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Mathématiques - Une réussite exemplaire

Isabelle Maltais   26 novembre 2005  Éducation
Le programme d'actuariat du département de mathématiques de l'UQAM serait le troisième plus important au monde en nombre d'étudiants inscrits. Place aux mathématiques.

«Au niveau québécois, et surtout montréalais, notre renommée est bien assise, même si on est le plus jeune programme d'actuariat. Au niveau international, il est évident que c'est l'UQAM qui est plus reconnue, car le bureau de recrutement de l'université en fait beaucoup dans les pays étrangers. Ce qui est intéressant chez nous, au Québec, c'est que c'est l'endroit où on peut étudier en français pour les examens américains. Donc on attire tous les gens venant des pays étrangers francophones», explique Carole Turcotte, directrice des programmes de mathématiques et professeur d'actuariat.

En effet, pour devenir actuaire en Amérique du Nord, il ne suffit pas de faire un baccalauréat dans cette discipline. En fait, on peut ne jamais étudier l'actuariat et exercer tout de même la profession. Il faut pour cela recevoir le titre de «fellow», qui s'obtient après une série de sept examens professionnels, d'une durée de cinq heures et administrés conjointement par deux organismes américains, la Society of Actuaries et la Casualty Actuarial Society.

Résultats

À l'UQAM, l'enseignement est conçu principalement en fonction de la préparation aux examens. Et cela donne des résultats puisque le taux de réussite est supérieur au taux mondial, par ailleurs très bas, de 35 %. «On estime que 100 heures d'études sont nécessaires par heure d'examen», affirme Carole Turcotte.

Mais même sans avoir réussi les examens, le baccalauréat mène vers plusieurs portes de sortie. «Il peut conduire vers une maîtrise en statistiques ou en mathématiques financières. Vers un emploi de planificateur financier, de courtier d'assurances générales. Il peut aussi amener à faire de l'administration de régimes de retraite. C'est une excellente formation et les employeurs sont très intéressés par les étudiants qui le terminent. Plusieurs sont engagés avant même d'avoir fini leurs études», soutient Mme Turcotte.

En plus d'aimer les difficultés, les étudiants en actuariat doivent donc avoir un intérêt soutenu pour les régimes d'assurance et de retraite, puisque les calculs actuariels sont en grande partie destinés à les concevoir et à en établir les coûts. Ils doivent également aimer exercer leur jugement. Car bien que la discipline se base essentiellement sur des calculs sophistiqués, le «fellow» doit utiliser ses connaissances économiques et démographiques pour élaborer des hypothèses, pour anticiper l'avenir. En évaluant quels seront les taux d'intérêt dans

50 ans, par exemple.

Dans ce domaine, le Canada ferait figure de précurseur, avec la Grande-Bretagne. «L'utilisation du jugement pour formuler des hypothèses est une particularité importante du Canada par rapport aux États-Unis. Là-bas, dans plusieurs États, on utilise encore des formules. Ici, nous travaillons avec des normes de pratique, pour s'assurer que notre jugement est correct, pour ne pas qu'il y ait une panoplie trop large de résultats», déclare Carole Turcotte.

Il n'y a pas de maîtrise en actuariat à l'UQAM. Le baccalauréat préparant pour les quatre premiers examens professionnels, on peut ensuite s'inscrire à un programme court de deuxième cycle qui ouvre la voie pour les examens avancés. «Nous avons comme projet de mettre un programme de maîtrise professionnelle sur pied, qui proposerait des cours de droit, d'informatique, de finances, tout en préparant aux derniers examens. Mais nous sommes une toute petite équipe de six professeurs, nous avons déjà beaucoup à faire en gérant la croissance.»

Sans nul doute, le nombre d'étudiants du programme d'actuariat, qui a été créé en septembre 1997, gonfle à vue d'oeil. De 65 étudiants inscrits à l'automne 1998, on en accueillait 291 en 2002, pour un total de 540 trois ans plus tard. Le succès est dû en grande partie au travail de son équipe et à sa connaissance du milieu actuariel: «À six, on totalise près de 100 ans d'expérience actuarielle. Il y a toujours quelqu'un du milieu pour connaître au moins un d'entre nous. Le bouche-à-oreille fait son chemin. C'est une question de reconnaissance, et la plus grande est que les actuaires eux-mêmes envoient leurs enfants étudier chez nous.»

Bien que les étudiants en actuariat en forment la plus grande partie, le département de mathématiques offre également trois autres volets: mathématiques fondamentales, statistiques et didactique des mathématiques. Tout ce beau monde réunit une quarantaine de professeurs et environ 900 étudiants.

On y pratique la recherche activement. En mathématiques fondamentales, on s'intéresse particulièrement à l'étude de la géométrie et de la topologie, qu'on peut qualifier d'études des problèmes dans l'espace. De concert avec le département d'informatique, on a mis sur pied un laboratoire de recherche en combinatoire et en mathématiques informatiques, où on étudie entre autres les problèmes de dénombrement et les structures algébriques. La biostatistique et la statistique génétique sont aussi à l'honneur, ainsi que les statistiques économiques.

La recherche est également très active parmi les didacticiens. Ce département est un des rares au Canada à intégrer la didactique des mathématiques qui, traditionnellement, fait plutôt partie du département d'éducation. «C'est une richesse d'avoir un contact si étroit entre l'éducation et la science. Si on veut des étudiants bien formés, je pense qu'il faut parler avec les gens qui les forment», affirme Robert Bédard, directeur du département.

L'ouverture vers les autres disciplines semble être une caractéristique du département de mathématiques. D'abord parce que ses professeurs donnent des cours dans plusieurs autres départements, à la faculté des sciences même, en gestion ou en sciences humaines. Mais aussi parce qu'à l'intérieur même du département, on ne trouve pas de cloisons étanches entre les quatre disciplines enseignées. «Je crois que cette façon de fonctionner nous apporte beaucoup. Nous avons beaucoup de contacts entre nous. Cela permet plus de dynamisme», soutient Robert Bédard.

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