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À chaque cégep son diplôme?

Marie-Andrée Chouinard   21 août 2004  Éducation
Les étudiants des cégeps redoutent que le diplôme d'études collégiales (DEC) national, décerné par le ministère de l'Éducation, soit le premier à tomber sous le couperet de la réforme des collèges. Québec étudierait la possibilité de permettre à tous les collèges de décerner leur propre grade, à la manière des universités.

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) affirme ne pas avoir obtenu l'assurance du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, qu'il s'engageait à maintenir un DEC d'État dans l'ensemble des cégeps, comme c'est le cas actuellement. Non rassurée sur ce qu'elle définit comme l'une de ses priorités, la FECQ a coupé tous les ponts avec le cabinet du ministre, comme l'a appris Le Devoir.

«Nous avons rencontré le ministre [Pierre Reid] quelque temps après le Forum sur l'avenir de l'enseignement collégial et il est incapable de nous promettre des diplômes nationaux, il se dirige plutôt vers des diplômes locaux, a expliqué cette semaine la présidente de la FECQ, Julie Bouchard. Pour nous, c'est clair, on ne discute plus avec lui tant que nous n'avons pas cette assurance.»

Dans la foulée du Forum sur l'avenir de l'enseignement collégial, où le ministre de l'Éducation a clairement indiqué son souhait de pourvoir les collèges de plus d'autonomie, les étudiants craignent que le DEC portant le sceau du ministère de l'Éducation (MEQ) — et garantissant des normes nationales — soit la première victime des changements que Québec compte annoncer à l'automne.

Interrogée hier à ce sujet, l'attachée de presse du ministre Reid n'a pas pu donner l'assurance du maintien du DEC, affirmant plutôt que cela faisait partie de l'agenda politique. «Cela fait partie des discussions et des réflexions qu'on aura avec les consultations», a répliqué Caroline Richard, précisant l'intention du cabinet de converser avec les étudiants.

«Nous avons été très clairs avec le cabinet», ajoute Julie Bouchard, dont la fédération a fait de l'enjeu des diplômes une priorité dans sa stratégie d'action. «Le DEC national, c'est primordial. On n'ira pas en dessous de ça.»

Lors d'une rencontre qui a eu lieu avec le ministre Reid peu après le forum, les échanges ont abruptement cessé avec les étudiants, ceux-ci refusant d'aller plus avant sans l'assurance d'un diplôme uniforme à la grandeur de la province. «Tout est stoppé avec le cabinet», explique Julie Bouchard, dont la fédération craint des diplômes «à géométrie variable» et un réseau collégial incohérent.

Dans son discours de clôture, qui a mis fin au Forum sur les collèges du début de juin, le ministre de l'Éducation a livré une vision générale de ses intentions. Il y est beaucoup question d'une plus grande autonomie, qu'il souhaite rendre aux établissements. «Cette autonomie doit évidemment porter sur ce qui traduit la mission même [des collèges], c'est-à-dire les responsabilités académiques et pédagogiques fondamentales: les programmes, les parcours de formation, les diplômes, les ressources institutionnelles», affirmait ainsi le ministre Reid, pointant directement les grades remis aux étudiants.

«Tout est dans le discours du ministre si on sait lire entre les lignes», affirmait hier un observateur aguerri. Plus d'autonomie aux collèges? Concevoir eux-mêmes leurs programmes, plutôt que de répondre à des objectifs et normes déterminés par le ministère, et, conséquemment, rendre aux collèges le pouvoir de décerner leur propre diplôme, exactement sous le modèle même des universités.

Actuellement, les DEC sont décernés par le ministère, qui s'assure avec les collèges que les étudiants ont satisfait aux objectifs et normes définis dans chaque programme, qu'il s'agisse de sciences de la nature, de sciences humaines ou de lettres.

L'idée rappelle les nombreux débats qui ont entouré l'«habilitation» ou la responsabilité remise à un collège par le MEQ d'octroyer lui-même son diplôme. Cette disposition, qu'aucun ministre de l'Éducation n'a jamais appliquée, est déjà inscrite dans la Loi sur les collèges. Alors que l'habilitation pourrait être transférée à un seul collège, les autres conservant le DEC national, le diplôme local, lui, concernerait l'ensemble du réseau. «On ne parle pas ici d'habilitation», nuance Julie Bouchard de la FECQ. «On parle plutôt de diplôme local, à la grandeur du territoire et dans chacun des cégeps.»

Quarante-huit cégeps, quarante-huit diplômes? La Fédération des cégeps a déjà montré qu'elle était favorable à un principe semblable, mais elle souhaiterait qu'une antenne indépendante, autre que le MEQ, agisse à la manière d'un organisme de régulation gardien d'un minimum de normes nationales. Une idée qui ne semble pas charmer le ministre: «C'est d'autonomie proprement institutionnelle qu'il s'agit, car il n'est pas question de transférer les responsabilités ministérielles à un intermédiaire, qui instituerait ainsi un nouveau filtre et un nouveau contrôle, peu compatible avec une véritable autonomie», affirmait celui-ci, toujours dans son discours de clôture.

Les syndicats, sans grande surprise, repoussent tout à fait cette idée de diplôme local, qui instituerait à leur avis un réseau à multiples vitesses. «Cette histoire de diplômes, ça va être une grosse bataille cet automne», a expliqué cette semaine le président de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), Ronald Cameron.

La Coalition-cégeps, dont font partie les syndicats et les étudiants, prépare actuellement un macaron autoadhésif porteur du slogan «Diplômes locaux, diplômes inégaux» pour illustrer son mécontentement.

Par ailleurs, concernant les projets-pilotes de fusion des formations professionnelle et technique, dont Le Devoir faisait état hier, le cabinet du ministre Reid n'a pas voulu commenter. «Le ministre fera connaître ses orientations stratégiques à l'automne», a répété l'attachée de presse Caroline Richard, pressée de réagir à la nouvelle.






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