Devant le fléau de l'herbe à poux, mieux vaut vivre ailleurs qu'à Montréal

Une Montréalaise aux prises avec le rhume des foins photographiée devant l’un des bosquets où l’herbe à poux profite des engrais de la Ville de Montréal.
Photo: Une Montréalaise aux prises avec le rhume des foins photographiée devant l’un des bosquets où l’herbe à poux profite des engrais de la Ville de Montréal.

Tout le monde a le droit, théoriquement, à un environnement de qualité, mais tous ne sont pas égaux devant l'Ambrosia artemisiifolia, plus connue sous le nom d'herbe à poux, cette plante d'apparence inoffensive qui rend une personne sur dix malade pendant cinq à six semaines au début de l'automne.

Dans une dizaine de municipalités, le problème est présentement maîtrisé à 90 % ou 95 %. Les citoyens peuvent y respirer sans inhaler ce pollen allergène, dont chaque plant, aussi petit soit-il, émet des millions de spores qui dérèglent le système immunitaire.

Les villes exemplaires se distinguent sur deux points: elles ont un plan de contrôle global de la plante polluante sur leurs voies publiques, qu'elles font appliquer par leurs employés ou par une firme spécialisée. Ces municipalités se dotent généralement aussi d'un règlement qui interdit en plus la présence d'herbe à poux sur les terrains privés après le début d'août, soit avant la libération du pollen allergène.

Ailleurs, y compris à Montréal, l'herbe polluante se multiplie avec pour seul obstacle des dépliants, des articles de journaux ou, sur Internet, des opérations locales de sensibilisation et quelques initiatives d'éradication, d'impact marginal.

Il faut dire que la gestion de ce que la Communauté urbaine de Montréal considérait à l'époque comme son principal contaminant de l'air a radicalement changé. Montréal, qui regroupe l'essentiel des anciens territoires de la CUM, a aboli son règlement après avoir été ciblé par un recours collectif qui lui reprochait de l'avoir peu ou pas appliqué. La Cour supérieure a déchargé Montréal de toute responsabilité l'an dernier en statuant que la plaignante n'avait pas démontré que le pollen qui la rendait malade était celui qui avait été émis en raison du laxisme de la Ville. Ce verdict a été porté en appel.

Mais le deuxième changement important est le brevet et l'homologation de l'Herbanatur, un produit salin inventé par un Québécois, André Grégoire, qui dessèche la plante allergène jusqu'à la racine. D'application beaucoup plus rapide que la vapeur d'eau, la méthode privilégiée par les Australiens, l'épandage de ce produit salin a peu ou pas d'impacts sur l'environnement et les plantes voisines.

Une cinquantaine de municipalités confient aujourd'hui à cette petite firme québécoise le soin de cartographier les abords de leurs routes et des trottoirs où l'ambroisie prolifère, de les arroser et de vérifier par des capteurs l'efficacité de l'opération. Mais, explique André Grégoire, seulement une dizaine ont un plan qui attaque simultanément toutes les sources locales afin d'obtenir des gains cumulatif d'une année à l'autre. Jusqu'ici, seule la Gaspésie a réussi par des corvées d'éradication dans les années 30 à se débarrasser de l'herbe à poux.

Aujourd'hui, assure le président d'Herbanatur, plusieurs municipalités voient après deux ou trois ans d'épandages complets la reproduction de l'herbe à poux fléchir sensiblement en plus d'obtenir une réduction des concentrations atmosphériques dès la première année. Celles qui pensent obtenir ce résultat avec un ou deux fauchages font radicalement erreur, dit-il, car la plante a le réflexe immédiat de se faire plus petite, mais tout aussi productive en pollen.

Herbanatur a fait ses premiers essais dans la ville de Brossard, une des «villes modèles», comme il les appelle. Une ville comme Châteauguay a fait traiter cet été 650 km de bordures de routes et de trottoirs, tout comme Vaudreuil-Dorion et d'autres.

Les deux plus grandes villes qui utilisent ce traitement sont Québec et Laval. Mais, ajoute immédiatement André Grégoire, ces villes ne traitent qu'une partie du problème, ce qui ne leur assure malheureusement qu'un succès mitigé. Québec a dû faire des pressions sur le ministère des Transports, le principal propriétaire d'herbe à poux du Québec, pour que ses abords d'autoroute ne contaminent plus les portions stérilisées par la Ville.

Et Montréal?

À Longueuil et à Montréal, l'éradication de l'herbe à poux se limite à la sensibilisation du public par des dépliants, des pages Internet, des articles dans les journaux de quartier et quelques initiatives de sensibilisation et d'éradication. Mais, faute de règlement, ces deux grandes villes sont impuissantes contre les grands propriétaires terriens qui possèdent de véritables pépinières d'herbe à poux sur leurs terrains vagues.

