Centrale des syndicats du Québec - L'année des grandes luttes
En ce début de 2005, les pendules demeurent à l'heure de l'insatisfaction et de la revendication dans le réseau de l'éducation. Les négociations piétinent, alors que les conventions sont échues depuis un an et demi et que la loi 30 tend à créer des fissures dans le front commun du secteur public. Le système ouvre grand les écluses à l'écrémage des clientèles et à leur nivellement vers le haut, au moment où le privé gagne en popularité. La décentralisation menace au niveau collégial, où les zones d'ombre sont maintenues. Bref, l'année 2005 s'annonce mouvementée en éducation, dans un environnement politique où les décisions tardent à être prises et connues.
Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, considère que la prochaine année réserve une «grosse bataille à la fois sociale et de négociation»: «Les deux sont indissociables. Je disais récemment à des manifestants que c'est le prochain rempart qu'on va attaquer. Le gouvernement a déboulonné l'édifice social à coups de lois antisyndicales et antisociales. On parle des PPP, des entraves à la syndicalisation dans certains corps d'emploi, comme celui des intervenantes en milieu familial. Il est aussi question de la loi 73 où, tout à coup, on vient d'enlever un autre couvercle en mettant en place un curriculum qui risque d'être plus régional, voire même plus local, que national. L'an passé, la porte a été ouverte à la sous-traitance à tous crins avec la loi 31 et l'amendement 45.»
Il pose ce constat pour 2005: «Je dirais donc que le dernier rempart social actuel, après que le déboulonnement des lois se soit produit, ce sont les conventions collectives des salariés du secteur public. Plus que jamais, la négociation de la CSQ devient une lutte sociale majeure. C'est une des dernières clés qui nous reste pour assurer des services publics de qualité. On va se battre bec et ongles pour être certain que le gouvernement va assumer ses responsabilités et faire en sorte que chaque citoyen et chaque citoyenne puisse profiter des attributs de la cité.»
Le surplace des négociations
Le président assure que le dossier de la négociation n'a pas progressé du tout depuis un an: «Il est question de valse-hésitation et il faudrait arrêter de mettre l'accent sur l'hésitation pour commencer à valser pour vrai.» Peu avant les Fêtes, la Centrale s'est donnée un cadre stratégique en conseil général de négociation: «Nos objectifs consistent à fermer ce dossier-là au printemps; on tend à vouloir le clore d'ici la fin de la présente année scolaire. Le printemps se terminant le 21 juin, on s'est déplié une plage [sic] où les moyens conséquents seront pris afin d'atteindre notre but.»
L'un de ceux-ci a entraîné dernièrement la formation d'un cartel entre la Fédération autonome du collégial et la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ): «Ça indique un appel de fin de récréation et la Centrale recherche des partenaires qui veulent accélérer le dossier touchant les négociations et favoriser un règlement durant la présente année scolaire.»
Plusieurs grands ensembles syndicaux se sont livrés l'automne dernier à d'âpres luttes lors des opérations de maraudage auxquelles ont donné lieu la fusion des unités syndicales dans le système de santé. Il en serait résulté des séquelles susceptibles de compromettre l'existence d'un véritable front commun dans le secteur public. Réjean Parent analyse la situation: «Jusqu'à présent on a réussi, au niveau des têtes dirigeantes, à s'élever au-dessus des effets et des impacts négatifs. On a tenté de préserver l'intégrité de ce front commun, mais cela n'a pas été sans difficultés.»
Il n'en demeure pas moins que la loi 30 sur les regroupements en santé aura eu pour effet de compromettre grandement les négociations dans le secteur public: «Il faut dire une chose: ce gouvernement est particulièrement machiavélique et il aura réussi, sans frais et sans fracas pour lui, à prolonger de 18 mois les conventions déjà échues. Il en sera arrivé à ne pas régler les problèmes, que ce soit dans les réseaux de l'éducation ou de la santé; les services sont de plus en plus à deux vitesses à ces endroits.»
