Les sans-papiers de l'éducation méritent d'enseigner
La pénurie de professeurs au secondaire, dont on parlait hier dans les médias, est une excellente nouvelle, selon certains observateurs du milieu de l'éducation. Le nombre d'enseignants sans permis aurait en effet augmenté de 523 % dans les écoles du Québec depuis quatre ans, soulignait La Presse hier.
Alors que d'autres réclament l'expulsion de tous les sans-permis, le philosophe Jacques Dufresne, directeur de la revue L'Agora, croit que ce pourrait être l'occasion de réparer une «erreur historique» en permettant aux détenteurs de baccalauréat, de maîtrise ou de doctorat de pouvoir enfin enseigner au secondaire. «Car sachez qu'au Québec Einstein n'aurait pas le droit d'enseigner la physique dans nos écoles.»
M. Dufresne caricature pour mieux dénoncer un fait peu connu: depuis la réforme effectuée par le ministre de l'Éducation Jacques Chagnon —ministre de janvier à septembre 1994 —, toute personne souhaitant enseigner au niveau secondaire, qu'il détienne ou non un baccalauréat, une maîtrise ou un doctorat, doit impérativement effectuer «un baccalauréat de pédagogie de quatre ans». Dans le dernier numéro de L'Agora, M. Dufresne, écrit qu'à l'époque pour la première fois de son histoire, le Québec avait enfin un grand nombre de détenteurs de maîtrises et de doctorats. Or, «plusieurs s'étaient engagés dans de telles études avec l'espoir d'obtenir un emploi dans l'enseignement. En dépit des efforts que nous avions faits pour l'améliorer, notre secondaire public n'était encore qu'un primaire prolongé. L'occasion d'en relever le niveau s'offrait enfin. Et voilà qu'au lieu de récolter le fruit de nos efforts, nous improvisions de nouvelles normes qui brisaient le plan de toute une génération de diplômés.»
Selon le sociologue de l'université Laval Gilles Gagné, le Québec est le seul pays où les diplômes supérieurs disciplinaires sont pratiquement exclus de l'enseignement secondaire. «Or on pourrait être dans la situation de la France quand ils avaient Jean-Paul Sartre comme professeur de philosophie en 3e secondaire!», note M. Gagné.
Concernant les pénuries, il soutient que dans Main basse sur l'éducation, (Montréal, Éditions Nota Bene) livre collectif qu'il a dirigé en 1999, elles avaient été prédites. Il est donc temps selon lui de demander un amendement à la loi. Afin d'en arriver à un compromis: on pourrait laisser les détenteurs de maîtrise et de doctorat enseigner au secondaire, moyennant peut-être «quelque initiation à la psychologie et un stage». Un an au maximum. «Si vous avez une maîtrise en histoire, c'est déjà beaucoup vous demander que de faire un an dans une école de formation à coller des lettres au pochoir pour apprendre la décoration d'une classe», raille-t-il.
La critique de la loi Chagnon provient aussi de personnes qui travaillent dans le milieu. Le professeur des sciences de l'éducation de l'UQAM Normand Baillargeon rappelait hier qu'il était chroniqueur au Devoir il y a dix ans et qu'il s'était opposé ouvertement à la réforme de la formation des maîtres au secondaire qui se mettait en place à l'époque. «L'enseignement demande selon moi une forte connaissance de la discipline qu'on enseigne; une vaste culture générale; une vaste culture de l'éducation», sans compter bien sûr des notions de pédagogie. Comme Gilles Gagné, M. Baillargeon (qui lui aussi revendique la blague sur Einstein!) se dit convaincu que le fort taux de décrochage actuel chez les profs («presque aussi élevé que chez les élèves de 5e secondaire», note Gilles Gagné!) «n'est pas étranger à tout cela». Il trouve paradoxal qu'aujourd'hui qu'il y a pénurie on songe à ouvrir des programmes accélérés pour former notamment des scientifiques à l'enseignement. «Bref, à revenir en gros où l'on était il y a dix ans!»
