Écoles privées - Direction des collèges: Le privé endosse le principe de l’autonomie au collégial
«Est-ce que, pour développer la pensée et l’argumentation,
De nombreux établissements du réseau des collèges privés subventionnés souscrivent à l’idée de doter les institutions de plus d’autonomie, en se référant au modèle que leur fournissent leurs grandes soeurs, les universités. Du côté de Québec, le Collège Mérici atteindra bientôt l’âge vénérable de trois quarts de siècle; bilingue, celui-ci accueille une clientèle de 1100 étudiants, répartie dans une proportion approximative de 20 % et de 80 % entre les secteurs pré-universitaire et technique. Le directeur général Pierre L’Heureux lance ce message: «La revendication que nous pouvons avoir, c’est d’être traités un peu plus comme un établissement d’enseignement supérieur, comme une université ou comme les collèges, quand on regarde ce qui se passe dans les autres provinces.»
Il est question de disposer en cette matière de plus de marge de manoeuvre concernant une partie de l’aspect pédagogique, dans le respect des compétences des autres paliers décisionnels: «Pour nous, l’autonomie, ce n’est pas de prétendre qu’on va bâtir et développer nos programmes d’études nous-mêmes, sans tenir compte des impératifs du réseau entier québécois dans ce domaine; on reconnaît que le rôle du ministère, c’est de définir les grands paramètres de ces programmes, aussi bien dans le cas de ceux qui sont d’ordre universitaire ou technique. Il y a dans les deux cas une responsabilité ministérielle qui est de dire: “Voici pour le Québec le programme d’études collégiales pour former un technicien en éducation spécialisée, en hôtellerie, ou encore pour un élève qui veut se présenter à l’université en sciences de la nature”.» Il s’agit là de paramètres qui sont nationaux et qui reposent sur une responsabilité ministérielle.
Cela admis, le directeur se positionne: «Dans cette perspective, lorsqu’on aura mis en place ces grands paramètres-là, laissez-nous disposer de l’ensemble des moyens à prendre dans le cadre de ceux-ci. Une fois définis les objectifs, les grandes orientations, les buts et les principales compétences du programme à atteindre, laissez-nous faire notre travail; on va ordonnancer [sic] les cours, on va développer les compétences intermédiaires et le reste, en fonction de notre analyse du marché du travail et de ses besoins. On va s’appuyer sur notre connaissance et notre complicité avec le marché du travail, qui vont nous servir à aller un peu plus loin dans des éléments de cours ou de contenu.» Les collèges disposent déjà depuis 1993 d’une forme d’autonomie sur ce plan en ce qui concerne l’enseignement technique.
Diplômes
et formation générale
Pierre L’Heureux pousse un peu plus loin la revendication: «Est-ce qu’on pourrait aussi aller jusqu’à la délivrance du diplôme? Un DEC [diplôme d’études collégiales], c’est une sorte d’appellation contrôlée qui appartient au Québec. Dans les faits, quand le ministre émet un diplôme, il pose ce geste à partir d’une recommandation de notre conseil d’administration, pour la bonne raison que nous avons tout accompli pour mettre en oeuvre le programme. C’est uniquement sur cette base qu’un tel diplôme est émis. Donc, c’est sur cette base-là qu’il pourrait y avoir un diplôme national émis par les établissements.»
Au chapitre de l’autonomie, il souhaiterait également que les collèges soient en mesure d’établir des conditions particulières d’admission pour leurs clientèles, compte tenu des spécificités linguistiques ou autres de celles-ci.
Le directeur endosse la position claire prise par l’Association générale des collèges privés du Québec, lors du forum de juin dernier, au sujet de la formation générale: celle-ci doit être maintenue et elle est en place pour rester, selon cette dernière. Là encore, il y a des paramètres nationaux qui sont incontournables, dont sans doute ceux touchant la langue d’enseignement et les langues secondes dans le contexte nord-américain.
Il nuance cependant et revient sur les moyens à mettre en oeuvre: «Est-ce que, pour développer la pensée et l’argumentation, ça prend absolument un cours de philosophie? C’est un excellent moyen mais ce n’est peut-être pas le seul. D’autre voies sont possibles. Nos équipes de profs sont en place et ça ne changera pas du jour au lendemain, mais ce questionnement ouvre sur une perspective différente pour répondre à des besoins particuliers.» Il appuie sa réflexion sur un exemple: «On a un projet éducatif qui est l’expression de nos valeurs et de nos engagements envers les gens. Si on veut mettre l’emphase sur le développement des langues — parce que c’est un des éléments de notre projet —, on pourrait, à l’intérieur de la formation générale, promouvoir de façon plus pointue l’apprentissages des langues.»
