Éducation - L'autre savoir
On se souvient de Claude Ryan. Pour qui travaille au Devoir, cela est facile: n'en fut-il point pendant longtemps le directeur, jusqu'au moment où il fut tenté par l'aventure politique? Après son passage à la direction du Parti libéral du Québec, d'autres se souviendront de lui en tant que ministre de l'Éducation. Et là, un fait cependant moins connu est qu'il manifesta une volonté de créer des écoles «pratiques», qui prépareraient les étudiants directement pour le marché du travail. Sans lui, il est à se demander si une école telle que celle des métiers de l'automobile aurait pu voir le jour, comme cela fut aussi le cas pour les écoles techniques à Saint-Jean et dans d'autres villes du Québec.
Là où son action fut cependant marquante, c'est dans le dossier de l'École de technologie supérieure. L'institution, en 1985, comptait déjà dix années d'existence, mais elle était devant un mur. Comme le rappelle Pierre Lucier, de la Chaire Fernand-Dumont de l'INRS, aussi ancien recteur de l'UQ et ex-sous-ministre de l'Éducation, «en 1978, l'Ordre des ingénieurs du Québec refusa de reconnaître la première génération de diplômés de l'ETS. Après plusieurs discussions, l'OIQ proposa de créer une seconde catégorie d'ingénieurs. Mais les étudiants de l'ETS craignaient d'être considérés comme des ingénieurs de deuxième ordre. C'est d'ailleurs à cette époque qu'ils formèrent leur association. Ils ont été très actifs et intelligents, sur le plan politique entre autres. Ils intervenaient au bon endroit au bon moment.» Mais une telle initiative se butait à un refus du milieu, qui voyait les futurs ingénieurs nécessairement sortir du moule de Polytechnique ou d'une institution comme McGill.
Ryan allait trouver une solution pour régler l'impasse et permettre à ces étudiants, directement issus du réseau collégial avec un diplôme technique en poche, de trouver une véritable reconnaissance professionnelle.
Pour l'industrie
L'École de technologie supérieure n'est pas une école comme les autres: c'est un établissement universitaire rattaché au réseau de l'Université du Québec, mais dont le mandat est aussi d'être au service de l'industrie. Comme l'indique Gilles Rousseau, le directeur des relations avec l'industrie de l'institution, «la différence entre nous et l'École polytechnique, en quelque sorte, c'est que, si vous décidez de concevoir un bâtiment, un polytechnicien sera probablement plus approprié; mais pour le réaliser, un ingénieur de l'ETS risque de l'être davantage.»
Il faut donc connaître le mandat de cette école pour comprendre son fonctionnement, et ses visées. Ici, le futur ingénieur — la future ingénieure aussi d'ailleurs (10 % des inscrits sont ici de sexe féminin, et majoritairement orientées vers le secteur de la construction!) — va recevoir une formation pratique forte: le stage en entreprise y est obligatoire et il sera une composante des trois années d'études qui mènent à l'obtention du baccalauréat, comptant ainsi pour un tiers de l'enseignement reçu. Une telle attitude entraîne des liens très étroits avec le milieu industriel: une PME pourra ainsi avoir à sa disposition des laboratoires de recherche et travailler conjointement avec professeurs et étudiants pour élaborer une solution pratique qui corresponde aux besoins de l'entreprise.
Avec des résultats
Et qui douterait d'une telle formule serait toutefois contredit par l'ampleur prise en 30 ans par l'ETS. D'abord par la taille même de l'institution: elle qui ouvrit dans l'ancien édifice de La Patrie, sur la rue Sainte-Catherine, occupera bientôt entièrement le quadrilatère à l'angle sud-ouest de Notre-Dame et Peel. Quant au nombre d'étudiants, la première centaine a grandi de façon exponentielle: c'est le chiffre de 3800 qu'il faut retenir pour faire la somme du nombre d'étudiants «équivalents temps plein», ce barème qui définit la fréquentation réelle d'une école.
Et son rayonnement est réel: c'est donc par milliers que se comptent les entreprises avec qui elle entretient, ou a entretenu, des liens. En fait, chaque année, elles sont 900 à recevoir en stage ses étudiants, à qui elles accordent salaire, leur garantissant ainsi un «revenu» annuel moyen de 11 000 $!
