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Réforme de l'enseignement au secondaire - Les enseignants préparent la résistance

Clairandrée Cauchy   10 mai 2005  Éducation
La réforme de l’enseignement au secondaire doit être mise en oeuvre en septembre prochain mais les enseignants entendent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour l’arrêter.
Photo : Agence Reuters
La réforme de l’enseignement au secondaire doit être mise en oeuvre en septembre prochain mais les enseignants entendent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour l’arrêter.
Les syndicats du milieu de l'enseignement se prononceront vendredi sur un «plan de résistance» à la réforme de l'éducation pour forcer le report de l'implantation des nouveaux programmes au secondaire et pour exiger des correctifs à ceux déjà en vigueur au primaire.

Dans un document dont Le Devoir a obtenu copie, qui faisait l'objet jusqu'à hier d'une consultation auprès des membres de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), on propose notamment de ne pas procéder à l'évaluation des compétences transversales au primaire. Il est également question de boycotter, en tout ou en partie, les activités de formation sur la réforme, qui gagnera en septembre prochain la première année du secondaire.

Le «plan de résistance» suggère aussi que les enseignants du secondaire se limitent à dispenser les contenus propres à leur discipline, «ce qui exclut notamment l'application des domaines généraux de formation et des compétences transversales, ainsi que leur évaluation».

C'est en fin de semaine que les membres de la FSE-CSQ, qui seront réunis en conseil fédéral, se prononceront sur la mise en oeuvre de ce plan pour barrer la route à la réforme, qui pourrait prendre des allures de boycottage, sans toutefois en porter le nom.

«C'est vrai que c'est assez sérieux comme plan de résistance. Maintenant, on va prendre le temps de mesurer si les gens ont adhéré à ce plan-là, jusqu'où cela va dans les modalités et de faire les évaluations sur les réponses qu'on aura du ministère de l'Éducation», explique la présidente de la FSE, Johanne Fortier.

La FSE avait donné au ministre de l'Éducation jusqu'au premier mai pour qu'il reporte d'un an l'implantation de la réforme au secondaire. L'ultimatum syndical exigeait aussi, entre autres, la création d'un comité pour revoir la politique d'évaluation. Les syndicats en ont principalement contre le non-redoublement au primaire, la disparition des classes de cheminement particulier au secondaire et l'évaluation des compétences transversales. Hier, les pourparlers se poursuivaient toujours entre le syndicat et le ministère, qui a cependant fait savoir qu'il n'avait pas l'intention de surseoir à l'entrée en vigueur de la réforme au secondaire.

Sept syndicats membres de la FSE, représentant 20 000 enseignants des commissions scolaires de Montréal et de l'ouest du Québec, n'ont cependant pas attendu leur fédération pour passer à l'action. Ils ont annoncé hier une campagne de sensibilisation auprès des parents, les invitant à signer une pétition intitulée «Stoppons la réforme» qui exige le report de son implantation au secondaire et des correctifs au primaire.

«La prémisse de base de la réforme est fausse. Après l'avoir expérimentée au primaire, on peut constater que c'est un échec. Les enfants ont besoin de plus d'encadrement, ils ont besoin d'être dirigés», fait valoir Yves Parenteau de l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal. Les sept syndicats croient que la réforme dévalorise l'importance des connaissances au profit du savoir-faire, s'engageant ainsi dans une «approche utilitariste» de l'éducation.

Peu d'écho

L'initiative des sept syndicats auprès des parents ne trouvera pas beaucoup d'écho du côté de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), où la présidente rappelle une décision unanime prise par ses membres, il y a quelques semaines, de recommander au ministre d'aller de l'avant dès septembre avec les nouveaux programmes.

«Je ne pense pas qu'on va changer notre fusil d'épaule là-dessus à la demande des syndicats, qui ont eu assez de temps pour se préparer», observe la présidente de la FCPQ, Diane Miron, qui ne peut s'empêcher de faire un lien entre l'opposition à la réforme et le contexte chaud de la négociation des conventions collectives.

L'attaché de presse du ministre de l'Éducation Jean-Marc Fournier, fait lui aussi ce parallèle, en rappelant que les syndicats avaient demandé le report de l'implantation de la réforme au primaire, au moment des dernières négociations dans le secteur public, il y a de cela cinq ans. «Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas y tendre l'oreille», nuance-t-il cependant, soulignant que le ministre est ouvert à des «accommodements» pour que la réforme puisse suivre son cours.

«Ils se trompent royalement!», réplique Johanne Fortier de la FSE, soulignant que si l'enjeu de la réforme refait surface en pleine période de négociation, c'est que le ministère a «traîné les pieds». «Voilà un an, on a dit au ministère de prendre très au sérieux le cri du coeur que nous lui adressions sur la mise en application de la réforme au primaire, qu'il y avait des lacunes importantes, qu'on n'était pas capables de bâtir sur le primaire. Cela n'a pas été entendu», déclare Mme Fortier.

Négociations

Le prochain conseil fédéral de la FSE sera aussi très actif sur le front des négociations, alors que les délégués se prononceront sur la deuxième phase des moyens de pression. Il discuteront entre autres de la pertinence de voter de nouveaux mandats de grève d'ici à la fin de l'année scolaire et du plan de match pour l'automne, s'ils doivent se rendre jusque-là.

Johanne Fortier est cependant assez optimiste sur la possibilité qu'un règlement survienne avant l'été: «Une autre rencontre au niveau politique est prévue cette semaine. C'est un signal important lorsqu'on discute à un autre forum que la table habituelle.»






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