mardi 9 février 2010 Dernière mise à jour 08h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'école privée... publique

13 décembre 2004  Éducation
Les écoles privées sont là pour de bon. Beaucoup de parents considèrent désormais comme un droit la possibilité de choisir le lieu et le type d'enseignement pour leur enfant.

En outre, beaucoup de parents, y compris dans des familles à revenus modestes, estiment avoir les moyens de consacrer à l'éducation des sommes plus élevées. Plusieurs d'entre eux, d'ailleurs, en ont acquis l'habitude lorsque, il n'y a pas si longtemps, avant les garderies à 5 $ par jour, ils déboursaient annuellement 5000 $ par enfant pour les services de garde.

Cette liberté de choix s'est d'ailleurs étendue au secteur public où pullulent les écoles alternatives, les écoles internationales, les programmes sport/études ou arts/études, les écoles de douance mais aussi les écoles de raccrocheurs.

Ainsi, le Québec ne dispose pas d'un système d'éducation à deux vitesses, le public et le privé. Il dispose d'un système à voies multiples dont l'école privée n'est qu'une voie parmi d'autres. Les écoles privées ne sont d'ailleurs pas toutes semblables.

L'important est que l'État, gardien du bien commun, conserve sur l'ensemble de ce réseau un pouvoir qui garantisse l'accès pour tous à une éducation de qualité et qu'il préserve sa capacité de taxer les contribuables afin de financer ce système.

***

Ces derniers jours, la Fédération des commissions scolaires a proposé une réduction draconienne des subventions versées aux écoles privées. Celles-ci reçoivent, en moyenne, pour chaque élève, l'équivalent de 60 % du coût moyen d'un élève qui fréquente l'école publique. La fédération voudrait que les sommes épargnées au privé soient versées aux écoles publiques qui en auraient cruellement besoin.

La solution proposée ne réglerait sans doute aucun des problèmes de l'école publique. Les sommes en cause seraient insuffisantes.

Mais, surtout, en réduisant le soutien aux écoles privées, le gouvernement réduirait du même coup sa capacité d'exercer un contrôle sur ces écoles et de leur imposer des normes et des exigences.

Ce qu'il faudrait demander, ce n'est pas de réduire le financement des écoles privées, mais plutôt d'augmenter les exigences qui leur sont faites en matière d'accessibilité, de rétention des élèves en difficulté, de francisation des immigrants et de collaboration avec les autorités scolaires publiques du territoire où se trouve l'école. Et ce en fonction du principe: mêmes subventions, mêmes exigences.

***

Tous ceux qui s'intéressent au domaine de l'éducation savent que le succès des écoles privées, notamment dans les palmarès hallucinants qu'on nous propose, est dû à la sélection des élèves à l'entrée. Mettez tous les «bollés» ensemble dans une école, que celle-ci soit publique ou privée, et les résultats globaux de cette école aux examens du ministère seront meilleurs que ceux de l'école voisine où sont rassemblés tous les élèves en difficulté du même quartier.

Le secret de l'école privée est là, essentiellement. Car les enseignants et les professionnels des écoles publiques sont globalement tout aussi talentueux, imaginatifs et dévoués que ceux des écoles privées.

Le choix du privé a beau être parfois fondé sur des préjugés et des illusions, influencé par une propagande bien orchestrée, un nombre grandissant de parents le font et continueront de le faire. D'autres, aussi bien informés et bien intentionnés, choisissent l'école publique pour d'autres motifs que la réussite individuelle, dont celui de faire vivre à son enfant l'expérience de la mixité sociale ou de l'entraide entre pairs. Cela étant, les écoles privées sont aujourd'hui plus diversifiées qu'autrefois sur le plan social. Elles se sont démocratisées sans quoi plusieurs d'entre elles seraient fermées.

