Hé, les jeunes! Vous avez gagné!
18 avril 2005
Éducation
Que se passe-t-il donc? Le formidable et exemplaire mouvement de grève étudiante qui a mobilisé le Québec entier depuis les premières lueurs du printemps, sous le signe du légendaire carré rouge, est en train de s'éteindre dans la rancoeur et la morosité.
Réveillez-vous, les jeunes! Vous avez gagné!
Quand allez-vous célébrer votre incontestable victoire?
Vous avez forcé un gouvernement à admettre encore une erreur grossière, une injustice flagrante, pourtant ignorée jusque-là par la majorité de vos concitoyens.
Vous l'avez fait reculer.
Vous avez obtenu le réinvestissement, sous forme de bourses, de près d'un demi-milliard de dollars sur cinq ans, littéralement volés aux plus démunis d'entre vous.
Mais, surtout, vous avez vaincu l'indifférence.
Celle, d'abord, de vos collègues étudiants qui, par milliers, ont admis avoir appuyé un mouvement contestataire et avoir manifesté dans les rues pour la première fois de leur vie. Y compris les futurs chefs d'entreprise, les futurs comptables, les futurs médecins, les futurs ingénieurs.
Pour une fois, ce n'était ni une guerre lointaine orchestrée par un président américain, ni le concept fourre-tout de mondialisation qui mobilisait des jeunes. C'était un enjeu proche, une question familière, une décision prise par notre gouvernement et qui allait toucher concrètement des amis, des parents, des collègues.
Mais aussi l'indifférence de l'ensemble de la population. Vous avez obligé chaque Québécois, chaque soir, en regardant le téléjournal, à se poser pendant au moins quelques minutes, des questions sérieuses sur l'avenir de sa société: à qui et à quoi sert l'éducation? Qu'est-ce que la justice? Pourquoi payons-nous des impôts? Qu'est-ce que la démocratie?
Pour avoir ainsi contribué à l'éducation civique de vos concitoyens, je vous remercie.
J'aimerais maintenant que vous mesuriez l'importance de votre contribution et que vous retourniez une dernière fois dans la rue ou que vous trouviez une autre manière de dire que vous êtes fiers de ce que vous avez fait.
Peut-être maintenant faudrait-il porter un carré vert, signalant votre désir d'avancer, pour remplacer le rouge qui intimait au gouvernement l'ordre d'arrêter ses bêtises.
***
L'appel s'adresse bien entendu en particulier aux leaders étudiants qui ont la responsabilité d'organiser la célébration et de faire partager la fierté de la victoire.
Des journalistes ont mis en lumière vos talents d'organisateurs. Comment se fait-il que vous ayez oublié de prévoir une sortie à la hauteur des résultats obtenus? Avez-vous en réserve un plan pour faire prendre conscience aux 200 000 jeunes qui ont risqué leur session qu'ils ne l'ont pas fait pour rien? Comment allez-vous faire pour que ceux qui reprendront des cours jusqu'en juin, ne regrettent pas d'avoir sacrifié ainsi une partie de leurs vacances ou de leurs revenus d'été?
Vous n'avez pas le droit de laisser s'étioler dans la déception le mouvement que vous avez dirigé.
La division entre les fédérations n'est pas un drame en soi. Chacune peut défendre des revendications différentes. Mais les dirigeants de la CASSEE jouent le jeu de leurs adversaires en pratiquant la dénonciation de leurs alliés.
Les accusations de traîtrise à l'endroit de la FEUQ et de la FECQ sont injustes. Au lieu de mobiliser les jeunes, ceux-ci nourrissent le cynisme. Ils donnent l'impression que la grève fut inutile et qu'il n'y a de juste combat que le combat sans merci.
Certes, la bataille n'est pas terminée. Bien sûr, l'idée du dégel des droits de scolarité a refait surface. Vous avez raison de réclamer un débat plus profond sur le financement des études post-secondaires dans une société du savoir. Je reconnais aussi que le vaste mouvement associé au carré rouge charriait avec lui une protestation plus large à l'endroit des politiques du gouvernement.
Mais le mouvement n'aurait jamais eu l'ampleur qu'il a connu si les étudiants, et tous ceux qui les ont appuyés, n'avaient pu trouver une revendication simple et consensuelle, celle de rétablir les 103 millions perdus. Tous les grévistes ne réclament pas la gratuité scolaire au niveau universitaire.
L'entente n'est pas parfaite, il faut le dire et l'expliquer. Chacun doit comprendre que le produit de l'entente ne règle pas les problèmes de financement des études post-secondaires ni ne met fin au débat sur l'aide financière aux études. Ces conclusions indiquent que la réflexion et l'action doivent se poursuivre.
Mais qui, sauf les irréductibles, voudra de nouveau suivre les leaders étudiants si ceux-ci sont incapables d'admettre et de faire partager le sentiment que l'action de ce printemps a servi à quelque chose? À quoi bon se mobiliser l'automne prochain si c'est pour finir encore dans l'amertume?
Avant de demander plus, il faut prendre la mesure du chemin parcouru. Il faut d'abord reconnaître sa capacité à changer les choses pour se motiver à en changer d'autres.