Le nivellement en éducation
Le président de la CSQ refuse d'imputer à une administration gouvernementale plutôt qu'à une autre les difficultés auxquelles est confronté de façon croissante le réseau public d'éducation. Il explique la nature du problème: «C'est l'incapacité ou le manque de volonté des gouvernements, qui refusent de mettre leurs culottes [sic] dans un pareil dossier et d'arrêter de financer avec les deniers publics des écoles privées; ça fait en sorte que l'on se ramasse, année après année, avec des palmarès de L'actualité fondés sur des apparences pseudo-scientifiques.» À cause de ces données, les parents sont maintenant persuadés qu'un enfant réussira mieux s'il fréquente telle école plutôt que telle autre. Pour sa part, M. Parent affirme qu'il est clair que, lorsqu'il y a une sélection de la clientèle dans une école, les taux de réussite sont meilleurs au bout du compte.
Il déplore la situation suivante: «Il y a de moins en moins d'élèves qui obtiennent leur diplôme d'études secondaires avant l'âge de 20 ans, ce qui représente une chute assez dramatique de 7 % au cours des cinq dernières années.» Dans ce contexte, il mentionne deux causes à l'origine d'un système à deux vitesses: «Il y a un glissement vers le privé parce que, faussement, on répète à la population qu'il existe là plus d'encadrement et plus de chances de réussite.» D'autre part, une partie des meilleurs élèves, en réaction à ce phénomène croissant, est maintenue dans le secteur public; pour ce faire, ce réseau crée carrément son propre mode sélectif sous la forme d'écoles internationales et de «douance».
Il en résulte un écrémage de mauvais aloi, selon le professeur Parent: «L'enseignant que tu envoies aujourd'hui au front dans une classe régulière se retrouve avec 30 ou 40 élèves en difficulté. On en fait de plus en plus de ces groupes-là, de ces milieux soustractifs où le bas risque de tirer à lui le haut.» Il s'en prend à une formule à la mode: «Il existe toute une dynamique actuellement. On parle de différenciation pédagogique; le prof "in", c'est celui qui en fait. Si cette théorie était si vraie, qu'on arrête de sélectionner et d'écrémer les groupes pour les rendre homogènes et composés de savants dans certaines classes pendant que, dans d'autres lieux, on regroupe les moins talentueux agglomérés les uns sur les autres.» Il prône cette solution: «Gardons des groupes hétérogènes. Les enseignants n'ont pas attendu que ça devienne à la mode pour penser que les élèves n'apprennent pas de la même manière et qu'il faut adopter des stratégies différentes pour pousser le potentiel intellectuel des jeunes. En même temps, il faut donner aux professeurs un fardeau de tâche qui ait de l'allure, et former des groupes qui peuvent avoir un effet de synergie les uns par rapport aux autres. Il est prouvé scientifiquement que, dans un groupe hétérogène, les plus forts vont tirer les plus faibles vers le haut.»
Dans cette même veine, il digère mal la loi 73 qui délègue davantage d'autonomie pédagogique aux commissions scolaires. Les projets sélectifs risquent de se multiplier, malgré le fait que le ministère faisait déjà preuve de largesse dans l'acceptation des dérogations: «Politiquement, celui-ci n'avait pas le cran de dire non et, de peur maintenant de se faire taper sur les doigts [sic] et de passer pour un pleutre, il envoie cela dans les commissions scolaires en se débarrassant de ses responsabilités, ce qui va amplifier le problème.» La CSQ ne s'élève pas contre les projets particuliers ou l'originalité des écoles. Elle s'oppose plutôt à un écrémage qui crée des disparités entre mieux nantis et plus défavorisés.
L'approche collégiale
Une vision d'État s'impose au collégial et elle tarde à venir et à s'imposer. Réjean Parent croit que le réseau collégial doit reposer sur des assises nationales sur les plans du curriculum, des standards et du diplôme.
Il prône l'adoption d'un plan de développement qui ne soit pas de nature purement économique: «Il ne s'agit pas d'une vision purement utilitariste comme celle où on est en train de nous entraîner dans le cadre d'une décentralisation à outrance, avec des collèges qui vont se coller sur la petite entreprise locale et avec une main-d'oeuvre qui va devenir de moins en moins polyvalente.» Le président de la CSQ favorise cette approche: «Le secret, c'est d'avoir des jeunes qui sont instruits, qui ont une formation technique ou professionnelle et un bon métier; en même temps, ils doivent disposer d'une formation générale qui leur offre une possibilité de recyclage et de réorientation ainsi qu'une certaine versatilité dans l'emploi.»
Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, considère que la prochaine année réserve une «grosse bataille à la fois sociale et de négociation»: «Les deux sont indissociables. Je disais récemment à des manifestants que c'est le prochain rempart qu'on va attaquer. Le gouvernement a déboulonné l'édifice social à coups de lois antisyndicales et antisociales. On parle des PPP, des entraves à la syndicalisation dans certains corps d'emploi, comme celui des intervenantes en milieu familial. Il est aussi question de la loi 73 où, tout à coup, on vient d'enlever un autre couvercle en mettant en place un curriculum qui risque d'être plus régional, voire même plus local, que national. L'an passé, la porte a été ouverte à la sous-traitance à tous crins avec la loi 31 et l'amendement 45.»
Il pose ce constat pour 2005: «Je dirais donc que le dernier rempart social actuel, après que le déboulonnement des lois se soit produit, ce sont les conventions collectives des salariés du secteur public. Plus que jamais, la négociation de la CSQ devient une lutte sociale majeure. C'est une des dernières clés qui nous reste pour assurer des services publics de qualité. On va se battre bec et ongles pour être certain que le gouvernement va assumer ses responsabilités et faire en sorte que chaque citoyen et chaque citoyenne puisse profiter des attributs de la cité.»
Le surplace des négociations
Le président assure que le dossier de la négociation n'a pas progressé du tout depuis un an: «Il est question de valse-hésitation et il faudrait arrêter de mettre l'accent sur l'hésitation pour commencer à valser pour vrai.» Peu avant les Fêtes, la Centrale s'est donnée un cadre stratégique en conseil général de négociation: «Nos objectifs consistent à fermer ce dossier-là au printemps; on tend à vouloir le clore d'ici la fin de la présente année scolaire. Le printemps se terminant le 21 juin, on s'est déplié une plage [sic] où les moyens conséquents seront pris afin d'atteindre notre but.»
L'un de ceux-ci a entraîné dernièrement la formation d'un cartel entre la Fédération autonome du collégial et la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ): «Ça indique un appel de fin de récréation et la Centrale recherche des partenaires qui veulent accélérer le dossier touchant les négociations et favoriser un règlement durant la présente année scolaire.»
Plusieurs grands ensembles syndicaux se sont livrés l'automne dernier à d'âpres luttes lors des opérations de maraudage auxquelles ont donné lieu la fusion des unités syndicales dans le système de santé. Il en serait résulté des séquelles susceptibles de compromettre l'existence d'un véritable front commun dans le secteur public. Réjean Parent analyse la situation: «Jusqu'à présent on a réussi, au niveau des têtes dirigeantes, à s'élever au-dessus des effets et des impacts négatifs. On a tenté de préserver l'intégrité de ce front commun, mais cela n'a pas été sans difficultés.»
Il n'en demeure pas moins que la loi 30 sur les regroupements en santé aura eu pour effet de compromettre grandement les négociations dans le secteur public: «Il faut dire une chose: ce gouvernement est particulièrement machiavélique et il aura réussi, sans frais et sans fracas pour lui, à prolonger de 18 mois les conventions déjà échues. Il en sera arrivé à ne pas régler les problèmes, que ce soit dans les réseaux de l'éducation ou de la santé; les services sont de plus en plus à deux vitesses à ces endroits.»
Le nivellement en éducation
Le président de la CSQ refuse d'imputer à une administration gouvernementale plutôt qu'à une autre les difficultés auxquelles est confronté de façon croissante le réseau public d'éducation. Il explique la nature du problème: «C'est l'incapacité ou le manque de volonté des gouvernements, qui refusent de mettre leurs culottes [sic] dans un pareil dossier et d'arrêter de financer avec les deniers publics des écoles privées; ça fait en sorte que l'on se ramasse, année après année, avec des palmarès de L'actualité fondés sur des apparences pseudo-scientifiques.» À cause de ces données, les parents sont maintenant persuadés qu'un enfant réussira mieux s'il fréquente telle école plutôt que telle autre. Pour sa part, M. Parent affirme qu'il est clair que, lorsqu'il y a une sélection de la clientèle dans une école, les taux de réussite sont meilleurs au bout du compte.