Résultat, l'ETS est devenue à l'échelle internationale une école dont on étudie la formule et le fonctionnement. Après des débuts difficiles, cette ETS prouve donc, par la pratique, que sa formule était valable. Comme quoi qui fut directeur du Devoir a le sens des missions qu'on lui confie...
Là où son action fut cependant marquante, c'est dans le dossier de l'École de technologie supérieure. L'institution, en 1985, comptait déjà dix années d'existence, mais elle était devant un mur. Comme le rappelle Pierre Lucier, de la Chaire Fernand-Dumont de l'INRS, aussi ancien recteur de l'UQ et ex-sous-ministre de l'Éducation, «en 1978, l'Ordre des ingénieurs du Québec refusa de reconnaître la première génération de diplômés de l'ETS. Après plusieurs discussions, l'OIQ proposa de créer une seconde catégorie d'ingénieurs. Mais les étudiants de l'ETS craignaient d'être considérés comme des ingénieurs de deuxième ordre. C'est d'ailleurs à cette époque qu'ils formèrent leur association. Ils ont été très actifs et intelligents, sur le plan politique entre autres. Ils intervenaient au bon endroit au bon moment.» Mais une telle initiative se butait à un refus du milieu, qui voyait les futurs ingénieurs nécessairement sortir du moule de Polytechnique ou d'une institution comme McGill.
Ryan allait trouver une solution pour régler l'impasse et permettre à ces étudiants, directement issus du réseau collégial avec un diplôme technique en poche, de trouver une véritable reconnaissance professionnelle.
Pour l'industrie
L'École de technologie supérieure n'est pas une école comme les autres: c'est un établissement universitaire rattaché au réseau de l'Université du Québec, mais dont le mandat est aussi d'être au service de l'industrie. Comme l'indique Gilles Rousseau, le directeur des relations avec l'industrie de l'institution, «la différence entre nous et l'École polytechnique, en quelque sorte, c'est que, si vous décidez de concevoir un bâtiment, un polytechnicien sera probablement plus approprié; mais pour le réaliser, un ingénieur de l'ETS risque de l'être davantage.»
Il faut donc connaître le mandat de cette école pour comprendre son fonctionnement, et ses visées. Ici, le futur ingénieur — la future ingénieure aussi d'ailleurs (10 % des inscrits sont ici de sexe féminin, et majoritairement orientées vers le secteur de la construction!) — va recevoir une formation pratique forte: le stage en entreprise y est obligatoire et il sera une composante des trois années d'études qui mènent à l'obtention du baccalauréat, comptant ainsi pour un tiers de l'enseignement reçu. Une telle attitude entraîne des liens très étroits avec le milieu industriel: une PME pourra ainsi avoir à sa disposition des laboratoires de recherche et travailler conjointement avec professeurs et étudiants pour élaborer une solution pratique qui corresponde aux besoins de l'entreprise.
Avec des résultats
Et qui douterait d'une telle formule serait toutefois contredit par l'ampleur prise en 30 ans par l'ETS. D'abord par la taille même de l'institution: elle qui ouvrit dans l'ancien édifice de La Patrie, sur la rue Sainte-Catherine, occupera bientôt entièrement le quadrilatère à l'angle sud-ouest de Notre-Dame et Peel. Quant au nombre d'étudiants, la première centaine a grandi de façon exponentielle: c'est le chiffre de 3800 qu'il faut retenir pour faire la somme du nombre d'étudiants «équivalents temps plein», ce barème qui définit la fréquentation réelle d'une école.
Et son rayonnement est réel: c'est donc par milliers que se comptent les entreprises avec qui elle entretient, ou a entretenu, des liens. En fait, chaque année, elles sont 900 à recevoir en stage ses étudiants, à qui elles accordent salaire, leur garantissant ainsi un «revenu» annuel moyen de 11 000 $!
Résultat, l'ETS est devenue à l'échelle internationale une école dont on étudie la formule et le fonctionnement. Après des débuts difficiles, cette ETS prouve donc, par la pratique, que sa formule était valable. Comme quoi qui fut directeur du Devoir a le sens des missions qu'on lui confie...
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