À Montréal, explique Alan DeSousa, maire de Saint-Laurent et porte-parole du Comité exécutif en matière d'environnement, il n'y a plus qu'un règlement sur les nuisances pour mettre ces propriétaires au pas, ce qui se fait, mais pas spécifiquement pour contrôler l'herbe à poux. Le règlement sur les nuisances se contente d'exiger la coupe des mauvaises herbes à 20 cm du sol. Montréal est donc littéralement infestée par cette plante allergène qui frappe chaque année au moins 100 000 de ses citoyens. Les horticulteurs de la Ville tout comme les cols bleus qui sillonnent la ville pendant tout l'été ne sont pas formés pour la reconnaître, ce qui explique qu'il leur arrive de stimuler sa croissance avec les engrais destinés aux arbres!

Selon Alan DeSousa, c'est là «l'effet pervers» du recours collectif toujours en suspens devant la Cour d'appel et dont la réclamation dépasserait désormais le milliard de dollars. Mais, malgré l'enjeu, il confirme que la Ville n'a pas tenté de négocier un arrangement à l'amiable, comme un budget et un règlement assurant le contrôle du contaminant atmosphérique à long terme.

En comparaison, Laval aura investi cette année 500 000 $ dans la lutte contre l'herbe à poux, selon son porte-parole, Jean-Claude Beaudry. La Ville emploie huit jeunes dépisteurs en été et fait annuellement plus de 6000 interventions auprès de ses citoyens en misant notamment sur la pression que constitue notamment l'existence d'un règlement sur l'herbe à poux.

Décontaminer le Québec

Le président d'Herbanatur estime qu'il serait possible de contrôler progressivement l'herbe à poux en bordure des routes du Québec avec un budget de 15 millions, ce qui constituerait une vitrine technologique permettant de conquérir les marchés étrangers asiatiques et européens où le problème a encore plus d'acuité qu'ici.

Il n'en revient pas de voir que la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, ait investi quelque 15 millions contre les algues bleues alors que tout le monde convient que, globalement, l'impact de cette politique a été marginal et que le problème, de l'aveu de la ministre, n'a eu aucun impact sur la santé publique jusqu'ici.

À l'Environnement, dit-il, on l'a pourtant renvoyé à la Santé publique. Et là, on l'a renvoyé au ministère des Transports, qui l'a renvoyé aux municipalités.

«Le problème central avec cette forme de pollution, conclut André Grégoire, même si elle coûterait au Québec un quart de milliard en frais de toute sorte, selon les chiffres publiés l'an dernier dans un colloque scientifique à Mont-Tremblant, c'est que les gestionnaires publics ont décidé de laisser les gens se débrouiller tout seuls. Il faut que les gens se fâchent pour que quelqu'un bouge. La rationalité semble n'avoir ici aucun poids.»
  • Pierre Ferron - Inscrit 9 septembre 2008 02 h 11

    Commencer par les cours d'école et les bordures de rues.

    Dans la magnifique municipalité de Trois-Rivières qui déboise allègrement ses bandes riveraines et plusieurs autres milieux naturels, l'infestation ne cesse d'augmenter; il faudrait cependant commencer un contrôle dans toutes les cours d'école et surtout en bordure des rues. Une façon peu coûteuse et efficace, ce serait de maintenir une bonne végétation en évitant d'y accumuler les neiges souillées.

    Pierre Ferron, agronome

  • Élaine Dansereau - Abonnée 9 septembre 2008 08 h 59

    Appui

    Bonjour M. Francoeur,

    Je représentais jusqu'à tout récemment comme président la Coalition des amis du parc Jarry. Comme groupe qui promeut des initiatives nous avons depuis 3 ans fait une corvée annuelle d'arrachage d'herbe à poux dans le parc Jarry. L'endroit le plus infesté était l'aire de jeux des enfants. Nous tentons avec nos maigres moyens de susciter un intérêt de la part des élu(e)s et des citoyen(ne)s à éradiquer physiquement l'herbe à poux. Ce qui est assez difficile dans un contexte comme vous l'avez souligné dans votre article ou la ville de Montréal s'en est lavé les mains.

