Cégeps: Québec choisit la méthode douce
Le gouvernement Charest enclenche la fusion des formations professionnelle et technique
Au terme d'une année de douloureux débats sur l'existence même des cégeps, Québec donne le feu vert à des projets-pilotes dirigés par les commissions scolaires et les cégeps pour fusionner les formations professionnelle et technique.
En lieu et place du secondaire 6 marié à un baccalauréat de quatre ans — une proposition qui a littéralement enflammé les débats au forum de juin dernier sur l'avenir de l'enseignement collégial —, le gouvernement retient plutôt cette voie comme «piste stratégique actuellement privilégiée»: des «projets-pilotes de nouvelle jonction entre commissions scolaires et cégeps en formation professionnelle et technique» sont donc au menu pour l'automne 2004.
Plutôt que d'avoir recours à des moyens draconiens, Québec emploie la méthode douce: l'engagement sera volontaire, nul ne se fera forcer la main et aucun des réseaux ne perdra la gestion de ses ouailles.
Voilà ce que révèle le Tableau de bord des priorités gouvernementales, dont Le Devoir a obtenu copie. La fusion des deux formations, qui a fait l'objet de tous les débats à l'hiver et au printemps derniers, constitue l'un des projets ministériels que le Secrétariat aux priorités et aux projets stratégiques cible comme l'une des actions prioritaires du ministère de l'Éducation. Ce secrétariat relève du ministère du Conseil exécutif et doit épauler le Comité des priorités pour décider des urgences gouvernementales.
«En ce qui a trait aux transformations de système évoquées par différents intervenants (principalement quant au regroupement de la formation professionnelle et technique et quant à l'articulation du cheminement conduisant à l'université), la piste stratégique actuellement privilégiée est celle de l'engagement volontaire dans des projets-pilotes à fort potentiel d'essaimage et d'imitation», peut-on lire dans le document, daté de l'été.
On y annonce des modifications possibles à la Loi sur les cégeps, à la Loi sur la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial de même qu'au Règlement sur les études collégiales. Les travaux du ministère ont commencé sitôt après la fin du forum et des «séances de travail» sont prévues en août et septembre avec les directions de collège, de même qu'au Comité de liaison de l'enseignement supérieur.
Lors de la clôture du forum, en juin dernier, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, avait conclu les deux journées d'échanges avec la promesse de ne pas abolir les cégeps. «En octroyant plus d'autonomie aux collèges, ne pourrait-on pas leur permettre de trouver, avec leurs partenaires des commissions scolaires et des universités, des façons de faire nouvelles, inédites même, adaptées à leur contexte particulier et aux besoins des populations qui les desservent?», avait-il toutefois indiqué dans son discours de clôture.
Pas question d'engager le réseau dans des «développements anarchiques ou dans la confusion du n'importe quoi», avait-il ajouté. «Mais la cohérence n'exige ni l'uniformité ni l'embrigadement forcé.»
Cette phrase résonne encore dans la tête du président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, qui y a décelé l'engagement volontaire auquel le gouvernement fait allusion. «Il n'y aura pas de réforme de structures, c'est ce qu'il nous dit. Mais il faut voir comment on peut mieux servir la collectivité sur la base de projets volontaires. Rien ne sera forcé.»
Sitôt le forum terminé, M. Boucher a rencontré le ministre Reid afin d'effacer certains doutes du «paysage». «On m'a confirmé que les cégeps sont là pour rester, mais il y a une ouverture à certains projets-pilotes», a expliqué le président de la fédération, ce qui correspond tout à fait aux priorités stratégiques définies par le ministère du Conseil exécutif.
«Compte tenu de l'évolution démographique, des baisses de clientèle scolaire, est-ce que, effectivement, il n'y a pas intérêt à ce que commissions scolaires et cégeps, ou universités et cégeps, essaient de travailler sur certains projets?», demande M. Boucher.
Le président de la Fédération des cégeps a déjà amorcé des échanges avec ses homologues de la Fédération des commissions scolaires du Québec et de l'Université du Québec autour de projets possibles. Des rencontres doivent suivre sous peu.
Si plusieurs des acteurs du débat du printemps dernier ont en effet reconnu que la fusion des formations professionnelle et technique pourrait être intéressante, les groupes ne s'entendaient pas du tout sur la gestion de l'arrimage. À qui confier la nouvelle créature?
À la FCSQ, on affirmait cette semaine avoir eu l'assurance que la formation professionnelle demeurerait du ressort des commissions scolaires. «Et la formation technique restera aux collèges», ajoute Denis Pouliot, directeur des communications à la FCSQ.
Pour ceux qui tenteront le mariage, peut-être en région, bien des questions sont à résoudre. Où offrir les formations, au collège ou dans une école secondaire? Comment marier les deux corps enseignants? De quelle manière partager les équipements?
Le document gouvernemental laisse également entrevoir une volonté de Québec de solidifier l'arrimage des formations professionnelle et technique entre elles, mais avec l'entreprise, pour assurer leur viabilité en région. Afin de «préserver les services de formation offerts aux citoyens des différentes régions», le gouvernement Charest a invité les établissement à fournir des «projets spécifiques liés au développement socioéconomique régional dans une perspective de partenariat élargi avec les entreprises».
