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Biochimie - Prévenir le cancer

«Les gens sont malades de ce qu'ils ne mangent pas»

Ulysse Bergeron   26 novembre 2005  Éducation
Première cause de mortalité au Québec, le cancer demeure un élément indomptable du secteur de la santé. Chaque année, plus de 37 000 nouveaux cas sont décelés, ce qui équivaut à plus de 100 par jour. Est-ce que la prévention est le meilleur moyen de combattre la maladie? Le titulaire de la Chaire en prévention et traitement du cancer de l'UQAM, Richard Béliveau, répond.

Le plus souvent, les traitements qui combattent le cancer sont extrêmement puissants. Comme l'indique Richard Béliveau: «Lorsqu'une tumeur est rendue au stade clinique, c'est qu'elle a dégénéré génétiquement, qu'elle est résistante et très agressive. Donc, on doit avoir des molécules qui sont aussi très agressives. Il s'agit de l'attaquer de façon draconienne.» La chimiothérapie, la radiothérapie et les chirurgies restent encore les moyens les plus efficaces pour la combattre.

Toutefois, depuis la création de la chaire en prévention et traitement du cancer, il y a plus ou moins un an, des chercheurs s'appliquent à lutter contre le cancer en tentant d'en comprendre les «mécanismes qui sont à l'origine de la maladie» afin d'élaborer des stratégies préventives. Un défi de taille dont la majeure partie des réponses s'articule autour des causes sous-jacentes au développement de la maladie, les deux principales causes du cancer étant le tabagisme et l'alimentation.

Actuellement, on estime à 30 % le nombre de cancers associés à l'alimentation, soit environ deux fois plus que ceux liés à la génétique. Un pourcentage d'autant plus révélateur que ce sont ces derniers qui accaparent la plus grande partie des fonds de recherche.

La prévention doit viser «des changements relatifs à notre mode de vie», admet M. Béliveau. Et pour la cinquantaine de chercheurs de la chaire, elle passe inévitablement par l'alimentation. En ce sens, il n'y a rien de nouveau, avoue le titulaire. Le père même de la médecine, Hippocrate, avançait déjà sagement, cinq siècles avant notre ère: «Que ton aliment soit ton médicament.» Cette fois, la différence réside dans le rapport qu'on entretient désormais avec la nourriture, un rapport qui a totalement changé.

«Dans le contexte actuel — celui d'une épidémie d'obésité —, les principales maladies qui frappent les pays occidentaux sont toutes des maladies associées à l'alimentation.» Richard Béliveau cite à titre d'exemple le diabète, l'hypertension et les maladies cardiovasculaires. Dans ces cas toutefois, note le spécialiste, «les gens sont malades de ce qu'ils mangent» tandis que, dans le cas du cancer, «c'est différent, les gens sont malades de ce qu'ils ne mangent pas». Et ce qu'ils ne mangent pas, ce sont des fruits et des légumes.

«Si on s'appuie sur le Guide alimentaire canadien, on devrait prendre de cinq à 10 portions de fruits et légumes par jour. Ce qui est beaucoup. Mais 60 % des Canadiens ne consomment pas cela. Pour notre part, on croit même qu'il est préférable de s'approcher des 10 portions», indique-t-il.

«Nutrathérapie»

Richard Béliveau a baptisé «nutrathérapie» cette thérapie préventive qui passe par la consommation de fruits et de légumes, mais également par la consommation de divers aliments détenant des propriétés anticancéreuses. Le terme veut évidemment faire écho à celui de chimiothérapie. Mais, contrairement à cette thérapie qui a recours à des molécules synthétiques, la nutrathérapie fait plutôt appel à des molécules naturelles.

À ce sujet, M. Béliveau a d'ailleurs cosigné, avec Denis Gingras, un ouvrage qui s'intitule Les aliments contre le cancer: la prévention et le traitement du cancer par l'alimentation. Les deux auteurs y décrivent l'importance de la bonne alimentation ainsi que les liens de causalité avec la maladie. Ils y présentent également plusieurs aliments qui détiennent des propriétés bénéfiques contre le cancer: ail, bleuet, brocoli, curcuma, chocolat, chou, poivre noir, soja, thé vert.

Le virage que propose Richard Béliveau en est un à 180 degrés. Il affirme: «Nous devons revenir à ce que j'appelle pour ma part les grandes traditions culinaires: la cuisine indienne, chinoise et méditerranéenne, par exemple. Des traditions culinaires où les fruits et les légumes ont leur place.»

Du même coup, il balaie du revers de la main l'industrie de la malbouffe, un fléau qui se trouve à la base même d'un nombre croissant de problèmes de santé. Rappelons qu'un Canadien sur trois devra combattre le cancer, et qu'un sur quatre ne pourra le vaincre.

Richard Béliveau tient à préciser: «Il ne s'agit pas d'une mode, d'une tendance ou d'un régime.» Le biochimiste de formation ne se présente surtout pas comme un Montignac de l'alimentation, mais bien comme un chercheur qui croit qu'il est temps de rétablir de l'ordre dans notre alimentation.

Pour cette raison, la chaire en prévention et traitement du cancer travaille présentement à la mise sur pied d'une cartographie des aliments — un peu comme celle du génome humain — qui établirait les combinaisons possibles d'aliments afin d'optimiser la consommation de certains d'entre eux. L'objectif: établir une approche globale propre à la «nutraprévention», ce qui permettrait aux consommateurs avertis d'avoir accès à un protocole touchant leur alimentation.

Béliveau résume l'ensemble de son approche ainsi: «Bien s'alimenter avec une abondance de fruits et de légumes, c'est en fait se donner une chimiothérapie quotidienne qui vise à empêcher le développement des microtumeurs que nous avons dans nos tissus. Parce qu'en fait, nous sommes tous, en quelque sorte, porteurs d'une tumeur.»

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  • Marcotte Cynthia - Inscrite
    9 novembre 2008 12 h 24
    WOW!
    Ce texte est tout simplement fabuleux!!!
    J'essaie de me renseigner sur ce qu'est le cancer et quels sont les moyens de le prévenir depuis déjà un bon moment et c'est le premier texte que je parviens vraiment à comprendre!
    Vraiment CHAPEAU!
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