dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 12h20
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Regards extérieurs - Le patrimoine de l'avenir

«Une intrusion heureuse du monde contemporain dans une portion de la ville qui en avait bien besoin»

Laurence Clavel   26 novembre 2005  Éducation
Situé à deux pas du centre-ville et voisin d'habitations de pierre grise datant de la fin du XIXe siècle, le nouveau Complexe des sciences Pierre-Dansereau de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), avec son architecture contemporaine s'intégrant au paysage architectural montréalais, est un exemple de ce qui constituera le patrimoine de l'avenir.

«Il y a deux façons de respecter le patrimoine, explique Luc Noppen, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain. Ou bien on met en évidence sa singularité — et on ne le pastiche surtout pas —, on parle ici d'une mise en valeur par contraste; ou bien on met à côté quelque chose qui est franchement de notre époque, traité avec grand soin.»

Avec le campus scientifique de l'UQAM, la firme d'architectes Saia et Barbarese a choisi de créer un complexe résolument contemporain, en s'inspirant toutefois des immeubles de l'ancienne École technique déjà sur place. Tout a débuté avec la construction, en 1997, du pavillon Président-Kennedy, surnommé le «bateau» à cause de sa forme ovale. Le bâtiment de brique jaune s'inspirait du matériau utilisé par le premier architecte de l'École technique, Jean-Omer Marchand, pour la construction de ses édifices. Cette brique, typique des édifices institutionnels montréalais, est ce qui permet «d'établir l'homogénéité de ce campus scientifique», croit M. Noppen.

En effet, les nouveaux édifices, aussi en brique jaune, du Complexe des sciences de l'UQAM et ceux, restaurés, des anciennes bâtisses permettent d'allier l'ancien et le nouveau pour créer un environnement unique, où les vestiges des savoirs passés côtoient les nouvelles percées scientifiques, et où le patrimoine architectural est empreint d'une écriture contemporaine. Ainsi, la vieille forge gardera son cachet d'origine tout en étant transformée en café étudiant, la cheminée — très caractéristique de cet îlot — sera mise en valeur, et une bibliothèque scientifique occupe désormais les locaux d'un ancien atelier. Depuis son écrin formé par les édifices modernes qui l'entourent, la petite église Saint-Jean-l'Évangéliste continuera, quant à elle, à accueillir les fidèles sous son toit rouge.

«On obtient ainsi un travail raffiné dans le coeur de l'îlot, avec la remise en état de ce qui existait, intégré à des matériaux d'époque. Ce contraste entre des bâtisses de la fin du XIXe siècle, début du XXe, et quelque chose de plus contemporain met en valeur l'ensemble du complexe», croit Georges Adamczyk, directeur de l'École d'architecture de l'Université de Montréal.

Ville et nature

Au départ, deux choix s'offraient à l'UQAM pour la construction de son nouveau campus. La première possibilité: un campus à l'américaine, du type de ceux des universités McGill ou Harvard. Mais l'UQAM a privilégié un modèle permettant à chaque pavillon d'être indépendant et d'avoir sa propre adresse. On a donc conservé l'emplacement initial des locaux de l'École technique pour agrandir le terrain vers l'est, de l'autre côté de la petite rue Kimberly, une rue piétonne qui réintègre le parcours urbain après plusieurs années d'absence. «C'est ce qui explique que les bâtiments soient tournés vers le noyau, le coeur des sciences, explique M. Noppen. On obtient donc un îlot destiné à une fonction précise, semé de bâtiments plutôt introvertis», sauf pour ce qui est de ceux donnant sur les grandes artères, comme l'immeuble abritant TELUQ, sur la rue Sherbrooke.

Malgré ses bâtiments tournés vers l'intérieur, le Complexe Pierre-Dansereau permet à l'UQAM de «s'ouvrir sur la ville», croit Mario Saia, architecte du projet. Grâce, entre autres, à ses jardins intérieurs, que le passant pourra apercevoir depuis le trottoir à travers les portes cochères et qui comptent, selon Georges Adamczyk, «parmi les plus beaux jardins sur dalles qu'on peut observer en ce moment». On y retrouve un mobilier urbain sobre mais efficace, ainsi que de nombreux échantillons de la flore canadienne. Et autant les passants que les étudiants sont invités à s'y arrêter.

Des édifices à l'image de ce qu'ils abritent

Chacun des édifices du Complexe des sciences a sa particularité architecturale, mais tous reprennent aussi des éléments de leur environnement, ce qui leur permet de s'intégrer parfaitement à la trame urbaine. «Si on ne se contente pas d'un coup d'oeil rapide et qu'on détaille la morphologie du complexe, explique M. Adamczyk, on s'aperçoit qu'au-delà de la brique jaune, il y a des éléments qui caractérisent chacun des bâtiments». Ainsi, on peut rapidement distinguer l'édifice abritant les résidences, semblable à une ruche d'abeilles, de celui de biologie, avec sa serre sur le toit et ses murs de brique dont le dessin imite les courbes de la molécule d'ADN. «Il y a une recherche d'une expression particulière pour chacun des édifices, selon ce qu'il accueille», poursuit le professeur d'architecture à l'UdeM.

L'observateur averti remarquera également que l'École des beaux-arts se reflète dans les parois de verre du bâtiment de TELUQ, sur la rue Sherbrooke. Et à l'image des habitations de cette rue, dont l'architecture toute en ondulations permet de suivre la courbe de l'artère, l'édifice reproduit lui aussi ces zigzags dans sa construction.

Cette architecture de verre en a initialement choqué plusieurs, tout comme celle d'autres édifices construits récemment, tels le Palais des congrès, la Caisse de dépôt et la Grande Bibliothèque. Mais, selon Luc Noppen, «les architectes en avaient assez de construire avec du béton ou de la pierre grise».

«Dans les années 1980, on avait honni les murs-rideaux en parois de verre, mais depuis quelques années, on a envie de faire autre chose. [...] Il s'agit là d'une nouvelle tendance et on voit de plus en plus de constructions utilisant le verre. [...] D'ailleurs, poursuit le directeur de l'Institut du patrimoine de l'UQAM, on ne peut pas imaginer l'édifice de TELUQ, représentation des nouvelles technologies, avec une façade bardée de colonnes de brique!»

Avec des édifices comme ceux de l'UQAM, Luc Noppen croit que l'on «construit le patrimoine de l'avenir».

«Dans 20 ans, il n'y aura pas de confusion quant à l'époque à laquelle a été construit le complexe. C'est vraiment une intrusion heureuse du monde contemporain dans cette portion de la ville qui en avait bien besoin. Cela enrichira le patrimoine modestement, sans prétention, tout en gardant une certaine sobriété.»

«Les universités évoluent, explique quant à lui M. Adamczyk, les nouveaux bâtiments cherchent des expressions qui leur sont propres, dans des distributions spatiales qui ne sont plus classiques. C'est une tendance, dans la mesure où elles recherchent une nouvelle forme d'expression plus en accord avec leur mission, leur nouveau rôle dans la ville».

Collaboratrice du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012