Aucun échéancier ni plan de financement n'accompagnent ces deux priorités. Le ministre de l'Éducation a promis qu'il présenterait un plan d'action à l'automne. En coulisses, on parle de novembre, une fois passé le forum national d'octobre présidé par le premier ministre Jean Charest.
En lieu et place du secondaire 6 marié à un baccalauréat de quatre ans — une proposition qui a littéralement enflammé les débats au forum de juin dernier sur l'avenir de l'enseignement collégial —, le gouvernement retient plutôt cette voie comme «piste stratégique actuellement privilégiée»: des «projets-pilotes de nouvelle jonction entre commissions scolaires et cégeps en formation professionnelle et technique» sont donc au menu pour l'automne 2004.
Plutôt que d'avoir recours à des moyens draconiens, Québec emploie la méthode douce: l'engagement sera volontaire, nul ne se fera forcer la main et aucun des réseaux ne perdra la gestion de ses ouailles.
Voilà ce que révèle le Tableau de bord des priorités gouvernementales, dont Le Devoir a obtenu copie. La fusion des deux formations, qui a fait l'objet de tous les débats à l'hiver et au printemps derniers, constitue l'un des projets ministériels que le Secrétariat aux priorités et aux projets stratégiques cible comme l'une des actions prioritaires du ministère de l'Éducation. Ce secrétariat relève du ministère du Conseil exécutif et doit épauler le Comité des priorités pour décider des urgences gouvernementales.
«En ce qui a trait aux transformations de système évoquées par différents intervenants (principalement quant au regroupement de la formation professionnelle et technique et quant à l'articulation du cheminement conduisant à l'université), la piste stratégique actuellement privilégiée est celle de l'engagement volontaire dans des projets-pilotes à fort potentiel d'essaimage et d'imitation», peut-on lire dans le document, daté de l'été.
On y annonce des modifications possibles à la Loi sur les cégeps, à la Loi sur la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial de même qu'au Règlement sur les études collégiales. Les travaux du ministère ont commencé sitôt après la fin du forum et des «séances de travail» sont prévues en août et septembre avec les directions de collège, de même qu'au Comité de liaison de l'enseignement supérieur.
Lors de la clôture du forum, en juin dernier, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, avait conclu les deux journées d'échanges avec la promesse de ne pas abolir les cégeps. «En octroyant plus d'autonomie aux collèges, ne pourrait-on pas leur permettre de trouver, avec leurs partenaires des commissions scolaires et des universités, des façons de faire nouvelles, inédites même, adaptées à leur contexte particulier et aux besoins des populations qui les desservent?», avait-il toutefois indiqué dans son discours de clôture.
Pas question d'engager le réseau dans des «développements anarchiques ou dans la confusion du n'importe quoi», avait-il ajouté. «Mais la cohérence n'exige ni l'uniformité ni l'embrigadement forcé.»
Cette phrase résonne encore dans la tête du président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, qui y a décelé l'engagement volontaire auquel le gouvernement fait allusion. «Il n'y aura pas de réforme de structures, c'est ce qu'il nous dit. Mais il faut voir comment on peut mieux servir la collectivité sur la base de projets volontaires. Rien ne sera forcé.»
Sitôt le forum terminé, M. Boucher a rencontré le ministre Reid afin d'effacer certains doutes du «paysage». «On m'a confirmé que les cégeps sont là pour rester, mais il y a une ouverture à certains projets-pilotes», a expliqué le président de la fédération, ce qui correspond tout à fait aux priorités stratégiques définies par le ministère du Conseil exécutif.
«Compte tenu de l'évolution démographique, des baisses de clientèle scolaire, est-ce que, effectivement, il n'y a pas intérêt à ce que commissions scolaires et cégeps, ou universités et cégeps, essaient de travailler sur certains projets?», demande M. Boucher.
Le président de la Fédération des cégeps a déjà amorcé des échanges avec ses homologues de la Fédération des commissions scolaires du Québec et de l'Université du Québec autour de projets possibles. Des rencontres doivent suivre sous peu.
Si plusieurs des acteurs du débat du printemps dernier ont en effet reconnu que la fusion des formations professionnelle et technique pourrait être intéressante, les groupes ne s'entendaient pas du tout sur la gestion de l'arrimage. À qui confier la nouvelle créature?
À la FCSQ, on affirmait cette semaine avoir eu l'assurance que la formation professionnelle demeurerait du ressort des commissions scolaires. «Et la formation technique restera aux collèges», ajoute Denis Pouliot, directeur des communications à la FCSQ.
Pour ceux qui tenteront le mariage, peut-être en région, bien des questions sont à résoudre. Où offrir les formations, au collège ou dans une école secondaire? Comment marier les deux corps enseignants? De quelle manière partager les équipements?
Le document gouvernemental laisse également entrevoir une volonté de Québec de solidifier l'arrimage des formations professionnelle et technique entre elles, mais avec l'entreprise, pour assurer leur viabilité en région. Afin de «préserver les services de formation offerts aux citoyens des différentes régions», le gouvernement Charest a invité les établissement à fournir des «projets spécifiques liés au développement socioéconomique régional dans une perspective de partenariat élargi avec les entreprises».
Aucun échéancier ni plan de financement n'accompagnent ces deux priorités. Le ministre de l'Éducation a promis qu'il présenterait un plan d'action à l'automne. En coulisses, on parle de novembre, une fois passé le forum national d'octobre présidé par le premier ministre Jean Charest.
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