et le gouvernement Harper adopte une bonne stratégie en offrant peu au départ. La position ultime risque d'être fort différente à la condition que tous nos partenaires, et surtout les États-Unis, s'engagent fermement.

  • Fernand Trudel - Inscrit 27 novembre 2009 10 h 12

    Harper est un excellent administrateur public

    Quand on négocie on attend que tout le monde mettent leur position sur la table et on essaye pas d'être des précurseurs que personne ne suit. Or, Copenhague est une négociation mondiale sur la suite à donner au protocole de Kyoto.

    Après le Climategate, il faut s’attendre que les pays ramollissent leur position et la Chine vient de donner le ton. Ce n'est pas sur la base de 1990 que la Chine parle mais comme Harper de réduction d'intensité de ses émissions soit de prendre deux fois moins de pétrole à la longue pour produire des biens. C'est une position sage malgré les quolibets des verdoyants et des puristes du climat.

    Quant au Commonwealth, Monsieur Bousquet, souverainiste acharné, devrait être heureux qu'on coupe le cordon ombilical avec la couronne britannique. Harper n’est pas inerte, il agi en personne sage et c’est ce qui fait que le Canada se sort mieux que quiconque de la récession économique.

    Quant à Ignatieff, il se sert de la mode des verdoyants pour taper sur l'Alberta qui ne deviendra sûrement pas libérale avec une telle position. C'est isoler au Québec sa formation politique car c'est ici que l'aversion envers l'exploitation pétrolière est entretenu par la gauche bien pensante du Plateau Mont-Royal. Nous avons ici un microcosme médiatique de la pensée unique qui va s’effriter à mesure que la vérité qui dérange sue le climategate sera connue. Entre temps on ignore les efforts des gouvernements fédéral et de l’ouest pour diminuer l’impact des opérations pétrolières et le projet I-CAN dont les centres de recherches de quatre provinces y compris le CRIC québécois en sus de celui du fédéral et en partenariat avec par les pétrolières qui investisse pour diminuer leur GES. Harper parlait d’intensité d’émissions et les verdoyants lui sont tombé dessus. Comment peuvent-ils aujourd’hui qualifier la positrion de la Chine comme une ouverture ce qu’ici on qualifie celà d’inertie.

    Quant au G8, je me demande pourquoi les séparatistes y tiennent autant aujourd'hui car leur idéologie politique qui sépare le Canada va nous sortir du G8 automatiquement si la séparation se réalise. J’aurais préféré que le G8 soit présent au sommet sur la faim dans le monde qui a cours à Rome présentement. C’est juste un milliard d’humain qui n’ont pas suffisamment de nourriture, d’eau potable, de soins adéquats et d’hygiène de bas. Pas grave, on peut se permettre un tel holocauste au nom de la religion kyotiste.

    En fait, les épouvantails à moineaux environnementeurs battent encore de l'aile pour justifier les nouvelles taxes du gouvernement Charest surtout que certains qui écrivent ici en profitent par des subventions vertes. En passant combien de représentants d’OSBL écolos seront présent sur le bras à Copenhague??? Quelques centaines avec à leur tête Mgr Steven Guilbault, le théologien prédicateur de la bonne nouvelle verte??? Ces adeptes de Mgr Guilbault vont fausse route et nous font gaspiller temps et argent mais tant qu’on boira crédulement leurs paroles, nous les subventionnerons.

    S'occuper de la pollution de nos vidanges ne change en rien la nature du climat, S’occuper de la qualité de l'eau potable n’influence pas le climat aussi mais nous nettoyons notre perron seulement. S’occuper de nourrir les humains sur la planète est plus primordial que de savoir si un degré dans cent an nous dérangera dans nos habitudes. C’est pourquoi, pour moi le vrai consensus de Copenhague existe déjà depuis longtemps : le « Copenhagen Consensus Center ».

    http://www.copenhagenconsensus.com/CCC Home Page.aspx

    Pour moi, Harper est un excellent administrateur public qui ne s'emballe pas comme certains verdoyants qui l'accusent. En attendant le climategate nous prouve que Harper avait raison de maintenir sa position...
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