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Pauvreté du français des futurs enseignants - L'examen diagnostique est inadéquat

Marie-Andrée Chouinard   22 novembre 2005  Éducation
Les épreuves qui permettent actuellement de juger des compétences des futurs maîtres en français sont inadéquates, et ce, même si elles servent de jalon d'embauche aux commissions scolaires.

Forts de ce constat, les doyens de l'ensemble des facultés d'éducation du Québec ont récemment décidé de tester les aptitudes des étudiants en enseignement à la moitié de leur baccalauréat, faisant de la réussite de l'examen une condition de poursuite des études. Le niveau du test qui sera utilisé à compter de septembre prochain sera toutefois rehaussé.

«Le test actuellement utilisé [le test de français écrit SEL, pour Service d'évaluation linguistique, bâti par la TELUQ] est inadéquat, c'est vrai», a indiqué hier le doyen de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (UdeM), Michel D. Laurier. Une enquête menée récemment sur l'ensemble des épreuves linguistiques utilisées, tant à l'arrivée des futurs maîtres à l'université que lors de leur embauche dans les commissions scolaires, montre que tous les tests sont inadéquats et qu'ils ne sont pas conformes aux compétences attendues en français d'un enseignant.

«Nous sommes en train de jongler avec l'idée de rehausser le niveau du SEL pour ajouter des aptitudes, comme par exemple la détection des erreurs et le fait de justifier ces mêmes erreurs», poursuit M. Laurier, qui réagissait notamment aux données dévoilées hier par Le Journal de Montréal sur les résultats des futurs maîtres aux épreuves de français.

Les données sont désolantes, «mais elles jugent des compétences en français des étudiants à leur entrée dans nos programmes», explique le doyen. À l'UdeM, 77 % des étudiants inscrits à un baccalauréat en enseignement ont échoué au test, dont la note de passage était toutefois fixée à 75 %. «Nous avons volontairement fixé le seuil plus haut parce que nous attendons plus des futurs enseignants en français qu'on attendrait d'un autre», poursuit M. Laurier.

Les résultats des autres établissements voguent entre 40 % — d'échec — et 79 %...

Plus que le bilan des étudiants en français, c'est toutefois la validité des épreuves permettant de tirer ces constats affolants, année après année, qui est à remettre en question. «Le SEL actuel n'est pas suffisant pour certifier la qualité de la langue d'un futur enseignant, c'est évident», répond simplement Pascale Lefrançois, qui dans une autre vie a été championne du monde d'orthographe — à 16 ans, en 1990 — en remportant la Dictée des Amériques, mais qui est maintenant professeure agrégée de didactique du français à l'UdeM.

Elle s'occupe justement des mesures de soutien aux futurs maîtres en français. «La majorité des erreurs des étudiants portent sur des acquis qui auraient dû se faire avant la cinquième secondaire!», explique Mme Lefrançois, qui offre le cours de soutien destiné à tous ceux qui ont échoué à l'examen diagnostique.

Le SEL, utilisé notamment dans l'ensemble des universités du réseau UQ et dans plusieurs commissions scolaires pour l'embauche de leurs nouveaux enseignants, évalue le code linguistique des candidats — orthographe d'usage, orthographe grammaticale, vocabulaire, ponctuation et syntaxe — et exige une rédaction.

«Nous allons nous servir du SEL comme base, mais en rehausser le niveau», explique Marc Turgeon, doyen de la faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM, mais aussi à la tête de l'association regroupant tous ses homologues des autres universités de langue française du Québec. Les universités ont en effet récemment adopté une politique commune afin d'améliorer la qualité du français des futurs maîtres: à compter de l'automne prochain, les étudiants inscrits à un programme de formation en enseignement devront réussir un test — le SEL amélioré, le même pour l'ensemble des institutions — avant leur inscription au troisième stage, pour pouvoir poursuivre leurs études. «À un moment donné, il faut imposer une limite», explique Marc Turgeon. «Si la conséquence est qu'on diplôme 20 % moins de monde, au moins, on pourra juger de la qualité des diplômés.»

Consciente de l'étendue du problème, l'UQAM a récemment décidé de remettre le livre au coeur des apprentissages de ses futurs enseignants. «Ça fait 25 ans qu'on fonctionne avec des photocopies, ce n'est pas sans effet», explique le doyen Turgeon, qui ajoute que les étudiantes, «même si elles ont une envie passionnée d'enseigner à des enfants, sont des Québécoises comme les autres, et lisent peu, très peu».