***

Une réduction des subventions risque de creuser le fossé entre l'école privée et l'école publique. Le but devrait être au contraire de le réduire. En somme, d'inclure et d'intégrer le plus possible les écoles au sein du même système scolaire que celles-ci soient de propriété privée ou de propriété publique. Les écoles privées doivent devenir de plus en plus publiques, en quelque sorte.

Ceux qui exigent avec le plus de virulence la fin des subventions au privé favorisent au contraire malgré eux la privatisation de 10 % de notre système d'éducation. Leur proposition risque en plus de nourrir la «révolte des contribuables».

L'école privée permet de recueillir une contribution volontaire des parents au système d'éducation, et ce, en sus des impôts qu'ils paient. En réduisant les subventions à l'école privée, on risque d'inciter ces parents-contribuables à se rebeller contre le niveau de taxation qui leur est imposé. Si, en effet, ils payent cher pour l'éducation de leurs enfants, pourquoi voudraient-ils continuer à payer pour l'école publique?

La solution aux problèmes que veut régler la Fédération des commissions scolaires réside dans un financement adéquat de l'école publique. Celle-ci, en effet, doit disposer des moyens de demeurer attrayante. Ce financement ne peut provenir que des impôts et des taxes.

Or, paradoxalement, la fédération dévalorise le choix des impôts pour financer l'école; d'une part, en proposant d'augmenter la contribution des parents au financement de l'école privée, d'autre part, en écartant a priori l'idée même d'augmenter les impôts au besoin pour veiller à ce que soit maintenue, dans toutes les régions du Québec et auprès de tous les enfants quel que soit leur statut économique, culturel et social, l'éducation à laquelle ils ont droit pour devenir des êtres autonomes, imaginatifs, solidaires et innovateurs. Bref, des êtres libres.

michel.venne@inm.qc.ca






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Louis Guérin
    Inscrit
    lundi 13 décembre 2004 09h48
    L'école privée, un bien pour la société
    Bonjour, après la lecture de votre article, je ne peux être qu'en accord avec vous sur certains points. Il est vrai que les écoles privées se classent mieux que les écoles publiques dans les palmarès, mais je ne comprends pas pourquoi les gens s'en plaignent.
    Il n'y a pas de guerre entre le secteur public et le secteur privé. De plus en plus, le secteur public s'inspire des écoles privées pour attirer une plus grande clientèle, puis l'école privée observe également le secteur public pour améliorer leurs services. Je trouve dommage qu'une partie de la population souhaite que l'État cesse de subventionner les écoles privées. Contrairement à ce que l'on pense, les institutions privées sont loin d'être riches. La plupart des écoles privées sont obligées de s'associer à des fondations, afin de pouvoir boucler leur budget. Ensuite, les tests d'admission ne servent pas seulement à sélectionner les meilleurs candidats, ils permettent de constituer des groupes classes plus uniformes. Bref, il ne faudrait pas oublier que l'école privée a grandement influencé la mise en place du secondaire public vers la fin des années 60. En cessant de subventionner le privé, la société québécoise se coupera d'un riche héritage culturel qui a débuté avec l'arrivée des premiers colons en Nouvelle-France, il y a près de trois siècles.

  • Jean Girouard
    Abonné
    lundi 13 décembre 2004 11h39
    Ecole privée....publique
    Très intéressant ce texte. Cependant, il n'y a pas un mot au sujet de l'atmosphère dans laquelle ont baignée, durant un temps (trop long) la plupart des écoles publiques aux prises avec(sinon controlées par) des syndicalistes outranciers définis comme travailleurs de l'enseignement¨et non comme professionnels, écoles publiques où les directions ont lâché sous des conventions collectives minimisant leur autoritémais, tout de même pas, l'exercice de leur compétence.C'est vrai aussi qu'il y aurait lieu de relever l'abus systématique des griefs et la complaisance marquée de trop d'arbitres.

  • Pierre Leduc
    Inscrit
    lundi 13 décembre 2004 11h54
    Crédit d'impôt ?
    Bonjour,

    Ce n'est pas tant une opinion qu'une question que je me pose suite à la lecture de votre texte.

