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En Estrie et en Nouvelle-Écosse - Universités centenaires et tradition universitaire

À Sainte-Anne, mise en place d'un programme de « garantie d'emploi » !

Thierry Haroun   26 mars 2005  Éducation
Small is beautiful. Cette expression consacrée sied à merveille à l'université Bishop en Estrie et à l'université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse. Malgré leur taille modeste, ces deux institutions d'enseignement arrivent, à leur manière, à tirer leur épingle du jeu dans la cour des grands, en matière de recherche notamment. Tour de piste de deux universités de premier cycle de haut calibre.

Fondée en septembre 1890 par le père Gustave Blanche et les pères de la congrégation de Jésus et Marie, dits les eudistes, l'université Sainte-Anne, seule institution francophone de niveau universitaire en Nouvelle-Écosse, compte six campus situés dans les régions acadiennes de cette province maritime, et un autre est établi à Wellington, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Au service d'une minorité

«Notre défi à titre d'université est de taille, puisque la population acadienne est très minoritaire en Nouvelle-Écosse, c'est-à-dire qu'elle représente moins de 4 % de la population totale de la province», soutient le recteur de l'université Sainte-Anne, André Roberge, depuis son bureau de Pointe-de-l'Église, siège social de cette institution de marque située dans le sud-ouest de la province à 280 km d'Halifax.

Un défi qui se trouve notamment à l'échelle du recrutement tant chez les élèves que chez les professeurs. «Nous recrutons, avec un certain succès, des élèves issus de la communauté francophone. Quant aux professeurs, il nous faut parfois sortir du cadre de la province en allant recruter au Québec, au Canada, et parfois même à l'étranger.» Une tâche qui est loin d'être insurmontable du fait «de la qualité de l'environnement géographique de nos campus, qui sont situés au bord de la mer», ajoute le recteur Roberge.

L'université Sainte-Anne est réputée pour la qualité de la formation dispensée à ses quelque 450 élèves. Et pour cause: l'institution compte plus d'un professeur pour dix étudiants. «C'est un ratio intéressant à la fois pour les élèves et les professeurs, mais en ce qui me concerne, en qualité d'administrateur, cette question apporte son lot de problèmes quant aux coûts d'opération, qui sont beaucoup plus élevés que ceux des grandes institutions d'enseignement», laisse tomber André Roberge.

L'institution que dirige M. Roberge offre 17 programmes de niveau universitaire qui mènent soit au baccalauréat, à la majeure, au certificat de spécialisation ou encore à la maîtrise en éducation. À cela s'ajoutent onze différents programmes techniques de niveau collégial, des cours destinés aux adultes et d'autres formations sur mesure. Il est à noter que le programme de soins ambulanciers paramédicaux de l'université Sainte-Anne est le premier programme francophone du genre au pays à recevoir un certificat d'accréditation nationale, lequel est octroyé par l'Association médicale canadienne.

Une chaire sur la parole

Si l'université Sainte-Anne est une institution principalement de premier cycle, celle-ci encourage fortement son corps professoral à poursuivre des activités de recherche. D'autant que cette université s'est vu octroyer en juillet 2004 une chaire de recherche du Canada, soit la Chaire de recherche sur l'oralité et les traditions populaires des francophones minoritaires. Une chaire qui fait toute la fierté de l'université, comme l'indique le recteur André Roberge.

«Cette chaire nous a conféré une reconnaissance sur la scène nationale car, dans les fait, elle démontre que notre institution est capable de mener des recherches de haut calibre. Ce qui est bien dans cette chaire, c'est qu'elle permettra de découvrir les différentes moeurs propres aux Acadiens — contes, légendes et ainsi de suite — et de placer ainsi nos coutumes dans un contexte historique. Nous avons, insiste-t-il, un patrimoine unique!»

