Avenir des cégeps - Un plan d'action attendu avec impatience
Réagir contre «un gouvernement qui est incapable de se donner une vision de l'éducation»
D'ici quelques jours — ou quelques semaines — le ministère de l'Éducation devrait enfin dévoiler son plan d'action pour les cégeps. Annoncé pour la fin de l'automne, le rapport a finalement été reporté au mois de janvier. Dans le réseau collégial, l'impatience est palpable. Les principaux intervenants du milieu se prononcent.
Sans pouvoir affirmer avec certitude ce que révélera le rapport promis par le ministre Pierre Reid sur l'avenir des collèges d'enseignement général et professionnel, les cégeps, on est en mesure de croire qu'il devrait principalement être question d'une révision de la formation générale offerte aux étudiants, ainsi que de la possibilité d'accroître l'autonomie des établissements du réseau. L'avenir des techniques devrait également être abordé.
Chez les syndicats, depuis quelques mois déjà, le mécontentement est notable, particulièrement au sujet de l'autonomie des cégeps. «On est totalement en désaccord avec l'idée de donner davantage d'autonomie aux cégeps», affirme Alain Dion, président de la Fédération autonome du collégial (FAC). Agir de la sorte équivaudrait à «briser toute la tradition collégiale», juge-t-il.
Trop autonome déjà, le cégep?
La Fédération nationale des enseignants et des enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN), principal représentant de l'effectif enseignant, est du même avis. «Le réseau collégial n'est déjà pas un réseau hypercentralisé. Il existe déjà une autonomie, qui a d'ailleurs été accentuée par les récentes réformes», souligne son président, Ronald Cameron. Selon ce dernier, il serait inutile, voire «très inquiétant», d'octroyer davantage d'autonomie aux cégeps. Cela pourrait entraîner une différenciation entre les programmes des divers établissements, ce qui, «en bout de ligne, aurait comme effet de dévaloriser le diplôme», note-t-il. Il estime que les programmes offerts sont déjà différents selon les collèges.
Autre aspect soulevé: l'incidence sur le financement des établissements. La présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Julie Bouchard, avance «qu'une grande autonomie en matière de pédagogie implique nécessairement une grande autonomie en matière de recherche de financement. Ce qui pourrait pousser les cégeps à faire plus rapidement appel au privé», ou à dégeler les frais de scolarité pour les étudiants étrangers. Deux mesures qu'elle juge évidemment inacceptables. De plus, la FECQ craint que, si le ministère se retire, les cégeps ne soient dans l'obligation de rivaliser entre eux afin d'obtenir les plus nombreux effectifs étudiants.
Le réseau doit demeurer public
«Le réseau des cégeps est un réseau public. Et ça doit rester comme ça. C'est de cette manière-là qu'on a offert au Québec un avantage important sur le plan de l'éducation», renchérit Ronald Cameron. L'éducation au collégial ne peut pas être perçue au travers d'un prisme financier. On ne doit pas tenter de «faire de l'argent» avec les établissements collégiaux, estime le président de la FNEEQ, qui dénonce vertement le fait que le gouvernement libéral perçoit davantage le réseau collégial comme une «source d'économie». D'ailleurs, il accuse celui-ci de vouloir se déresponsabiliser de ce secteur de l'éducation en calquant sur le modèle d'études supérieures des États-Unis.
Autre son de cloche à la Fédération des cégeps. Son président, Gaëtan Boucher, perçoit plutôt d'un bon oeil l'idée de rendre les cégeps plus autonomes. Cette situation leur offrirait la possibilité de mettre en place des programmes qui leur sont propres et qui répondraient aux besoins de leur région, les transformant ainsi en moteurs économiques et sociaux. Un cégep pourrait donc tisser des liens avec certaines entreprises de sa région afin d'offrir à ses étudiants une conception pratique sous forme de stage. La FCQ croit que davantage d'autonomie permettrait de mettre en place une meilleure communication entre les établissements.
«Nous donner plus d'autonomie, c'est nous rapprocher du modèle des collèges communautaires et des universités québécoises. Évidemment, cela nous offre la possibilité d'adapter nos programmes aux besoins de notre clientèle et aux besoins du monde industriel», résume M. Boucher.
Formation générale ou nouvelle formation générale?
Le rapport, impatiemment attendu, devrait également faire état de l'avenir réservé à la formation générale des étudiants. Des rumeurs avancent que les cours obligatoires de littérature pourraient désormais prendre la forme de cours de langue. L'objectif: privilégier des aspects comme la grammaire et la syntaxe.
