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Génie civil - Un bon génie pour la route

Pour les seules infrastructures, au Canada, « il en coûterait 125 milliards de dollars pour les remettre à un niveau acceptable »

Pierre Vallée   26 mars 2005  Éducation
Le printemps n'est pas seulement la saison du retour des hirondelles. C'est aussi la saison des nids-de-poule. En fait, ils précèdent même l'arrivée du printemps puisque, depuis quelques années, les nids-de-poule apparaissent de plus en plus tôt dans la saison. À McGill, un chercheur les garde dans sa mire...

À chaque printemps, la même histoire se répète. Les conducteurs ragent et les élus municipaux mettent en place des programmes de réparation des routes qui, au fond, ne servent qu'à remplir les trous dans la chaussée et à colmater les brèches.

Est-il possible de faire autrement et mieux? Oui répond Saeed Mirza, professeur de génie civil à l'université McGill, dont les recherches portent justement sur l'état des infrastructures au Canada. «D'abord, nous ne dépensons pas assez pour l'entretien des routes, et les nids-de-poule sont le résultat de ce manque d'entretien, explique-t-il. Ensuite, les méthodes utilisées pour réparer les nids-de-poule sont souvent inefficaces et les réparations ne durent pas. D'un côté, on n'investit pas assez et de l'autre, on jette l'argent par les fenêtres.» Selon lui, des pistes de solutions existent.

Le nid-de-poule

Mais avant d'aller plus loin, il serait utile de comprendre comment se forment les nids-de-poule. D'abord, il faut savoir qu'une route est grosso modo composée de trois éléments: la couche de surface, la couche de forme et la fondation.

L'effet de la pluie et de la neige sur la chaussée fait en sorte qu'une certaine quantité d'humidité s'infiltre au travers de la couche de surface et vient se loger dans la couche de forme. En hiver, cette eau gèle et ce faisant, son volume augmente, ce qui exerce une pression vers le haut sur la couche de surface.

Le véritable problème se pose lors du dégel. La glace fond et l'eau reprend son volume normal. La chaussée se rajuste, mais elle devient moins résistante aux charges, en particulier aux endroits où le phénomène s'est produit de manière plus accentuée. Le poids successif des véhicules qui rouleront à cet endroit fera en sorte qu'à un moment donné, la chaussée s'affaissera, créant un trou qui s'agrandira et se creusera tant qu'il ne sera pas réparé.

Les pistes de solutions

La première piste de solution que propose Saeed Mirza consiste à s'assurer que les routes soient bien drainées. La construction d'une route comprend l'installation d'un système de drainage mais, comme toute chose, celui-ci perd de son efficacité au fil des ans, d'où l'importance de l'entretien du système de drainage. Le hic, selon le professeur Mirza, c'est que, la plupart du temps, on ne le fait pas. «Tant qu'il y a de l'eau dans la couche de forme, peu importe ce que vous faites, les nids-de-poule réapparaîtront.»

Ensuite, il croit que les méthodes qu'on utilise pour réparer les nids-de-poule laissent à désirer. «On remplit le trou avec de l'asphalte chaud, mais sans avoir au préalable asséché le trou en y soufflant de l'air chaud. Donc, même si le trou est rempli, l'humidité continuera à faire ses ravages.»

De plus, chaque nid-de-poule possède ses particularités et exige donc des méthodes de réparation différentes. À ce sujet, un de ses étudiants à la maîtrise travaille présentement à un projet de recherche visant à comprendre la manière dont chaque nid-de-poule se forme et à déterminer la méthode de réparation la plus appropriée. «Par exemple, dans un trou de moins de 35 mm, c'est la couche de surface qui est abîmée. Mais dans un trou de 100 mm, c'est la couche de forme qui est atteinte. Il faudrait alors non seulement l'assécher, mais aussi la compacter avant de couler l'asphalte.»

Péril en la demeure

Pour Saeed Mirza, les nids-de-poule ne sont que la pointe de l'iceberg. Les infrastructures au Canada et au Québec sont dans un piètre état et nécessiteraient une intervention immédiate et énergique. «Il en coûterait 125 milliards de dollars seulement pour les remettre à un niveau acceptable.»

Il trouve même la situation urgente. «Déjà, nous perdons environ 40 % de l'eau dans les aqueducs à Montréal, ce qui est une importante perte d'argent. Mais imaginez le désastre si l'eau venait à être contaminée et que ces 40 % se retrouvaient dans la nature...»

C'est la raison pour laquelle il croit que le manque d'argent ne peut plus servir d'excuse; il avance même que les gouvernements devraient emprunter sans tarder les sommes nécessaires. «Bien sûr, il y aura de l'intérêt à payer, mais ce n'est rien à côté des coûts engendrés si l'on n'agit pas maintenant et que l'on remet encore une fois à plus tard.»

Sans compter que ce sont les générations futures qui devront assumer ce lourd héritage si l'on ne fait rien. Il estime que, si rien n'est fait aujourd'hui, dans 60 ans il en coûtera trois billions pour mettre le réseau des infrastructures à neuf. «C'est injuste de laisser cela à nos enfants et nos petits-enfants.»

Une politique nationale d'infrastructures

Il déplore le peu d'intérêt des politiciens fédéraux et provinciaux par rapport au problème des infrastructures au Canada. «Ils devraient tous suivre un cours d'infrastructures 101.» Si les élus municipaux sont davantage conscients du problème, ils n'ont malheureusement

pas les moyens financiers de le résoudre.

La solution passe inévitablement par une collaboration entre les trois ordres de gouvernement, qui doivent y allouer les sommes nécessaires. «Au fond, ce sont les usagers et les contribuables qui finiront par payer la note. Alors aussi bien avaler la pilule avant qu'elle ne soit trop amère.»

Il plaide donc en faveur de l'adoption d'une politique nationale d'infrastructures qui permettrait d'approcher le problème dans son ensemble et de faire les bons choix. Cette politique devrait comprendre aussi un volet sur l'entretien des infrastructures, qui est trop souvent laissé pour compte.

«La loi devrait nous obliger à tenir compte du coût d'entretien dès le premier devis de construction. Il faudrait investir annuellement entre 2 % et 4 % du coût total d'une infrastructure pour son entretien. Ensuite, il faudrait adopter la méthode de gestion du cycle de vie de l'objet construit.» En agissant ainsi et maintenant, Saeed Mirza croit qu'il est possible de rénover les infrastructures, alors qu'il est encore temps et aussi d'en assurer la pérennité. «Il en va de notre qualité de vie.»
 
 
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