    Dans votre texte vous parlez des frais et impôts que les parents paient pour l'école privé :

    " L'école privée permet de recueillir une contribution volontaire des parents au système d'éducation, et ce, en sus des impôts qu'ils paient. En réduisant les subventions à l'école privée, on risque d'inciter ces parents-contribuables à se rebeller contre le niveau de taxation qui leur est imposé. Si, en effet, ils payent cher pour l'éducation de leurs enfants, pourquoi voudraient-ils continuer à payer pour l'école publique ? "

    Est-ce qu'il est vrai que les frais scolaires déboursés par les parents pour l'école privé peuvent être déductibles d'impôt ? Si oui, ça change un peu les données de votre texte !

    Merci beaucoup.
    Pierre Leduc

  • C. L.
    Inscrite
    jeudi 16 décembre 2004 11h53
    L'école et l'augmentation de la violence chez les jeunes
    Je consulte depuis quelques jours les diverses réactions au débat privé-public des écoles et en particulier le discours de monsieur Caron du la FCSQ. Je suis parent d'un enfant qui fréquente l'école privée. Je suis aussi salarié dans une commission scolaire. J'ai entièrement confiance au système public en tant qu'élément d'éducation. La majorité des enseignants et des professionnels s'acquittent bien de leur tâche. Les gens du milieu font des miracles compte tenu des ressources qui sont à leur disposition. Lorsque mon jeune a été admis au privé, il avait aussi été admis à l'école internationale publique. Mais je l'ai quand même inscrit au privé pour des motifs autres que la qualité des programmes pédagogiques. Je ne crois pas qu'il faille injecter plus d'argent au public pour aménager de nouveau projet, il faut surtout plus d'organisation et une volonté de tous les intervenants du milieu. Même si j'avais le choix entre 1000 projets particuliers au public, mon choix resterait le privé pour ses valeurs suivantes: RESPECT DES AUTRES, rigueur et le goût de la réussite scolaire. Moi, en tant qu'adulte employé dans les écoles publiques, je crains le travail dans certaines écoles pour ma sécurité (gang de rue, taxage, vandalisme, etc). Imaginez alors comment se sentent nos jeunes qui comptent sur les adultes de l'école pour assurer leur sécurité. L'école publique est devenue un centre pour délinquants à sécurité minimum alors qu'elle devrait être un endroit axé sur l'apprentissage et le savoir. Comment voulez-vous que nos enfants se concentrent sur l'étude quand ils ont peur du taxage ou doivent affronter des "pushers" de drogue? Si il y des écoles publiques spécifiques pour des besoins particulers tels que les enfants handicapés physiques ou intellectues, pourquoi n'y aurait-il pas de ces écoles spécifiques pour élèves avec troubles de comportement grave où on retrouverait tous les intervenants nécessaires à ces jeunes (psycho-éducateur, travailleur social, etc). L'école régulière pourrait alors mieux se centrer sur sa mission d'éducation et d'instruction sans avoir à jouer en plus à la police.

  • FARID KODSI
    Inscrit
    jeudi 16 décembre 2004 23h37
    Et pourquoi ne pas encourager les écoles privées?
    Quand le secteur privé fonctionne bien et qu'il est bien administré, quel mal y a-t-il à l'encourager?
    À une époque où les fonctionnaires comptent leurs minutes de travail, leurs pause-cafés et cigarettes, leur augmentation de salaire et leur rétroactivité, leurs journées de congé de maladie et de vacances ainsi que toutes ces allocations gratuites d'une convention collective dont les trois quarts des revendications reposent sur toutes sortes de congé, comme par exemple, les jours fériés (au moins une dizaine), le congé de mariage (5 jours) et de nos jours, les gens se marient plus d'une fois, les congés de maladie (15 jours), les vacances (une moyenne de 20 jours), les obligations familiales (5 jours), des congés d'examen, de perfectionnement personnel, de sélection du personnel et d'assistance aux conférences et aux congrès sans compter les congés de maternité et de paternité.