«Ce travail, poursuit le recteur, est essentiel en regard du déclin de la population acadienne, doublée de l'assimilation.» Le secteur de la recherche prend une tournure toute particulière à l'université Sainte-Anne, en ce qu'elle prend la mesure de l'identité et des besoins de la communauté. «Par exemple, dit M. Roberge, l'un de nos chercheurs poursuit un travail sur les minorités linguistiques en ce qui concerne l'éducation. Un autre chercheur fait des fouilles archéologiques en impliquant des étudiants, ce qui, de surcroît, permet à ceux-ci d'obtenir des crédits. Donc, des recherches qui sont en rapport avec la réalité de nos communautés, ce qui n'est pas toujours le cas dans les grandes institutions.»

Avis aux intéressés: dès le mois de septembre, l'université Sainte-Anne offrira un programme de «garantie d'emploi», c'est-à-dire que l'institution s'engage à permettre à l'étudiant ne s'étant pas trouvé un emploi dans son domaine de retourner étudier à l'université, laquelle offrira gratuitement une formation d'une durée comparable. À noter que le taux de placement en emploi de cette institution d'enseignement dépasse... 90 %!

L'université estrienne anglophone

«À l'évidence, toutes les institutions d'enseignement supérieur ont deux grands objectifs à atteindre, soit ceux d'offrir une formation de qualité et de détenir un programme de recherche», tient à souligner d'emblée Jonathan Rittenhouse, vice-principal et responsable du secteur de la recherche à l'université Bishop, qui a pignon sur rue à Lennoxville, une institution considérée comme l'un des fleurons du réseau universitaire québécois.

Cette petite université anglophone, dont la réputation dépasse largement les frontières du pays, a fait de la recherche l'une de ses priorités ces dernières années. À preuve, les fonds de recherche en provenance d'organismes de toutes sortes sont passés de 78 000 $ en 2000 à plus de 800 000 $ cette année.

«Une petite université comme la nôtre croit fermement à l'importance de l'engagement de nos professeurs dans la recherche. Et à ce titre, nous offrons tout le soutien nécessaire dont ils ont besoin pour poursuivre leurs travaux, et ce, dans un cadre agréable. C'est d'ailleurs tout l'avantage d'être une petite institution où tout se fait à l'échelle humaine. Et vous savez, la porte de mon bureau est toujours ouverte», précise M. Rittenhouse.

Le programme de recherche de l'université Bishop couvre un vaste champ: une chaire de recherche du Canada en astrophysique, une chaire de recherche en théorie des représentations des algèbres (Maurice-Auslander), laquelle est subventionnée à titre de chaire de recherche du Canada de niveau II (en partenariat avec l'Université de Sherbrooke) et d'autres recherches se font dans les domaines de l'environnement, de l'économie et des sciences de l'éducation, notamment.

Un réseau international

Fondée en 1843 sous le patronage du révérend G.J. Mountain, troisième évêque anglican du Québec, avec la collaboration du clergé et des laïcs des Cantons-de-l'Est, l'université Bishop demeura sous l'égide de l'Église anglicane jusqu'en 1947, année où le conseil d'administration de l'université fut reconstitué en un corps non confessionnel.

L'institution, qui compte plus de 2200 élèves et une centaine de professeurs, échange avec nombre d'universités à travers le monde. «À titre d'exemple, nous avons signé une entente avec l'Université de Yamaguchi dans le sud du Japon. En fait, nous sommes à la recherche d'universités de taille semblable à la nôtre et qui offrent en quelque sorte les mêmes types de programme», souligne M. Rittenhouse.

Si cette institution anglo-saxonne est de petite taille, les défis inhérents à la recherche de diverses sources de financement ne le sont pas pour autant. «Les défis des petites universités se trouvent à l'échelle du financement, et ce, en regard de l'augmentation des coûts de fonctionnement», ce à quoi s'ajoute le sous-financement du secteur de l'éducation qui a cours ces dernières années, est-il besoin de le rappeler...

«Il nous faut trouver des mécanismes de financement qui nous permettent de fonctionner à titre de petite université, poursuit M. Rittenhouse. D'autant plus que nos propres élèves nous demandent de ne pas trop prendre d'expansion car ils aiment travailler dans ce type d'institution, soit dans une atmosphère positive.»
 
 
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