Ce printemps, le mouvement étudiant a renversé la vapeur. Ce fut un véritable tour de force, une victoire immense sur l'indifférence, l'incrédulité, le cynisme, l'injustice et les préjugés. C'est déjà majeur. N'allez pas gaspiller cette formidable énergie. Ne nous décevez pas.
michel.venne@inm.qc.ca
Réveillez-vous, les jeunes! Vous avez gagné!
Quand allez-vous célébrer votre incontestable victoire?
Vous avez forcé un gouvernement à admettre encore une erreur grossière, une injustice flagrante, pourtant ignorée jusque-là par la majorité de vos concitoyens.
Vous l'avez fait reculer.
Vous avez obtenu le réinvestissement, sous forme de bourses, de près d'un demi-milliard de dollars sur cinq ans, littéralement volés aux plus démunis d'entre vous.
Mais, surtout, vous avez vaincu l'indifférence.
Celle, d'abord, de vos collègues étudiants qui, par milliers, ont admis avoir appuyé un mouvement contestataire et avoir manifesté dans les rues pour la première fois de leur vie. Y compris les futurs chefs d'entreprise, les futurs comptables, les futurs médecins, les futurs ingénieurs.
Pour une fois, ce n'était ni une guerre lointaine orchestrée par un président américain, ni le concept fourre-tout de mondialisation qui mobilisait des jeunes. C'était un enjeu proche, une question familière, une décision prise par notre gouvernement et qui allait toucher concrètement des amis, des parents, des collègues.
Mais aussi l'indifférence de l'ensemble de la population. Vous avez obligé chaque Québécois, chaque soir, en regardant le téléjournal, à se poser pendant au moins quelques minutes, des questions sérieuses sur l'avenir de sa société: à qui et à quoi sert l'éducation? Qu'est-ce que la justice? Pourquoi payons-nous des impôts? Qu'est-ce que la démocratie?
Pour avoir ainsi contribué à l'éducation civique de vos concitoyens, je vous remercie.
J'aimerais maintenant que vous mesuriez l'importance de votre contribution et que vous retourniez une dernière fois dans la rue ou que vous trouviez une autre manière de dire que vous êtes fiers de ce que vous avez fait.
Peut-être maintenant faudrait-il porter un carré vert, signalant votre désir d'avancer, pour remplacer le rouge qui intimait au gouvernement l'ordre d'arrêter ses bêtises.
***
L'appel s'adresse bien entendu en particulier aux leaders étudiants qui ont la responsabilité d'organiser la célébration et de faire partager la fierté de la victoire.
Des journalistes ont mis en lumière vos talents d'organisateurs. Comment se fait-il que vous ayez oublié de prévoir une sortie à la hauteur des résultats obtenus? Avez-vous en réserve un plan pour faire prendre conscience aux 200 000 jeunes qui ont risqué leur session qu'ils ne l'ont pas fait pour rien? Comment allez-vous faire pour que ceux qui reprendront des cours jusqu'en juin, ne regrettent pas d'avoir sacrifié ainsi une partie de leurs vacances ou de leurs revenus d'été?
Vous n'avez pas le droit de laisser s'étioler dans la déception le mouvement que vous avez dirigé.
La division entre les fédérations n'est pas un drame en soi. Chacune peut défendre des revendications différentes. Mais les dirigeants de la CASSEE jouent le jeu de leurs adversaires en pratiquant la dénonciation de leurs alliés.
Les accusations de traîtrise à l'endroit de la FEUQ et de la FECQ sont injustes. Au lieu de mobiliser les jeunes, ceux-ci nourrissent le cynisme. Ils donnent l'impression que la grève fut inutile et qu'il n'y a de juste combat que le combat sans merci.
Certes, la bataille n'est pas terminée. Bien sûr, l'idée du dégel des droits de scolarité a refait surface. Vous avez raison de réclamer un débat plus profond sur le financement des études post-secondaires dans une société du savoir. Je reconnais aussi que le vaste mouvement associé au carré rouge charriait avec lui une protestation plus large à l'endroit des politiques du gouvernement.
Mais le mouvement n'aurait jamais eu l'ampleur qu'il a connu si les étudiants, et tous ceux qui les ont appuyés, n'avaient pu trouver une revendication simple et consensuelle, celle de rétablir les 103 millions perdus. Tous les grévistes ne réclament pas la gratuité scolaire au niveau universitaire.
L'entente n'est pas parfaite, il faut le dire et l'expliquer. Chacun doit comprendre que le produit de l'entente ne règle pas les problèmes de financement des études post-secondaires ni ne met fin au débat sur l'aide financière aux études. Ces conclusions indiquent que la réflexion et l'action doivent se poursuivre.
Mais qui, sauf les irréductibles, voudra de nouveau suivre les leaders étudiants si ceux-ci sont incapables d'admettre et de faire partager le sentiment que l'action de ce printemps a servi à quelque chose? À quoi bon se mobiliser l'automne prochain si c'est pour finir encore dans l'amertume?
Avant de demander plus, il faut prendre la mesure du chemin parcouru. Il faut d'abord reconnaître sa capacité à changer les choses pour se motiver à en changer d'autres.
Ce printemps, le mouvement étudiant a renversé la vapeur. Ce fut un véritable tour de force, une victoire immense sur l'indifférence, l'incrédulité, le cynisme, l'injustice et les préjugés. C'est déjà majeur. N'allez pas gaspiller cette formidable énergie. Ne nous décevez pas.
michel.venne@inm.qc.ca
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