L'université compte donc ajouter des activités d'enseignement où le livre sera en vedette, «exactement comme elles auront à le faire avec les enfants en classe».






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  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 22 novembre 2005 09h15
    Brillante idée !
    « «... les doyens de l'ensemble des facultés d'éducation du Québec ont récemment décidé de tester les aptitudes des étudiants en enseignement à la moitié de leur baccalauréat, faisant de la réussite de l'examen une condition de poursuite des études. » Quelle brillante idée ! Ainsi, ceux qui échoueront se seront endettés durant deux ans avant de se retrouver au bien-être social ! »

  • Gilles Dussault
    Abonné
    mardi 22 novembre 2005 11h11
    Français des profs
    « Est-il réalistes d'exiger le même niveau de compétence en français de tous les profs de toutes les disciplines. Bientôt ne devra-t-on pas embaucher des profs qui n'ont pas de bac en enseignement pour certaines disciplines?

    Hausser le niveau des tests servira à éliminer plus de canditats sans rien améliorer pour aucun d'entre eux.

    Il faut surement revoir la formation pour en corriger les lacunes mais sans pénaliser les candidats actuels qui eux ne sont pas responsables des erreurs.

    L'Enseignement a grand besoin de gens passionnés dans toutes les disciplines y compris le français; cependant il existe d'autres disciplines qui sucitent aussi de grandes passions et qui jouent un role essentiel en éducation.

    Gilles Dussault
    Chicoutimi »

  • Adrien Bouthillier
    Abonné
    mardi 22 novembre 2005 21h35
    Les insolences d'un cancre
    « Faisant partie de ces analphabètes fonctionnels ayant échoués le test d'entrée en français pour les futurs enseignants (75 % des élèves de l'Université de Montréal) et qu'en plus je serais peut-être mis à la porte de mon programme si je coule pour la deuxième fois le cours de mise à niveau qui suis l'échec du test d'entrée (remarquez, j'ai eu l'année dernière la moyenne de mon groupe pour ce cours de mise à niveau : E), je tiens à féliciter la bravoure des décideurs de nos prestigieuses universités. En effet, j'apprécie grandement que mon université élimine les paresseux de ma sorte échouant en français à la place de leur donner une formation adéquate en la matière.

    Voilà la solution pour un système scolaire québécois gagnant : jeter dehors tous ses misérables élèves en difficulté, car ce sont tous des paresseux irrécupérables. Ainsi, je propose que cette mesure s'applique à l'ensemble de notre système scolaire : à partir de la première année du primaire, les élèves échouant une matière deux années de suite devront arrêter pour toujours leurs études : l'école n'est pas pour les ratés, point final. Comme le dit si bien monsieur Marc Turgeon, honorable doyen de la faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM : « À un moment donné, il faut imposer une limite ». Évidemment, cette mesure devra aussi s'appliquer aux éminents hauts fonctionnaires dictant la formation de la relève des enseignants québécois.

    Suis-je pour le nivellement vers le bas? Pas du tout, mais je crois en l'éducation, et c'est d'ailleurs pourquoi je veux devenir professeur. Le français n'est pas une langue facile à maîtriser, alors pourquoi ne pas voir le problème de face et donner la chance aux étudiants qui veulent travailler au primaire et au secondaire une réelle possibilité de perfectionnement? Croyez-vous vraiment que la majorité des étudiants en éducation sont irrécupérables, de parfaits imbéciles, inaptes à l'enseignement, et ce à cause de difficultés persistantes après de très mauvais cours de mise niveau? Pour certains, en éliminer 20% (je peux vous dire que ce serait un pourcentage conservateur pour l'Université de Montréal) est une solution tellement plus facile que la mise en place d'outils pédagogiques efficaces.

    Adrien Bouthillier, étudiant de deuxième année en Adaptation Scolaire à l'Université de Montréal »

  • Hélène Boily
    Inscrite
    mercredi 23 novembre 2005 18h26
    Français des diplômés universitaires
    « Cela veut dire que tout étudiant universitaire, à l'exception de ceux voués à l'enseignement du français, pourra empocher un baccalauréat tout en écrivant au son...?

    Avec une telle mentalité, comment s'étonner que des écoliers de sixième ne voient que perte de temps et sudation inutile dans l'étude de la grammaire? »

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