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Choix ou vote de non-confiance?

Guylaine Boucher   28 septembre 2002  Éducation
Le Collège Stanislas
Photo : Jacques Grenier
Le Collège Stanislas
Les écoles privées n'ont jamais été aussi populaires au Québec. Selon les dernières statistiques du ministère de l'Éducation, environ 10 % des élèves d'âge primaire ou secondaire fréquentent les bancs des institutions d'enseignement privées.

Nombre de parents n'hésitent pas à débourser entre 2000 $ et 5000 $ par année pour l'éducation primaire ou secondaire de leurs enfants. Parmi eux, une proportion de plus en plus importante de familles à revenu modeste ou de classe moyenne font «le choix» d'inscrire leurs rejetons dans une institution d'enseignement privée. Au Collège Jean-Eudes de Montréal par exemple, l'une des écoles considérées parmi les plus performantes au Québec dans le dernier palmarès des écoles secondaires de la province, le revenu familial moyen des parents dépasse à peine les 43 000 $ par an.

Même le réseau des écoles internationales, à la fois privé et public, gagne en popularité. En fait, l'engouement pour ce type d'établissement est tel qu'une école primaire internationale sur cinq dans le monde se trouve au Québec.

Vote de non-confiance envers le système régulier d'éducation ou indice d'une société de plus en plus élitiste? Interrogés sur les raisons les ayant motivés à prendre cette décision, tous les parents ayant fait le choix de l'école privée ou de l'école internationale parlent de qualité d'enseignement, d'encadrement plus serré, d'activités parascolaires enrichissantes et surtout, d'esprit de groupe ou de sentiment d'appartenance.

Qu'on le veuille ou non, avoir «fait» Brébeuf ou fréquenté un pensionnat connu semble faire son petit effet même dans les milieux les plus sélects. Comme si, 40 ans après la Révolution tranquille et l'explosion du réseau public d'éducation, il ne suffisait plus d'avoir complété sa formation secondaire, tant le fait d'avoir obtenu son diplôme dans la meilleure école qui soit est important.

Dans les rangs des institutions d'enseignement privées, la multiplication des inscriptions n'a jusqu'à présent pas altéré les niveaux d'exigence imposés aux élèves. Dans leurs rangs, aucun élève en difficulté d'apprentissage ni de collectionneurs d'échecs qui tienne. L'écrémage est fait avant, au moment des tests d'admission. Même la performance aux examens du ministère est reconnue comme étant plus élevée dans la majorité, pour ne pas dire la totalité des écoles privées de la province.

À l'autre bout du spectre, dans le réseau public, la performance et la popularité du réseau d'enseignement privé pèsent de plus en plus lourd. D'ailleurs, nombreux sont les intervenants du réseau public d'éducation à réclamer une lutte à armes égales en mettant fin aux subventions consenties aux institutions privées. Le sujet est délicat. Le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, en sait quelque chose. Forcé de répondre de sa décision d'inscrire ses enfants dans une institution d'enseignement privée, il évoque le choix personnel et confirme s'en remettre à la réforme actuellement en cours pour améliorer la performance des écoles publiques.

Convaincant? Un nombre grandissant d'établissements du réseau public ne semblent pas le croire. Excédées par le fait d'être confinées, année après année, dans leur rôle de dernières de classe, plusieurs écoles publiques ont en effet choisi d'appliquer la méthode du privé et d'imposer des tests d'entrée à leurs élèves. De là à dire que la popularité du réseau privé d'enseignement a donné le tempo à la plus vaste remise en question des pratiques du réseau d'éducation public au Québec — y compris en matière d'universalité des services —, il n'y a qu'un pas facile à franchir. Parlez-en aux parents des milliers d'enfants en difficulté d'apprentissage du Québec. Ils vous le confirmeront.
 
 
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