Le modèle universitaire
À Trois-Rivières, le Collège Laflèche reçoit une clientèle qui poursuit des formations pré-universitaire et technique dans des proportions de 38 % et de 62 %. Le directeur général de cet établissement, Marcel Côté, demeure dans l’attente quant au sort que le ministère réserve au réseau collégial, ce qui ne l’empêche pas d’exprimer sa pensée sur certains aspects du débat en cours. Il favorise, selon le point de vue déjà exprimé par l’Association des collèges, la plus grande autonomie possible pour les institutions: «On fait partie de l’ordre de l’enseignement supérieur. Quand on parle d’universités, est-ce qu’elles sont obligées d’être regroupées, soumises aux mêmes règles, etc.? Chacune s’organise et possède sa propre crédibilité. Éventuellement, il devrait en être ainsi pour les collèges, si on reconnaît qu’ils font partie d’un ordre d’enseignement supérieur. Dans ce cas, l’autonomie, c’est quelque chose d’essentiel.»
Il renouvelle sa profession de foi autonomiste à travers sa vision de la formation générale: «Je ferais confiance aux établissements qui sont capables de poser les bons choix auprès des élèves [sic] si on leur donne un plan-cadre sur les paramètres de cette formation. Il est clair que ça devrait passer aussi par les collèges. En même temps, ça ne veut pas nécessairement dire que je voudrais changer ou diminuer celle-ci.» Le projet éducatif entre en ligne de compte: «Pour nous, l’autonomie de la pensée et les valeurs humanistes sont très importantes. On ne souhaite pas réduire cette formation, comme le croient les gens. On veut l’adapter et la rendre encore plus proche des élèves et de leurs besoins.» Cette formation doit se mouler aux réalités et aux caractéristiques du milieu de vie: «Comme je dispose d’un projet éducatif particulier, la formation générale pourrait me servir à actualiser encore davantage celui-ci.»
Le dialogue nécessaire
Le ministère laissait savoir il y a quelque jours qu’il n’entendait pas remettre en cause les rôles du secondaire et du collégial sur le plan de l’enseignement professionnel et technique. Reste à savoir comment il est possible d’assurer un arrimage plus efficace, une meilleure synergie entre ces deux secteurs d’apprentissage: «S’il y avait un gain à réaliser dans toute la fameuse discussion que nous avons avec le ministre depuis un an, il aurait consisté à nous sensibiliser aux passerelles, à la nécessité de se parler entre ordres d’enseignement, ce qui est vrai pour le professionnel et le technique, et ce qui est aussi vrai pour le pré-universitaire et l’universitaire.»
Présentement, le travail s’effectue en vase clos, ce que Marcel Côté déplore: «On ne voit pas ce que l’autre réalise. En même temps que j’affirme cela, je reconnais que je ne crois pas aux solutions “mur-à-mur”. Je ne voudrais pas que le ministre décide demain matin de quelle façon cela va se passer, mais qu’il rende plutôt possible et qu’il facilite les passerelles entre les ordres d’enseignement. Les collèges et les commissions scolaires devraient signer des ententes particulières pour faire disparaître les irritants à l’endroit d’un jeune qui ne peut pas passer directement du professionnel au technique.» Il se dit particulièrement intéressé à tisser des liens avec d’autres établissements pour stabiliser la clientèle du collège, plus particulièrement dans une région qui subit une nette décroissance démographique.
Il est question de disposer en cette matière de plus de marge de manoeuvre concernant une partie de l’aspect pédagogique, dans le respect des compétences des autres paliers décisionnels: «Pour nous, l’autonomie, ce n’est pas de prétendre qu’on va bâtir et développer nos programmes d’études nous-mêmes, sans tenir compte des impératifs du réseau entier québécois dans ce domaine; on reconnaît que le rôle du ministère, c’est de définir les grands paramètres de ces programmes, aussi bien dans le cas de ceux qui sont d’ordre universitaire ou technique. Il y a dans les deux cas une responsabilité ministérielle qui est de dire: “Voici pour le Québec le programme d’études collégiales pour former un technicien en éducation spécialisée, en hôtellerie, ou encore pour un élève qui veut se présenter à l’université en sciences de la nature”.» Il s’agit là de paramètres qui sont nationaux et qui reposent sur une responsabilité ministérielle.
Cela admis, le directeur se positionne: «Dans cette perspective, lorsqu’on aura mis en place ces grands paramètres-là, laissez-nous disposer de l’ensemble des moyens à prendre dans le cadre de ceux-ci. Une fois définis les objectifs, les grandes orientations, les buts et les principales compétences du programme à atteindre, laissez-nous faire notre travail; on va ordonnancer [sic] les cours, on va développer les compétences intermédiaires et le reste, en fonction de notre analyse du marché du travail et de ses besoins. On va s’appuyer sur notre connaissance et notre complicité avec le marché du travail, qui vont nous servir à aller un peu plus loin dans des éléments de cours ou de contenu.» Les collèges disposent déjà depuis 1993 d’une forme d’autonomie sur ce plan en ce qui concerne l’enseignement technique.
Diplômes
et formation générale
Pierre L’Heureux pousse un peu plus loin la revendication: «Est-ce qu’on pourrait aussi aller jusqu’à la délivrance du diplôme? Un DEC [diplôme d’études collégiales], c’est une sorte d’appellation contrôlée qui appartient au Québec. Dans les faits, quand le ministre émet un diplôme, il pose ce geste à partir d’une recommandation de notre conseil d’administration, pour la bonne raison que nous avons tout accompli pour mettre en oeuvre le programme. C’est uniquement sur cette base qu’un tel diplôme est émis. Donc, c’est sur cette base-là qu’il pourrait y avoir un diplôme national émis par les établissements.»
