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GAME - Le chant du cygne

Manque de financement pour le domaine énergétique

Ulysse Bergeron   26 mars 2005  Éducation
En ces temps où les questions énergétiques préoccupent de plus en plus les Québécois, on serait porté à croire que les recherches dans ce secteur se multiplient. Toutefois, comme l'explique le fondateur du Groupe d'analyse et de modélisation énergétique (GAME) de l'INRS, Gaëtan Lafrance, il s'agirait là d'une fausse impression.

«C'est assez paradoxal, le Québec a été une force dans la recherche et le développement dans le secteur énergétique. Mais actuellement, on est en train de délaisser complètement cette recherche en énergie au profit d'autres activités», constate-t-il.

Gaëtan Lafrance explique ce désintéressement par une baisse des recherches dans les milieux universitaires. Celle-ci découlerait de l'abolition de certaines subventions gouvernementales, dont le financement qui venait du programme pour les énergies émergentes du ministère des Ressources naturelles du Québec, qui a été aboli en 2003.

Tout l'IREQ est touché

Une réalité qui détonne avec les objectifs d'accroissement de la recherche dans le secteur que s'était fixés le gouvernement québécois dès la fin des années 1960. L'Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) était d'ailleurs né de ces ambitions. Mais force est d'admettre qu'aujourd'hui, la situation a bien changé. À titre d'exemple, l'IREQ a vu son budget diminuer considérablement au cours des dernières années. Depuis près d'une décennie, «il a perdu 30 % de ses effectifs et 30 % de ses activités, à toutes fins pratiques. Donc, il ne peut plus jouer le même rôle qu'en 1969», rappelle le spécialiste, avant d'ajouter qu'il s'agit là de «quelque chose de très préoccupant».

Car, comme le fait remarquer M. Lafrance, les dossiers actuels demandent une réelle expertise dans ce domaine. Les débats entourant la construction de centrales thermiques, les objectifs du protocole de Kyoto, la commission parlementaire sur l'énergie — à laquelle participa Gaëtan Lafrance — et l'intérêt de la population québécoise pour ces questions en sont certainement les preuves. Mais cela risque d'être compromis à bien des égards, laisse entendre le professeur.

«Le mécanisme actuel de défusion dans les universités ou les gouvernements découle de considérations non pas liées à la pertinence du sujet de l'heure, soit l'énergie, mais plutôt aux forces en présence et au fait qu'il faut réduire les coûts», explique-t-il. Il tient à ajouter que les difficultés que connaissent actuellement les réseaux de recherche universitaires en énergétique viennent justement du fait «que les décideurs n'ont pas de vision globale». Il espère que cela n'affectera pas les prochaines décisions cruciales relevant du domaine de l'énergie et que les projets sélectionnés le seront à partir de critères tels que l'énergie renouvelable. Selon lui, «l'éolien devrait remporter ce combat».

Non-renouvellement de postes

Un des impacts directs de cette baisse de financement trouve écho dans les difficultés à former de nouveaux spécialistes dans le domaine. «Les vieux chercheurs ne sont pas remplacés lorsqu'ils partent. Et moi, j'en suis un exemple flagrant: je pars cet été et je ne serai pas remplacé. Je trouve cela très préoccupant dans le sens où une des grandes problématiques mondiales du XXIe siècle sera le passage au quatrième âge de l'énergie. Même s'il s'agit là d'une préoccupation propre à notre époque, les décideurs ne vont pas dans ce sens-là.»

Il rejoint ainsi les requêtes de la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie, Rita Dionne-Marsolais, qui ne manquait pas une occasion, au cours de la commission sur l'énergie, de demander à Hydro-Québec de réinvestir dans l'IREQ afin que l'Institut puisse se développer et maintenir des standards dignes d'un centre national de recherche sur l'énergie.

Comme l'IREQ, le GAME ressent les contrecoups de la baisse d'investissement. Avec le départ de M. Lafrance, le groupe d'analyse de l'INRS devra considérablement ralentir ses activités. Triste sort pour le GAME qui, depuis le début des années 1980, s'affaire avec succès à l'analyse du comportement des consommateurs, à l'élaboration de modèles de simulation technique ainsi qu'à la construction de banques de données détaillées sur les usages et les technologies de l'énergie.

Vers l'éolien

Le GAME s'est surtout fait connaître pour ses développements de logiciels de prévision de la demande d'énergie. Depuis sa création, son personnel élabore et effectue des prévisions relatives à la consommation dans les secteurs résidentiel, commercial, industriel et du transport, un secteur d'activités dans lequel il est passé maître.

Sans toutefois fermer ses portes, le GAME circonscrira et orientera désormais ses activités dans quelques secteurs bien définis, dont celui de l'énergie éolienne, un domaine dans lequel le GAME continue d'être un pionnier. On lui doit, récemment, le développement d'un système d'estimation des vents en mer par données satellites de type radar. Ce projet novateur, mis sur pied en 2000, est le deuxième de ce type au monde. On pourra, à l'aide de ce dernier, qualifier les vents du golfe et du fleuve Saint-Laurent, de la baie James et des Grands Lacs canadiens. Du même coup, on arrivera «à définir leurs motifs (patterns)», ce que les modèles déployés par Environnement Canada ne peuvent faire actuellement.

Ces techniques d'estimation des vents permettraient de mieux choisir les endroits favorables à l'implantation de parcs éoliens et d'éviter les mauvaises surprises comme celle de Cap-Chat, où le rendement attendu n'était pas au rendez-vous. À ce sujet, M. Lafrance précise: «Il y a deux raisons qui expliquent la situation de Cap-Chat. La première relève des technologies. Mais la deuxième raison, c'est que la région en est une de turbulences. Et ça, nos techniques ont permis de le voir.»

Finalement, lorsqu'on lui demande à qui revient la responsabilité de se battre pour le réinvestissement dans ce type de recherches afin d'assurer la pérennité du développement dans le secteur des énergies renouvelables, M. Lafrance répond: «À l'avenir, je pense qu'il faut créer une plateforme différente qui permettrait la synergie des efforts dans le secteur de la recherche, parce qu'il est important que tout le monde s'appuie et se regroupe. C'est comme cela qu'on pourra avoir de nouveaux chercheurs et multiplier le nombre de recherches.»
 
 
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