On avance également la possibilité d'élargir l'éventail des cours présentement offerts dans la formation de base. Les trois cours de philosophie pourraient, selon les objectifs propres à chaque programme, être remplacés entièrement ou en partie par des cours portant sur différents domaines jugés plus appropriés. Il serait alors possible, par exemple, pour un étudiant en technique infirmière de suivre un cours de sociologie traitant des systèmes de santé au lieu d'un cours de philosophie traditionnel. Toutefois, jusqu'à présent, rien n'a été confirmé à ce sujet.
«Pour notre part, on prétend que le bloc de formation générale de 660 heures doit rester», souligne Gaëtan Boucher, de la FCQ. Toutefois, il précise que, depuis la création du réseau, il y a 37 ans, «le monde dans lequel on évolue a changé et les valeurs ont par le fait même changé», soutenant du même coup qu'une réactualisation de la formation générale ne pourrait qu'être bénéfique.
De la poudre aux yeux, selon le président de la FNEEQ: «On a déjà réduit le nombre de cours complémentaires qui étaient offerts, et là on voudrait les transposer dans la formation générale.» Ronald Cameron se questionne sur la finalité de vouloir «déboîter» la formation de base. Il y perçoit une stratégie dictée essentiellement par des impératifs économiques qui viserait la réduction de coûts liés au secteur de l'éducation. Et ces économies, selon lui, se feraient sur le dos du personnel enseignant.
Alain Dion, de la FAC, avance pour sa part qu'en s'attaquant à la formation de base, le gouvernement «est en train de mettre en place une éducation utilitariste qui n'aurait d'autres fins que de répondre aux besoins des industries. On forme des travailleurs jetables après utilisation.» Il ajoute que, jusqu'à présent, le système collégial offre une bonne formation générale, qu'on peut certainement améliorer, sans pour autant la détruire.
Le report du plan d'action pour les cégeps, initialement promis pour l'automne, met en lumière, selon les syndicats, l'incapacité du ministre Reid de gérer ce dossier et de prendre des décisions. Alain Dion va jusqu'à qualifier de «burlesque» cette valse-hésitation qui a marqué les derniers mois: «Ou c'est la preuve que c'est un ministre qui est incapable de prendre des décisions, ou c'est la preuve que c'est un gouvernement qui est incapable de se donner une vision de l'éducation». Dans les deux cas, selon M. Dion, Pierre Reid se retrouve dans une position critique qui remet en doute «son règne en tant que ministre de l'Éducation».
Sans pouvoir affirmer avec certitude ce que révélera le rapport promis par le ministre Pierre Reid sur l'avenir des collèges d'enseignement général et professionnel, les cégeps, on est en mesure de croire qu'il devrait principalement être question d'une révision de la formation générale offerte aux étudiants, ainsi que de la possibilité d'accroître l'autonomie des établissements du réseau. L'avenir des techniques devrait également être abordé.
Chez les syndicats, depuis quelques mois déjà, le mécontentement est notable, particulièrement au sujet de l'autonomie des cégeps. «On est totalement en désaccord avec l'idée de donner davantage d'autonomie aux cégeps», affirme Alain Dion, président de la Fédération autonome du collégial (FAC). Agir de la sorte équivaudrait à «briser toute la tradition collégiale», juge-t-il.
Trop autonome déjà, le cégep?
La Fédération nationale des enseignants et des enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN), principal représentant de l'effectif enseignant, est du même avis. «Le réseau collégial n'est déjà pas un réseau hypercentralisé. Il existe déjà une autonomie, qui a d'ailleurs été accentuée par les récentes réformes», souligne son président, Ronald Cameron. Selon ce dernier, il serait inutile, voire «très inquiétant», d'octroyer davantage d'autonomie aux cégeps. Cela pourrait entraîner une différenciation entre les programmes des divers établissements, ce qui, «en bout de ligne, aurait comme effet de dévaloriser le diplôme», note-t-il. Il estime que les programmes offerts sont déjà différents selon les collèges.
Autre aspect soulevé: l'incidence sur le financement des établissements. La présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Julie Bouchard, avance «qu'une grande autonomie en matière de pédagogie implique nécessairement une grande autonomie en matière de recherche de financement. Ce qui pourrait pousser les cégeps à faire plus rapidement appel au privé», ou à dégeler les frais de scolarité pour les étudiants étrangers. Deux mesures qu'elle juge évidemment inacceptables. De plus, la FECQ craint que, si le ministère se retire, les cégeps ne soient dans l'obligation de rivaliser entre eux afin d'obtenir les plus nombreux effectifs étudiants.
