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Syndicats étudiants - Les étudiants n'entendent pas lâcher prise sur la question de l'endettement

«Actuellement, on n'a aucune écoute de la part des cabinets»

Réginald Harvey   8 janvier 2005  Éducation
Tant du côté universitaire que collégial, les syndicats d'étudiants continueront de s'opposer farouchement aux compressions de 103 millions de dollars dans les bourses que le gouvernement leur a infligées en avril dernier. Stratégies pour un printemps «chaud».

Selon les syndicats universitaires, 130 000 étudiants des réseaux collégial et universitaire subiront une augmentation moyenne de 65 % de leur taux d'endettement. Les chiffres ne mentent pas: pour obtenir un diplôme en l'espace de trois ans, un nouveau diplômé cumulera dorénavant une dette de 21 500 $ qu'il doit commencer à rembourser avant même d'avoir déniché un premier emploi. Non seulement la pilule est dure à avaler, mais elle ne passe tout simplement pas, et les étudiants entendent prendre les moyens requis pour forcer l'administration Charest à revenir sur sa décision.

Réagir à l'entêtement

Président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard comprend mal l'attitude — sinon l'entêtement — du gouvernement sur cet aspect de la question du système des prêts et bourses: «À peu près tout le monde au Québec dénonce cette mesure et trouve ce comportement irresponsable. Il y a à peu près trois Québécois sur quatre qui disent que ça n'a pas de sens. La cause est juste et on ne lâchera pas le morceau sur cette question-là.»

Reste à savoir quel sera le plan d'action suivi pour renverser la vapeur: «Nos moyens de pression seront intensifiés au cours de la session d'hiver. Rien n'est mis de côté pour l'instant et ce sera le thème central de nos actions. On ne démord pas de ce dossier-là et on prendra le temps qu'il faut pour le régler. Il s'agit de la plus grande coupure qui s'est produite pendant toute l'histoire du mouvement étudiant sur la question du portefeuille, depuis le dégel de 1989. Il est certain qu'on ne laissera pas tomber pareil enjeu.»

Il rejette d'emblée la formule de remboursement mise de l'avant par le ministre Reid dans le but d'atténuer les impacts de cette mesure: «Ce n'est même pas un véritable remboursement proportionnel aux revenus [RPR]. Il appelle cela un RPR, mais c'est un programme de remboursement différé qui a été bonifié. On est à des années-lumière de ce que peut être en termes réels un RPR qui, premièrement, s'autofinance; deuxièmement, tout le monde peut en bénéficier.» Et le président ajoute: «La deuxième des choses, c'est que ça ne règle en rien le problème de l'endettement. L'étudiant qui, au terme de son cours, se retrouve avec une dette de 21 000 $, même si on étale celle-ci sur une quinzaine d'années en appliquant la formule du RPR, demeure aux prises avec la même dette et les mêmes taux d'intérêt variables.» Il se questionne: «Tout en jouissant d'une plus grande facilité de remboursement, comment, avec une dette de 20 000 $, peut-on essayer d'emprunter un actif à la banque pour financer le lancement d'une entreprise ou un projet quelconque, à la sortie des études?»

Changement de garde à l'horizon

Malgré les propos tenus par Jean Charest, qui réitérait sa confiance dans son équipe à l'aube du congé des Fêtes, Pier-André Bouchard évoque la possibilité d'un renouvellement de la garde ministérielle pour 2005: «Le premier indicateur qu'on va voir cette année-là est celui d'un possible remaniement ministériel. Il est sûr que cela va changer toute la dynamique dans le système d'éducation post-secondaire, notamment parce que ça va marquer une pause, mais aussi parce qu'on va voir s'il y a des nouvelles orientations en vue au ministère.»

La Fédération portera une attention particulière au budget de mars prochain: «Il est certain qu'on va analyser toute la question du financement en matière de prêts et bourses, mais aussi sur le plan des universités. On se rappelle que les engagements des libéraux à ce chapitre se situaient à 30 ou 40 millions de dollars pour leur première année de mandat. On est toujours en retard sur cette question-là et les promesses ne sont toujours pas réalisées. On sait qu'il y a maintenant une motion dans le sens d'un réinvestissement massif dans les prêts et bourses. Pour nous c'est clair que, massivement, ça veut prioritairement dire 103 millions de dollars pour la réduction de l'endettement.»

Le collégial maintient sa position

Quant à elle, la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Julie Bouchard, ne se satisfait pas complètement de l'engagement pris par le ministère de réviser l'ensemble du système d'aide financière aux étudiants: «Ce que nous savons, c'est que le problème est celui de l'endettement étudiant. Ils peuvent bien revoir l'ensemble du programme, pour l'instant, l'urgence et la ligne de force qu'on maintient avec le ministère concernent cet endettement.»

Or, il s'avère que le ministère ne règle pas ce problème majeur dont le caractère pressant lui échappe: «On n'a même pas l'assurance qu'il en sera ainsi. Ces gens ne veulent même pas se commettre là-dessus et nous dire qu'ils vont considérer ce problème comme prioritaire. Ils ne veulent pas reconnaître qu'il y aura une réduction du plafond de prêts dans le but de réduire cet endettement. On se retrouve dans une situation où l'on ne possède aucune garantie que, même dans le cas d'un réinvestissement massif, il y aura baisse de l'endettement étudiant.» Dans ce contexte, tout en refusant d'entrer dans les détails, la présidente assure que les moyens d'action se multiplieront au cours de la prochaine année dans le but de corriger un mode d'aide financière inadéquat et pénalisant: «Actuellement, on n'a aucune écoute de la part des cabinets et on va faire en sorte que la Fédération soit entendue.»

Comme tant d'autres, Julie Bouchard demeure dans l'attente du positionnement gouvernemental au sujet du virage toujours à l'étude pour le réseau collégial et à l'avenir de celui-ci. La Fédération se montre ouverte à diverses propositions pourvu que ne soit pas remis en question le principe du diplôme national. Il existe un éventail très large de projets sur la table, mais le flou persiste: «Il peut y avoir du bon et du mauvais là-dedans, mais il n'y a encore rien de précis. On ne sait pas vraiment ce qui peut ressortir de tout cela et il est, par conséquent, difficile de se prononcer parce que ça peut pencher d'un côté ou de l'autre.» Et elle conclut: «Le discours que le ministre a prononcé à la suite du forum de juin était très nébuleux. Les orientations proposées demeuraient très larges.»
 
 
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