    En calculant ce nombre interminable de congés, on arrive facilement à atteindre trois mois de congé par année. De plus, dans les écoles publiques, avec cette série de congés, le taux d'absentéisme est très élevé. Ainsi, sur une cinquantaine de professeurs d'une école, il y en a au moins dix à quinze suppléants à tous les jours, c'est dire que les professeurs s'absentent souvent et pour toutes sortes de congé alloué par leur convention collective.

    Imaginez-vous donc le désordre qui s'ensuit avec l'arrivée de tant de suppléants dans une même école, lesquels, dans bien des cas, ne savent même pas quoi faire avec leurs élèves puisque le professeur attitré n'a aucune suite dans son programme; il improvise, au jour le jour, toutes sortes d'activités pour passer le temps alors que dans les écoles privées, il y a un programme, de l'ordre, de la discipline et un suivi continuel avec les élèves et les parents. C'est ce que ces derniers demandent et exigent de l'établissement scolaire et c'est cet aspect qui est inexistant dans le secteur public.

    Laissez-nous donc au moins le loisir de choisir ce qu'il y a de mieux pour nos enfants à même nos taxes et nos impôts plutôt que de nous imposer un système scolaire public qui ne mène nulle part.

  • Francois Blanchette
    Inscrit
    jeudi 8 octobre 2009 00h36
    Les parents sont-Ils assez intelligents pour choisir?
    Encore une fois, la Fédération des commissions scolaires veut imposer son choix de société, sa vision de ce que doit être l'école à l'ensemble de la société. Évidemment, la Fédération se plaint du sous-financement, sans regarder la façon épouvantable dont les commissions scolaires gaspillent l'argent du public. L'argent qui provient du gouvernement vient bien de quelque part, de la poche des contribuables (que ceux-ci envoient leurs enfants au privé, au public, ou sans enfant).

    On dit que le gouvernement subventionne à hauteur de 60% l'école privé. Soit. Mais les parents qui envoie leurs enfants au privé paient quand 100% de leur contribution d'impôt. Alors, qu'ils n'ont droit qu'à un retour de 60%. Et ils s'imposent un poids financier supplémentaire pour envoyer les enfants à l'école privé.

    Si on décidait d'abolir les subventions à l'école privé, la plupart des parents ne pourraient suivre l'augmentation des coûts et les enfants se retrouveraient à l'école public. Et l'élève qui coûtait que 60% en subvention, coûtera 100% à l'état.

    C'est clair que ce n'est pas le manque d'argent qui fait mal à l'école publique, c'est l'appétit insatiable de toute la structure (ministère, commissions scolaires) pour la bureaucratie qui est le problème. Combien de personnes dans cette effarante structure qui ne donnent aucun enseignement ou support direct aux enfants?

    Peut-on faire confiance dans l'intelligence des parents pour choisir l'école qui convient à leurs choix ou leurs valeurs ou les parents sont-ils trop idiots et incapables et ils doivent nécessairement se faire guider et se faire dire quoi faire par la Fédération des commissions scolaires. Les parents sont-ils incapables de voir à travers la publicité ou ont-ils une capacité de jugement?

    Si on veut plus d'argent pour l'école public, commençons par abolir ce haut lieu de l'inutilité que sont les commissions scolaires, prenons cet argent et engageons des professeurs pour enseigner aux élèves; ce qui permettrait peut-être d'avoir des classes de 20 élèves au lieu de 34. Ça ne coûterait pas moins cher, mais l'argent serait dépensé pour les élèves et pas dans la bureaucratie.

    Finalement, la seule réelle utilité d'une commission scolaire, et d'une Fédération des commissions scolaires, est de s'auto-justifier, auto-justifier les immenses coûts inutiles qu'elle génère et auto-justifier des emplois inutiles. Encore une fois, ce n'est pas une structure qui enseigne à lire et à compter.

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 vote
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
© Le Devoir 2002-2010