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Québec - Beaucoup reste à faire

«Une culture de formation continue en entreprise est une solution au problème»

Pierre Vallée   4 septembre 2004  Éducation
On le déplore régulièrement, il y a encore trop de personnes au Québec qui éprouvent des difficultés avec les rudiments de l'écriture et de la lecture. Mais il semble qu'une lumière pointe au bout du tunnel. Présentation des actions gouvernementales en alphabétisation.

Depuis quelques années, le nombre de personnes inscrites dans des cours d'alphabétisation ne cesse d'augmenter. Selon le dernier Rapport provincial sur l'alphabétisation du ministère de l'Éducation, en 2002-2003, on dénombrait 13 877 personnes inscrites dans des cours d'alphabétisation dans l'ensemble des commissions scolaires du Québec. «On en comptait seulement 8000 en 2000», précise Alain Mercier, responsable de la Direction de la formation générale des adultes. Du côté des groupes populaires en alphabétisation, même si les données sont imprécises, on estime les effectifs à environ 8000, ce qui les

aurait fait doubler en quatre ans.

Selon M. Mercier, le responsable de ce revirement est l'adoption en 2002 par le gouvernement de la Politique d'éducation des adultes et de formation continue. «C'est selon moi le premier levier. Cette politique consacre un chapitre à l'alphabétisation et a permis de mettre en place des mesures plus appropriées.»

TREAQ, PACTE et IFPCA

Il existe présentement trois programmes de financement des services en alphabétisation. Le premier s'adresse aux commissions scolaires et il est compris dans le budget alloué à ces dernières dans le cadre de la formation générale des adultes. Ce sont donc les commissions scolaires qui choisissent les actions à prendre et les sommes à investir en matière d'alphabétisation.

«Cela varie donc d'une commission scolaire à une autre, explique Jean-Yves Desjardins de la Table des responsables de l'éducation des adultes et de la formation professionnelle des commissions scolaires du Québec, la TREAQ. Certaines commissions scolaires ont des besoins plus élevés en alphabétisation. Pour d'autres, les besoins se situent davantage du côté de la formation générale des adultes. C'est aux commissions scolaires d'établir leurs priorités.»

Malgré les disparités possibles, bon an mal an, les commissions scolaires, selon Alain Mercier, investissent ensemble environ 20 millions de dollars dans les services d'alphabétisation. Cette façon de fonctionner a aussi ses avantages, croit Jean-Yves Desjardins: «Cela accorde plus de souplesse aux commissions scolaires. Le fait de passer des cours assis sur un banc avec un professeur en avant ne convient pas à tout le monde. Cela nous permet de diversifier l'offre de services afin de mieux répondre aux besoins de clientèles spécifiques.»

Le deuxième programme de financement est le PACTE (Programme d'action communautaire sur le terrain de l'éducation) et il s'adresse aux groupes populaires et communautaires en alphabétisation. «Les groupes qui reçoivent du financement du PACTE sont accrédités auprès du ministère, précise Alain Mercier, et ils ont des normes à respecter.» On compte environ 130 groupes communautaires qui participent à ce programme doté d'un budget d'environ 10 millions de dollars.

Le troisième programme est un programme à frais partagés entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux. Il s'agit des Initiatives fédérales-provinciales conjointes en matière d'alphabétisation (IFPCA) et le volet québécois est doté d'un budget annuel d'environ quatre millions de dollars. «C'est un programme qui ne s'adresse pas directement aux cours d'alphabétisation mais plutôt à ce qui les entoure: par exemple, la recherche dans le domaine, la formation des enseignants et la production de matériel didactique.» Les projets sont présentés au ministère et évalués cas par cas.

Éveil et Famille

Le ministère de l'Éducation a aussi mis en place deux programmes de prévention de l'analphabétisation. Le premier se nomme Éveil à la lecture et à l'écriture dans les milieux défavorisés et vise les enfants d'âge préscolaire. Lancé en 1999 en collaboration avec le ministère de la Culture et des Communications, du ministère de la Santé et des Services sociaux et du ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, le programme a été reconduit en 2002-2003.

Ce programme vise à outiller les parents et les grands-parents de façon à susciter le goût de la lecture chez les enfants. «Nous incluons dans le processus les grands-parents parce nous croyons qu'il faut élargir le programme à la grande famille.»

Le second programme, plus récent, s'appelle le Programme famille, école, communauté. Il vise les enfants de 6 à 12 ans et, outre les partenaires ci-dessus mentionnés, il peut compter sur l'appui du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration ainsi que du Conseil de la famille et de l'enfance. Ce programme vise à mobiliser tous les intervenants d'une communauté afin de favoriser la réussite scolaire d'élèves du primaire provenant d'un milieu défavorisé.

Difficultés à aplanir

Malgré les progrès, qui sont manifestes, il reste encore beaucoup à faire en matière d'alphabétisation au Québec. Une difficulté persistante est le dépistage et l'orientation vers les ressources appropriées des personnes qui ont besoin d'aide en alphabétisation. «Ceux qui viennent spontanément viennent, avance Jean-Yves Desjardins; c'est envers les autres qu'on a une démarche à faire.»

Il y a bien sûr les campagnes de sensibilisation, tant nationales que locales, qui peuvent inciter les gens à faire le pas. De plus, le ministère finance le service Info-Alpha, qui est administré par la Fondation de l'alphabétisation et permet aux personnes de mieux se renseigner sur le sujet. Mais selon Alain Mercier, ce qu'il faut surtout, c'est un meilleur arrimage entre les divers intervenants tels les CLE (Centre local d'emploi), Emploi-Québec, les groupes populaires et les commissions scolaires. Même son de cloche chez Jean-Yves Desjardins. «Il faut se parler, se donner un langage commun si l'on veut régler

le problème.»

Un meilleur arrimage pourrait permettre, selon Alain Mercier «à un agent d'Emploi-Québec de référer au préalable un demandeur de formation vers un service d'aide en alphabétisation s'il juge que l'individu éprouve des difficultés avec la lecture et l'écriture». La même démarche pourrait être entreprise avec un demandeur d'aide sociale.

Le milieu des entreprises est aussi un milieu difficile à approcher. «C'est pourtant sur le marché du travail que l'on trouve le plus important bassin d'analphabètes au Québec», affirme Jean-Yves Desjardins. Et c'est aussi dans ce milieu que l'on rencontre encore le plus de résistance au sujet de l'alphabétisation. «Les gens ont souvent peur d'être étiquetés comme des analphabètes et ils ont de nombreux trucs pour contourner le problème.»

Selon Jean-Yves Desjardins, cette résistance s'explique par le fait que nous n'avons pas développé au Québec une véritable culture de formation continue. «Si la formation continue faisait partie de notre mentalité, les gens seraient habitués à retourner se former tout au long d'une vie. Les personnes en alphabétisation seraient alors moins marginalisées. Je crois qu'une culture de formation continue en entreprise est une des solutions au problème d'analphabétisation du Québec.»
 
 
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