Le réseau doit demeurer public
«Le réseau des cégeps est un réseau public. Et ça doit rester comme ça. C'est de cette manière-là qu'on a offert au Québec un avantage important sur le plan de l'éducation», renchérit Ronald Cameron. L'éducation au collégial ne peut pas être perçue au travers d'un prisme financier. On ne doit pas tenter de «faire de l'argent» avec les établissements collégiaux, estime le président de la FNEEQ, qui dénonce vertement le fait que le gouvernement libéral perçoit davantage le réseau collégial comme une «source d'économie». D'ailleurs, il accuse celui-ci de vouloir se déresponsabiliser de ce secteur de l'éducation en calquant sur le modèle d'études supérieures des États-Unis.
Autre son de cloche à la Fédération des cégeps. Son président, Gaëtan Boucher, perçoit plutôt d'un bon oeil l'idée de rendre les cégeps plus autonomes. Cette situation leur offrirait la possibilité de mettre en place des programmes qui leur sont propres et qui répondraient aux besoins de leur région, les transformant ainsi en moteurs économiques et sociaux. Un cégep pourrait donc tisser des liens avec certaines entreprises de sa région afin d'offrir à ses étudiants une conception pratique sous forme de stage. La FCQ croit que davantage d'autonomie permettrait de mettre en place une meilleure communication entre les établissements.
«Nous donner plus d'autonomie, c'est nous rapprocher du modèle des collèges communautaires et des universités québécoises. Évidemment, cela nous offre la possibilité d'adapter nos programmes aux besoins de notre clientèle et aux besoins du monde industriel», résume M. Boucher.
Formation générale ou nouvelle formation générale?
Le rapport, impatiemment attendu, devrait également faire état de l'avenir réservé à la formation générale des étudiants. Des rumeurs avancent que les cours obligatoires de littérature pourraient désormais prendre la forme de cours de langue. L'objectif: privilégier des aspects comme la grammaire et la syntaxe.
On avance également la possibilité d'élargir l'éventail des cours présentement offerts dans la formation de base. Les trois cours de philosophie pourraient, selon les objectifs propres à chaque programme, être remplacés entièrement ou en partie par des cours portant sur différents domaines jugés plus appropriés. Il serait alors possible, par exemple, pour un étudiant en technique infirmière de suivre un cours de sociologie traitant des systèmes de santé au lieu d'un cours de philosophie traditionnel. Toutefois, jusqu'à présent, rien n'a été confirmé à ce sujet.
«Pour notre part, on prétend que le bloc de formation générale de 660 heures doit rester», souligne Gaëtan Boucher, de la FCQ. Toutefois, il précise que, depuis la création du réseau, il y a 37 ans, «le monde dans lequel on évolue a changé et les valeurs ont par le fait même changé», soutenant du même coup qu'une réactualisation de la formation générale ne pourrait qu'être bénéfique.
De la poudre aux yeux, selon le président de la FNEEQ: «On a déjà réduit le nombre de cours complémentaires qui étaient offerts, et là on voudrait les transposer dans la formation générale.» Ronald Cameron se questionne sur la finalité de vouloir «déboîter» la formation de base. Il y perçoit une stratégie dictée essentiellement par des impératifs économiques qui viserait la réduction de coûts liés au secteur de l'éducation. Et ces économies, selon lui, se feraient sur le dos du personnel enseignant.
Alain Dion, de la FAC, avance pour sa part qu'en s'attaquant à la formation de base, le gouvernement «est en train de mettre en place une éducation utilitariste qui n'aurait d'autres fins que de répondre aux besoins des industries. On forme des travailleurs jetables après utilisation.» Il ajoute que, jusqu'à présent, le système collégial offre une bonne formation générale, qu'on peut certainement améliorer, sans pour autant la détruire.
Le report du plan d'action pour les cégeps, initialement promis pour l'automne, met en lumière, selon les syndicats, l'incapacité du ministre Reid de gérer ce dossier et de prendre des décisions. Alain Dion va jusqu'à qualifier de «burlesque» cette valse-hésitation qui a marqué les derniers mois: «Ou c'est la preuve que c'est un ministre qui est incapable de prendre des décisions, ou c'est la preuve que c'est un gouvernement qui est incapable de se donner une vision de l'éducation». Dans les deux cas, selon M. Dion, Pierre Reid se retrouve dans une position critique qui remet en doute «son règne en tant que ministre de l'Éducation».
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