Primaire et secondaire - Une négociation mal engagée avec les syndicats d'enseignants
Avant même qu'on attaque le contenu, le contenant crée des frictions
Une négociation, deux approches diamétralement opposées: un dialogue de sourds? Les discussions entourant le renouvellement de la convention collective des enseignants du réseau primaire et secondaire n'ont pas pris leur véritable envol que déjà les contradictions sont palpables, jusque dans le format choisi pour discuter.
Délaissant la voie traditionnelle généralement utilisée pour parlementer, le Comité patronal de négociation pour les commissions scolaires francophones (CPNCF) a choisi pour ces pourparlers une approche «inusitée»: plutôt que de reprendre l'ensemble des clauses de la convention nationale — qui compte plus de 300 pages, hormis les annexes — le CPNCF a déposé le printemps dernier un document d'une dizaine de pages à peine. Le feuillet évoque une série de problèmes, mais ne désigne aucune solution privilégiée.
«Le dépôt patronal, rompant avec une certaine tradition, revêt une forme nouvelle dans le but de favoriser une négociation souple, et ce, dans l'intérêt des parties», explique-t-on d'ailleurs d'entrée de jeu dans le document, qui répondait à un dépôt syndical plus traditionnel, un document de plusieurs centaines de pages.
«On a décidé de jouer le jeu de la transparence en présentant nos problèmes», précise Me Bernard Tremblay, directeur des relations de travail à la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) et coordonnateur de la table du personnel enseignant du CPNCF. «On ne veut pas déchirer la convention collective, mais il y a des choses qui doivent être entièrement revues. On veut parler des vraies affaires.»
Si cette démarche «a pour objet de communiquer clairement les orientations» des patrons, le syndicat concerné, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), l'a reçue comme une gifle. Flou artistique. Document insipide et sans saveur. La présidente de la FSE, Johanne Fortier, n'y a vu que de grands principes vertueux — «On ne peut pas être contre la vertu!» — derrière lesquels se cache un appétit vorace pour une plus grande marge de manoeuvre.
«On nous dit qu'on est en recherche de solutions, mais ils n'en identifient aucune!», explique-t-elle, ajoutant qu'après plus d'une quinzaine de séances de négociation, notamment sur la question des EHDAA, «nous ne voyons pas l'ombre d'un poil d'une solution». «Là, on se dit qu'il faudrait accoucher de quelque chose», ajoute la présidente du syndicat, qui représente quelque 70 000 enseignants du primaire et du secondaire.
Les enseignants, qui se disent ouverts à un format de discussion basé sur une «approche par problèmes», auraient souhaité qu'on les informe de cette façon de faire inédite plutôt que de les prendre par surprise. «Qu'est-ce qu'ils veulent au juste avec ce dépôt-là? Un réaménagement des clauses? Une amélioration? La révision de certaines dispositions? On ne sait pas où ils vont, hormis un seul objectif: celui d'une plus grande souplesse comme gestionnaires.»
L'enjeu de cette négociation? Les élèves handicapés et en difficulté d'adaptation et d'apprentissage, ces fameux EHDAA. Les enseignants, qui affirment que ce groupe d'élèves envahit les classes, faisant d'une classe dite «régulière» une espèce en voie de disparition, ont des demandes précises: qu'on définisse à l'intérieur de ce vaste chapiteau d'EHDAA quatre catégories de problématiques particulières, qu'on limite le nombre de ces élèves dans un groupe, qu'on ajoute des ressources en orthopédagogie, entre autres choses.
La partie patronale demande quant à elle plus de «souplesse» dans la gestion de ces services, déplorant au passage la présence fréquente des tribunaux dans leur attribution. «Les services aux élèves sont au coeur de nos préoccupations», note Me Tremblay. «Et nos pendules sont à l'heure de la collaboration et non de la confrontation.»
