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Les professeurs rejoignent les étudiants dans la rue

Quelque 135 000 professionnels de l'enseignement ont confié un mandat de grève à leur syndicat

Parallèlement à celle des étudiants, la grogne des professionnels de l'éducation envers le gouvernement gagne en ampleur elle aussi. Hier, alors que 5000 enseignants de cégep débrayaient devant une vingtaine d'établissements collégiaux de la province, d'autres mandats de grève limitée étaient adoptés par les 87 500 employés de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) et de l'Association provinciale des enseignants du Québec (APEQ).

On dénombre donc maintenant plus de 135 000 professionnels de l'enseignement (dont 110 000 affiliés à la Centrale des syndicats du Québec, CSQ) dotés d'un mandat de grève, généralement d'une durée de deux jours et valide jusqu'à la mi-mai.

C'est dans une proportion de 70 % que les membres de la FSE et de l'APEQ (qui a rejoint le «cartel» de négociation de la CSQ pour la cause) ont approuvé au cours des dernières semaines la tenue de journées de grève légales pour protester contre la lenteur des négociations devant renouveler les conventions collectives de ces employés, sans contrat de travail depuis juin 2003.

Pour la FSE, l'exercice de ce mandat se fera en deux étapes. D'abord, plusieurs journées de grève régionale auront lieu en avril. Ensuite, le 6 mai, tous seront réunis lors d'une journée dite de «débrayage national» devant l'Assemblée nationale. Pour leur part, les membres de l'APEQ tiendront leurs journées de grève le 19 avril et le 6 mai.

À la CSQ, on mentionne qu'une réunion spéciale aura lieu cette semaine pour évaluer la possibilité que tous les syndicats actuellement dotés de mandats de débrayage lancent une action concertée. Le mouvement de mécontentement touche maintenant l'ensemble des fédérations d'enseignants ou de professionnels affiliées à la CSQ, notamment la Fédération des professionnels de l'éducation du Québec (FPPE, 5500 membres), la Fédération nationale des enseignants (FNEE, 23 500 membres) et la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS, 20 000 membres).

La présidente de la FSE (80 000 membres), Johanne Fortier, a dénoncé hier le fait que «les travaux à la table de négociation n'avancent guère». «Malheureusement, ce gouvernement ne parle que le langage de la grève et des moyens de pression lourds», a-t-elle indiqué. La fédération demande notamment une amélioration des services offerts aux élèves en difficulté, de même qu'une diminution du nombre d'élèves par groupe.

Dans la rue

Hier matin, environ 5000 enseignants de cégep membres de la Fédération autonome du collégial (FAC) et de la Fédération des enseignants de cégep (FEC-CSQ) ont pour leur part exercé une première partie des mandats de grève qu'elles avaient obtenus en faisant du piquetage devant une vingtaine d'établissements à travers la province. Ce «premier coup de semonce [...] marque un virage dans les négociations», ont déclaré les représentants des deux fédérations, qui ont encore trois jours et demi de grève en «banque».

«Ce premier débrayage des profs de la FAC et de la FEC vient souligner à grands traits le malaise [dans le monde de l'éducation] clairement exprimé par le mouvement étudiant», ont indiqué la FEC et la FAC.

Cette sortie des professeurs n'a pas eu d'impact notable sur la journée des étudiants, la plupart d'entre eux étant aussi en grève. Mais au cours des prochaines semaines, les grèves des professionnels pourraient contribuer à retarder davantage la fin du trimestre si les enseignants appliquent leurs moyens de pression après le retour en classe des quelque 185 000 grévistes actuels. «C'est sûr que ça compliquera le réaménagement du calendrier, convient Mario Beauchemin, de la FEC-CSQ, mais la situation est entre les mains du ministre. [...] Le gouvernement pourrait voter une loi spéciale qui ramènerait à environ 70 jours la session de 82 jours, et les professeurs pourraient adapter la pédagogie à ce calendrier [...]. La date butoir du 1er avril est une forme d'intimidation», estime-t-il.

Par contre, à la Fédération des cégeps, le président Gaëtan Boucher prévient que la situation est sérieuse. «C'est très préoccupant, tout est préoccupant», dit-il en faisant référence aux mouvements des étudiants et des enseignants. «Vendredi, une quinzaine de cégeps vont avoir dépassé la limite pour terminer avant le 15 juin», et la sortie des professeurs ne peut que «densifier le problème».

Mais selon M. Boucher, l'adoption d'une loi spéciale pour revoir à la baisse le calendrier n'est pas encore une option. «Nous n'en sommes pas là, il y a encore un peu d'espace devant nous.»

Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy
 
 
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