    De plus, comme nous sommes des gens curieux, nous participons aux sessions d'information de la Santé publique du Québec et nous avons appris qu'en 2007 les coûts attribués à cette malveillance de la nature tournait en coûts directs et indirects autour de 165 millions à la société québécoise annuellement Il n'est pas étonnant de voir ces jours-ci des publicités télévisées proposant la solution que sont les antistaminiques comme panacée à ce qui pourrait être si simple à éradiquer comme l'a démontré le professeur Caya de l'université Laval en mettant de l'avant l'éradication de l'herbe à poux à la fin des années trente pour la Gaspésie. Toujours à cette conférence, nous avons appris que parce qu'il n'y a plus de campagnes d'éradication de l'herbe à poux celle-ci est en train de gagner son pari d'envahir à nouveau la Gaspésie depuis les années soixante-dix dont, et je le souligne, le principal vecteur est l'humain par ses nombreux déplacements.

    Finalement, Hydro-Québec présente sur le plancher de cette rencontre a convenu selon ses 40 ans d'études scientifiques que le seul moyen efficace d'enrayer et d'éliminer complètement cette nuisance était son éradication physique. Ce qui jette par terre la pratique fumeuse qu'est sa coupe avant sa maturation. Ce qui fait joli mais qui a la fâcheuse de produire pas une tête de graminées de pollens mais plusieurs. On vient de multiplier le problème par dix.

    En fait l'herbe à poux est selon moi un problème de santé publique et la question demeure : Quand la Santé publique du Québec reconnaitra-t-elle que l'ambroisie est une plante dangereuse pour la santé humaine et doit être éradiquer comme nuisance à l'environnement?

    François-Guy Touchette

  • Pierre Jutras - Abonné 9 septembre 2008 09 h 37

    En attendant, pourquoi ne pas disséminer un guide d'identification ?

    Je trouve curieux qu'en voulant informer on ne joigne aucune photo claire de la plante. Un dépliant ne circule pas assez, un journal, ... un peu plus tout de même.
    Ci-joint l'adresse d'un excellent guide d'identification:
    http://lotnaturegb.free.fr/botanique/IMG/pdf/Ambro

  • Gisèle Lamoureux - Inscrite 9 septembre 2008 10 h 25

    Réussite du ministère des Transports, qui connaît bien l'ennemi

    Le long des autoroutes où se pratique la gestion écologique des abords routiers, le ministère des Transports semble sur la voie de la réussite. Il a d'abord reconnu le microhabitat de cette annuelle: lieux ensoleillés où le sol est nu et maintenu à nu à chaque année, par exemple par le passage de la gratte qui déneige l'accotement (environ 30 cm de sol à côté de l'asphalte). Le ministère a ensuite coupé très ras, sous les cotylédons (2 premières feuilles) avant la floraison, ce qui empêche la plante de se refaire une tête. Puis le ministère a favorisé l'occupation du sol nu par d'autres annuelles qui entrent en compétition avec l'herbe-à-poux; cela se fait de façon naturelle par 2 espèces de trèfle: trèfle pied-de-lièvre et trèfle couché. Le ministère a donc semé à répétition ces espèces, et cette année j'ai facilement remarqué sur des kilomètres et des kilomètres d'autoroutes, une belle bordure en coussin, rose ou jaune, selon l'espèce de trèfle qui a pris la dominance. Bravo au ministère des Transports.
    Quant à une solution saline... il est évident qu'elle s'attaque à tous les végétaux; seules de rares espèces supportent le sel! Ça me semble être un polluant de plus dans l'environnement. Et si on ne remplace pas l'herbe-à-poux par d'autres espèces, l'habitat reste disponible et l'herbe-à-poux reviendra d'année en année... et voilà une job à vie pour le promoteur d'Herbanatur.
    En ville, l'arrachage est simple... suffit de reconnaître la plante. Mais il faut aussi faire disparaître l'habitat: favoriser d'autres végétaux qui occuperont le sol nu.
    Pour bien mener une bataille, la connaissance des habitudes de l'ennemi aide!
    Gisèle Lamoureux, botaniste-écologiste

  • Pierre Samuel - Abonné 9 septembre 2008 10 h 42

    La politique du "je-m'en-foutisme" à l'état pur!

    Comment un édile municipal tel Alan DeSousa peut-il se moquer à ce point de concitoyens victimes de cette plaie indéracinable qu'est l'herbe à poux qui afflige sérieusement la santé de nombreux Montréalais depuis des lustres? Faut avoir un sacré culot que d'oser blâmer "l'effet pervers" d'un recours collectif maintenant en appel, tout en admettant que la Ville n'a aucunement l'intention de "négocier un arrangement à l'amiable" ni de "règlement en assurant le contrôle"! Comment la Gaspésie a-t-elle pu mettre fin à ce fléau depuis 80 ans en plus d'une dizaine d'autres municipalités alors que la métropole du Québec continue de "cafouiller" à l'image de ses élus de façade?