Parmi les autres enjeux principaux de cette négociation, il y a le souhait d'ententes locales, une des meilleures manières d'illustrer la «souplesse» que veulent palper le ministère de l'Éducation et les commissions scolaires.
«L'objectif n'est pas qu'il y ait 2500 conventions collectives, mais que les écoles se distinguent si elles en ont besoin», note Hilaire Rochefort, directeur des relations de travail du personnel non enseignant au ministère de l'Éducation, membre du CPNCF. Le comité patronal ne cache pas son souhait de revisiter l'annexe XII: cette disposition de l'entente nationale prévoit déjà des aménagements locaux dans les écoles, sous réserve qu'ils soient sanctionnés par la commission scolaire et par le syndicat local concernés, un dispositif qui aurait bloqué la signature de plusieurs ententes, au dire du patronat. On souhaiterait justement faire disparaître cette dernière condition et permettre que les ententes soient paraphées dans l'école elle-même.
«Nous comprenons que les enseignants soient méfiants», concède Me Tremblay. «Notre but n'est pas de convenir d'arrangements locaux pour économiser, mais pour mieux répondre à la réalité des écoles.»
Johanne Fortier ne voit pas les choses du même oeil. «École par école? Jamais. Nous ne céderons pas sur ce point», explique-t-elle. «Plus tu décentralises, plus tu as de la difficulté à voir ce qui se passe dans le réseau, à protéger les acquis. Après, on perd le contrôle et c'est l'éclatement.»
Où ira cette négociation, qui survient dans une ère de finances comprimées? «Nous sommes déçus du dépôt patronal, et s'il n'y a pas de précision rapidement, on pourra s'attendre à une bataille en rangs serrés», affirme Johanne Fortier, qui précise qu'il n'est pas question, pour l'heure, d'une rupture des discussions. «Est-ce qu'on va commencer à se chicaner sur la forme du dépôt? Non. Nous voulons parler de contenu.»
Le CPNCF, qui tente une stratégie de communications pour une première fois, demeure «enthousiaste et positif», explique Me Tremblay, tout en étant «réaliste». «Nous avons une convention collective qui a été écrite, pour la majeure partie, dans les années 80. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et nous avons une réforme et un contexte de décentralisation. Certaines choses doivent changer.»
Délaissant la voie traditionnelle généralement utilisée pour parlementer, le Comité patronal de négociation pour les commissions scolaires francophones (CPNCF) a choisi pour ces pourparlers une approche «inusitée»: plutôt que de reprendre l'ensemble des clauses de la convention nationale — qui compte plus de 300 pages, hormis les annexes — le CPNCF a déposé le printemps dernier un document d'une dizaine de pages à peine. Le feuillet évoque une série de problèmes, mais ne désigne aucune solution privilégiée.
«Le dépôt patronal, rompant avec une certaine tradition, revêt une forme nouvelle dans le but de favoriser une négociation souple, et ce, dans l'intérêt des parties», explique-t-on d'ailleurs d'entrée de jeu dans le document, qui répondait à un dépôt syndical plus traditionnel, un document de plusieurs centaines de pages.
«On a décidé de jouer le jeu de la transparence en présentant nos problèmes», précise Me Bernard Tremblay, directeur des relations de travail à la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) et coordonnateur de la table du personnel enseignant du CPNCF. «On ne veut pas déchirer la convention collective, mais il y a des choses qui doivent être entièrement revues. On veut parler des vraies affaires.»
Si cette démarche «a pour objet de communiquer clairement les orientations» des patrons, le syndicat concerné, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), l'a reçue comme une gifle. Flou artistique. Document insipide et sans saveur. La présidente de la FSE, Johanne Fortier, n'y a vu que de grands principes vertueux — «On ne peut pas être contre la vertu!» — derrière lesquels se cache un appétit vorace pour une plus grande marge de manoeuvre.