Au chapitre de l’autonomie, il souhaiterait également que les collèges soient en mesure d’établir des conditions particulières d’admission pour leurs clientèles, compte tenu des spécificités linguistiques ou autres de celles-ci.
Le directeur endosse la position claire prise par l’Association générale des collèges privés du Québec, lors du forum de juin dernier, au sujet de la formation générale: celle-ci doit être maintenue et elle est en place pour rester, selon cette dernière. Là encore, il y a des paramètres nationaux qui sont incontournables, dont sans doute ceux touchant la langue d’enseignement et les langues secondes dans le contexte nord-américain.
Il nuance cependant et revient sur les moyens à mettre en oeuvre: «Est-ce que, pour développer la pensée et l’argumentation, ça prend absolument un cours de philosophie? C’est un excellent moyen mais ce n’est peut-être pas le seul. D’autre voies sont possibles. Nos équipes de profs sont en place et ça ne changera pas du jour au lendemain, mais ce questionnement ouvre sur une perspective différente pour répondre à des besoins particuliers.» Il appuie sa réflexion sur un exemple: «On a un projet éducatif qui est l’expression de nos valeurs et de nos engagements envers les gens. Si on veut mettre l’emphase sur le développement des langues — parce que c’est un des éléments de notre projet —, on pourrait, à l’intérieur de la formation générale, promouvoir de façon plus pointue l’apprentissages des langues.»
Le modèle universitaire
À Trois-Rivières, le Collège Laflèche reçoit une clientèle qui poursuit des formations pré-universitaire et technique dans des proportions de 38 % et de 62 %. Le directeur général de cet établissement, Marcel Côté, demeure dans l’attente quant au sort que le ministère réserve au réseau collégial, ce qui ne l’empêche pas d’exprimer sa pensée sur certains aspects du débat en cours. Il favorise, selon le point de vue déjà exprimé par l’Association des collèges, la plus grande autonomie possible pour les institutions: «On fait partie de l’ordre de l’enseignement supérieur. Quand on parle d’universités, est-ce qu’elles sont obligées d’être regroupées, soumises aux mêmes règles, etc.? Chacune s’organise et possède sa propre crédibilité. Éventuellement, il devrait en être ainsi pour les collèges, si on reconnaît qu’ils font partie d’un ordre d’enseignement supérieur. Dans ce cas, l’autonomie, c’est quelque chose d’essentiel.»
Il renouvelle sa profession de foi autonomiste à travers sa vision de la formation générale: «Je ferais confiance aux établissements qui sont capables de poser les bons choix auprès des élèves [sic] si on leur donne un plan-cadre sur les paramètres de cette formation. Il est clair que ça devrait passer aussi par les collèges. En même temps, ça ne veut pas nécessairement dire que je voudrais changer ou diminuer celle-ci.» Le projet éducatif entre en ligne de compte: «Pour nous, l’autonomie de la pensée et les valeurs humanistes sont très importantes. On ne souhaite pas réduire cette formation, comme le croient les gens. On veut l’adapter et la rendre encore plus proche des élèves et de leurs besoins.» Cette formation doit se mouler aux réalités et aux caractéristiques du milieu de vie: «Comme je dispose d’un projet éducatif particulier, la formation générale pourrait me servir à actualiser encore davantage celui-ci.»
Le dialogue nécessaire
Le ministère laissait savoir il y a quelque jours qu’il n’entendait pas remettre en cause les rôles du secondaire et du collégial sur le plan de l’enseignement professionnel et technique. Reste à savoir comment il est possible d’assurer un arrimage plus efficace, une meilleure synergie entre ces deux secteurs d’apprentissage: «S’il y avait un gain à réaliser dans toute la fameuse discussion que nous avons avec le ministre depuis un an, il aurait consisté à nous sensibiliser aux passerelles, à la nécessité de se parler entre ordres d’enseignement, ce qui est vrai pour le professionnel et le technique, et ce qui est aussi vrai pour le pré-universitaire et l’universitaire.»
Présentement, le travail s’effectue en vase clos, ce que Marcel Côté déplore: «On ne voit pas ce que l’autre réalise. En même temps que j’affirme cela, je reconnais que je ne crois pas aux solutions “mur-à-mur”. Je ne voudrais pas que le ministre décide demain matin de quelle façon cela va se passer, mais qu’il rende plutôt possible et qu’il facilite les passerelles entre les ordres d’enseignement. Les collèges et les commissions scolaires devraient signer des ententes particulières pour faire disparaître les irritants à l’endroit d’un jeune qui ne peut pas passer directement du professionnel au technique.» Il se dit particulièrement intéressé à tisser des liens avec d’autres établissements pour stabiliser la clientèle du collège, plus particulièrement dans une région qui subit une nette décroissance démographique.
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