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Éducation internationale - Un cinquième des écoles primaires internationales sont québécoises

Une formation qui serait mieux adaptée pour les garçons

Alec Castonguay   28 septembre 2002  Éducation
C'est le petit nouveau. Sans faire de bruit, mais avec détermination, il fait sa place dans les classes. Le Programme primaire d'éducation internationale n'a pas encore dix ans au Québec. Sa popularité est toutefois à l'image de ses grands frères du secondaire et du cégep. Donner le goût de l'école aux jeunes et les éveiller au monde, voilà les objectifs.

C'est le dernier né de l'Organisation du Baccalauréat international (OBI). Cette association est à l'origine des programmes d'éducation internationale qui ont cours dans certaines écoles de la planète (voir en pages G 6 et G 9). Encore aujourd'hui, c'est elle qui encadre et surveille les établissements qui désirent prodiguer la formation. Après avoir créé le Baccalauréat international (BI), qui s'applique au cégep dans le cas du Québec, puis le Programme de premier cycle au secondaire, l'OBI a récemment mis en place le Programme primaire (PP).

Dans la province, le premier établissement admis par l'OBI pour donner le Programme primaire est l'École internationale de Montréal, au début des années 1990. Depuis, une vingtaine d'écoles ont été accréditées ou sont en voie de l'être. «C'est beaucoup car, dans le monde entier, il n'y en a pas plus de 100 qui sont accréditées, nous dit fièrement Ghislain Bourbeau, le responsable du Programme primaire à la Société des écoles d'éducation internationale du Québec (SEEI). Avec un cinquième des adhérents mondiaux, on prouve que l'éducation internationale est très populaire ici. Et ce, dès le niveau primaire.»

Rien de plus normal selon Louis Bouchard, directeur général de la SEEI. «C'est une éducation tournée vers le monde, dit-il. Ça fonctionne par questionnement. On rend l'élève curieux et désireux de connaître ce qui l'entoure. Il s'agit plus de développer des attitudes que des connaissances.» Ghislain Bourbeau n'en revient toujours pas de l'efficacité du programme. Ce dernier, qui dirige l'école primaire Chabot, à Québec, constate des résultats impressionnants depuis la mise en place du PP par son établissement en 1996. «Quand ils arrivent en 6e année, les élèves sont réveillés. Ils ont du jugement et le raisonnement est intelligent. Ils analysent des situations impressionnantes. Je suis sûr que certains de leurs parents ne pourraient pas en faire autant!»

Six grands thèmes

Comment amener les enfants à se questionner et leur injecter le goût du savoir? La réponse s'appuie sur six grands thèmes qui se répètent à chacune des années scolaires, mais avec des contenus différents. Ces thèmes sont obligatoires pour toutes les écoles, mais demeurent un cadre. «On peut mettre ce qu'on veut comme exemples et démonstrations sous les thèmes, explique Danielle Bélair, directrice adjointe de l'École internationale de Greenfield Park, accréditée depuis 1997. C'est flexible pour que chaque établissement puisse refléter la réalité qui l'entoure.»
- Le premier thème est «Qui nous sommes». On peut par exemple aborder la nature de l'être humain, la religion, la connaissance de soi, etc.
- S'ensuit «Où nous nous situons dans le temps et l'espace». C'est l'histoire de l'homme et la géographie.
- Le troisième thème est «Comment nous nous exprimons». On traite ici du langage et de l'art.
- «Comment le monde fonctionne» est le suivant. On regarde l'influence de l'humain sur la planète, les sciences physiques, etc.
- Arrive «Comment nous nous organisons». On y aborde la notion de société, de peuple, de métier, de transport, etc.
- Finalement, on travaille sur «Comment nous partageons la planète». Environnement, ressources naturelles, partage des technologies, etc.

Il faut ensuite mettre le contenu approprié dans chacun des thèmes en fonction de l'âge de l'enfant. «Il faut que les discussions et les travaux soient pertinents à la vie du jeune, explique Danielle Bélair. Je vais parler de puberté en 6e année, pas en 1re année!» De plus, on ne peut répéter sans cesse un volet déjà enseigné. «Si je parle des plantes ou des dinosaures en 2e année, je ne peux pas l'aborder aussi en 3e et 4e années, raconte-t-elle. Il faut éveiller l'enfant à autre chose.»

Pas de sélection au primaire

Si possible, il faut également tourner l'apprentissage vers une perspective mondiale. «Quand nous parlons de poésie, on aborde non seulement les auteurs du Québec, mais aussi les poètes français, anglais ou japonais, soutient Danielle Bélair. C'est une façon d'éveiller la curiosité vers l'international.» Et d'après Ghislain Bourbeau, l'élève n'est pas surchargé comparativement aux étudiants du secteur régulier. «La différence est au niveau des méthodes d'apprentissage, pas de la charge de travail.»

D'ailleurs, contrairement à ses semblables du secondaire et du cégep, le PP n'est généralement pas sélectif. «Souvent, toute l'école offre le programme et les élèves ne sont pas sélectionnés à l'admission, comme c'est notre cas à Greenfield Park, explique Danielle Bélair. Mais certaines écoles au Québec ont décidé de faire seulement quelques classes internationales et de garder du régulier. Dans les autres pays, c'est habituellement ouvert à tous.»

Frais supplémentaires

L'école Chabot fait partie des exceptions. Elle compte 340 élèves au PP sur un total de 700 enfants. «Il y a sept ans, quand nous avons démarré le projet, nous avions peur que des jeunes moins forts ralentissent les groupes, avance Ghislain Bourbeau. Et plusieurs parents craignent encore ça. Mais je pense que si nous reprenions tout à zéro, le PP serait disponible pour tous.» Et il y a également les coûts qui freinent certains parents. Le programme n'étant pas la formation de base du ministère de l'Éducation, les frais supplémentaires varient de quelques dizaines de dollars à plus de 100 $ par élève chaque année, selon le nombre d'enfants inscrits dans un établissement. Une facture que les parents doivent habituellement assumer.

Mais pour certains adultes, l'investissement n'est pas vain, peu importent les montants. Surtout pour les parents de petits garçons intelligents, mais peu enclins à user leur fond de culotte sur les bancs d'école. «On parle beaucoup de la difficulté des gars à l'école et du taux élevé de décrochage scolaire, souligne Ghislain Bourbeau. Mais le programme international est plus adapté aux garçons. Le fonctionnement par projet demande moins de concentration, ce qui est souvent leur point faible. Les filles peuvent rester attentives durant 45 minutes, mais les gars trouvent ça dur. Avec le Programme primaire, on peut les intéresser plus facilement à l'école et les inciter à poursuivre leur curiosité et leur goût d'apprendre pour qu'ils continuent longtemps.»
 
 
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