Mais selon Pauline Marois, candidate à la direction du Parti québécois et ancienne ministre de l'Éducation, la réforme de la formation des maîtres était une bonne chose, puisque «Einstein peut être un homme remarquable, un chercheur exceptionnel, mais peut très bien n'avoir aucune capacité de transmettre l'information et les connaissances».
Alors que d'autres réclament l'expulsion de tous les sans-permis, le philosophe Jacques Dufresne, directeur de la revue L'Agora, croit que ce pourrait être l'occasion de réparer une «erreur historique» en permettant aux détenteurs de baccalauréat, de maîtrise ou de doctorat de pouvoir enfin enseigner au secondaire. «Car sachez qu'au Québec Einstein n'aurait pas le droit d'enseigner la physique dans nos écoles.»
M. Dufresne caricature pour mieux dénoncer un fait peu connu: depuis la réforme effectuée par le ministre de l'Éducation Jacques Chagnon —ministre de janvier à septembre 1994 —, toute personne souhaitant enseigner au niveau secondaire, qu'il détienne ou non un baccalauréat, une maîtrise ou un doctorat, doit impérativement effectuer «un baccalauréat de pédagogie de quatre ans». Dans le dernier numéro de L'Agora, M. Dufresne, écrit qu'à l'époque pour la première fois de son histoire, le Québec avait enfin un grand nombre de détenteurs de maîtrises et de doctorats. Or, «plusieurs s'étaient engagés dans de telles études avec l'espoir d'obtenir un emploi dans l'enseignement. En dépit des efforts que nous avions faits pour l'améliorer, notre secondaire public n'était encore qu'un primaire prolongé. L'occasion d'en relever le niveau s'offrait enfin. Et voilà qu'au lieu de récolter le fruit de nos efforts, nous improvisions de nouvelles normes qui brisaient le plan de toute une génération de diplômés.»
Selon le sociologue de l'université Laval Gilles Gagné, le Québec est le seul pays où les diplômes supérieurs disciplinaires sont pratiquement exclus de l'enseignement secondaire. «Or on pourrait être dans la situation de la France quand ils avaient Jean-Paul Sartre comme professeur de philosophie en 3e secondaire!», note M. Gagné.
Concernant les pénuries, il soutient que dans Main basse sur l'éducation, (Montréal, Éditions Nota Bene) livre collectif qu'il a dirigé en 1999, elles avaient été prédites. Il est donc temps selon lui de demander un amendement à la loi. Afin d'en arriver à un compromis: on pourrait laisser les détenteurs de maîtrise et de doctorat enseigner au secondaire, moyennant peut-être «quelque initiation à la psychologie et un stage». Un an au maximum. «Si vous avez une maîtrise en histoire, c'est déjà beaucoup vous demander que de faire un an dans une école de formation à coller des lettres au pochoir pour apprendre la décoration d'une classe», raille-t-il.
La critique de la loi Chagnon provient aussi de personnes qui travaillent dans le milieu. Le professeur des sciences de l'éducation de l'UQAM Normand Baillargeon rappelait hier qu'il était chroniqueur au Devoir il y a dix ans et qu'il s'était opposé ouvertement à la réforme de la formation des maîtres au secondaire qui se mettait en place à l'époque. «L'enseignement demande selon moi une forte connaissance de la discipline qu'on enseigne; une vaste culture générale; une vaste culture de l'éducation», sans compter bien sûr des notions de pédagogie. Comme Gilles Gagné, M. Baillargeon (qui lui aussi revendique la blague sur Einstein!) se dit convaincu que le fort taux de décrochage actuel chez les profs («presque aussi élevé que chez les élèves de 5e secondaire», note Gilles Gagné!) «n'est pas étranger à tout cela». Il trouve paradoxal qu'aujourd'hui qu'il y a pénurie on songe à ouvrir des programmes accélérés pour former notamment des scientifiques à l'enseignement. «Bref, à revenir en gros où l'on était il y a dix ans!»
Mais selon Pauline Marois, candidate à la direction du Parti québécois et ancienne ministre de l'Éducation, la réforme de la formation des maîtres était une bonne chose, puisque «Einstein peut être un homme remarquable, un chercheur exceptionnel, mais peut très bien n'avoir aucune capacité de transmettre l'information et les connaissances».
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