Il déplore la situation suivante: «Il y a de moins en moins d'élèves qui obtiennent leur diplôme d'études secondaires avant l'âge de 20 ans, ce qui représente une chute assez dramatique de 7 % au cours des cinq dernières années.» Dans ce contexte, il mentionne deux causes à l'origine d'un système à deux vitesses: «Il y a un glissement vers le privé parce que, faussement, on répète à la population qu'il existe là plus d'encadrement et plus de chances de réussite.» D'autre part, une partie des meilleurs élèves, en réaction à ce phénomène croissant, est maintenue dans le secteur public; pour ce faire, ce réseau crée carrément son propre mode sélectif sous la forme d'écoles internationales et de «douance».
Il en résulte un écrémage de mauvais aloi, selon le professeur Parent: «L'enseignant que tu envoies aujourd'hui au front dans une classe régulière se retrouve avec 30 ou 40 élèves en difficulté. On en fait de plus en plus de ces groupes-là, de ces milieux soustractifs où le bas risque de tirer à lui le haut.» Il s'en prend à une formule à la mode: «Il existe toute une dynamique actuellement. On parle de différenciation pédagogique; le prof "in", c'est celui qui en fait. Si cette théorie était si vraie, qu'on arrête de sélectionner et d'écrémer les groupes pour les rendre homogènes et composés de savants dans certaines classes pendant que, dans d'autres lieux, on regroupe les moins talentueux agglomérés les uns sur les autres.» Il prône cette solution: «Gardons des groupes hétérogènes. Les enseignants n'ont pas attendu que ça devienne à la mode pour penser que les élèves n'apprennent pas de la même manière et qu'il faut adopter des stratégies différentes pour pousser le potentiel intellectuel des jeunes. En même temps, il faut donner aux professeurs un fardeau de tâche qui ait de l'allure, et former des groupes qui peuvent avoir un effet de synergie les uns par rapport aux autres. Il est prouvé scientifiquement que, dans un groupe hétérogène, les plus forts vont tirer les plus faibles vers le haut.»
Dans cette même veine, il digère mal la loi 73 qui délègue davantage d'autonomie pédagogique aux commissions scolaires. Les projets sélectifs risquent de se multiplier, malgré le fait que le ministère faisait déjà preuve de largesse dans l'acceptation des dérogations: «Politiquement, celui-ci n'avait pas le cran de dire non et, de peur maintenant de se faire taper sur les doigts [sic] et de passer pour un pleutre, il envoie cela dans les commissions scolaires en se débarrassant de ses responsabilités, ce qui va amplifier le problème.» La CSQ ne s'élève pas contre les projets particuliers ou l'originalité des écoles. Elle s'oppose plutôt à un écrémage qui crée des disparités entre mieux nantis et plus défavorisés.
L'approche collégiale
Une vision d'État s'impose au collégial et elle tarde à venir et à s'imposer. Réjean Parent croit que le réseau collégial doit reposer sur des assises nationales sur les plans du curriculum, des standards et du diplôme.
Il prône l'adoption d'un plan de développement qui ne soit pas de nature purement économique: «Il ne s'agit pas d'une vision purement utilitariste comme celle où on est en train de nous entraîner dans le cadre d'une décentralisation à outrance, avec des collèges qui vont se coller sur la petite entreprise locale et avec une main-d'oeuvre qui va devenir de moins en moins polyvalente.» Le président de la CSQ favorise cette approche: «Le secret, c'est d'avoir des jeunes qui sont instruits, qui ont une formation technique ou professionnelle et un bon métier; en même temps, ils doivent disposer d'une formation générale qui leur offre une possibilité de recyclage et de réorientation ainsi qu'une certaine versatilité dans l'emploi.»
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