«On nous dit qu'on est en recherche de solutions, mais ils n'en identifient aucune!», explique-t-elle, ajoutant qu'après plus d'une quinzaine de séances de négociation, notamment sur la question des EHDAA, «nous ne voyons pas l'ombre d'un poil d'une solution». «Là, on se dit qu'il faudrait accoucher de quelque chose», ajoute la présidente du syndicat, qui représente quelque 70 000 enseignants du primaire et du secondaire.
Les enseignants, qui se disent ouverts à un format de discussion basé sur une «approche par problèmes», auraient souhaité qu'on les informe de cette façon de faire inédite plutôt que de les prendre par surprise. «Qu'est-ce qu'ils veulent au juste avec ce dépôt-là? Un réaménagement des clauses? Une amélioration? La révision de certaines dispositions? On ne sait pas où ils vont, hormis un seul objectif: celui d'une plus grande souplesse comme gestionnaires.»
L'enjeu de cette négociation? Les élèves handicapés et en difficulté d'adaptation et d'apprentissage, ces fameux EHDAA. Les enseignants, qui affirment que ce groupe d'élèves envahit les classes, faisant d'une classe dite «régulière» une espèce en voie de disparition, ont des demandes précises: qu'on définisse à l'intérieur de ce vaste chapiteau d'EHDAA quatre catégories de problématiques particulières, qu'on limite le nombre de ces élèves dans un groupe, qu'on ajoute des ressources en orthopédagogie, entre autres choses.
La partie patronale demande quant à elle plus de «souplesse» dans la gestion de ces services, déplorant au passage la présence fréquente des tribunaux dans leur attribution. «Les services aux élèves sont au coeur de nos préoccupations», note Me Tremblay. «Et nos pendules sont à l'heure de la collaboration et non de la confrontation.»
Parmi les autres enjeux principaux de cette négociation, il y a le souhait d'ententes locales, une des meilleures manières d'illustrer la «souplesse» que veulent palper le ministère de l'Éducation et les commissions scolaires.
«L'objectif n'est pas qu'il y ait 2500 conventions collectives, mais que les écoles se distinguent si elles en ont besoin», note Hilaire Rochefort, directeur des relations de travail du personnel non enseignant au ministère de l'Éducation, membre du CPNCF. Le comité patronal ne cache pas son souhait de revisiter l'annexe XII: cette disposition de l'entente nationale prévoit déjà des aménagements locaux dans les écoles, sous réserve qu'ils soient sanctionnés par la commission scolaire et par le syndicat local concernés, un dispositif qui aurait bloqué la signature de plusieurs ententes, au dire du patronat. On souhaiterait justement faire disparaître cette dernière condition et permettre que les ententes soient paraphées dans l'école elle-même.
«Nous comprenons que les enseignants soient méfiants», concède Me Tremblay. «Notre but n'est pas de convenir d'arrangements locaux pour économiser, mais pour mieux répondre à la réalité des écoles.»
Johanne Fortier ne voit pas les choses du même oeil. «École par école? Jamais. Nous ne céderons pas sur ce point», explique-t-elle. «Plus tu décentralises, plus tu as de la difficulté à voir ce qui se passe dans le réseau, à protéger les acquis. Après, on perd le contrôle et c'est l'éclatement.»
Où ira cette négociation, qui survient dans une ère de finances comprimées? «Nous sommes déçus du dépôt patronal, et s'il n'y a pas de précision rapidement, on pourra s'attendre à une bataille en rangs serrés», affirme Johanne Fortier, qui précise qu'il n'est pas question, pour l'heure, d'une rupture des discussions. «Est-ce qu'on va commencer à se chicaner sur la forme du dépôt? Non. Nous voulons parler de contenu.»
Le CPNCF, qui tente une stratégie de communications pour une première fois, demeure «enthousiaste et positif», explique Me Tremblay, tout en étant «réaliste». «Nous avons une convention collective qui a été écrite, pour la majeure partie, dans les années 80. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et nous avons une réforme et un contexte de décentralisation. Certaines choses doivent changer.»
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

