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Les règles du jeu

Normand Thériault   14 août 2004  Éducation
Photo : Agence France-Presse
Petit, on passe lentement du jeu aux divers apprentissages. Par étapes successives, de la garderie au primaire, avec séjour imposé en maternelle. L'univers semble bien organisé et il est facile d'en atteindre son «ciel».

Du moins, tel était jusqu'à tout récemment l'état des choses, où les parents puisaient dans leurs souvenirs pour décrire à leur progéniture les années à venir: «En première année, tu apprends à lire», «en sixième, tu refais un survol des matières», et ainsi de suite.
Depuis le début du présent siècle, toutefois, au Québec à tout le moins, cela ne tient plus. Il y a eu «réforme» du système scolaire. Le primaire est maintenant «cyclique» et, dans un an, le secondaire le sera aussi. Quant à la suite, ce qui précède l'arrivée sur le marché du travail, ou le temps des études supérieures, ce que le mot cégep recouvrait, là on ne sait plus: n'a-t-on point connu en juin dernier un forum national où rien de moins que la mort des collèges d'enseignement général et professionnel semblait être au programme? On connaît maintenant la conclusion de ce débat public qui avait entraîné une mobilisation à la fois des étudiants et des professeurs, malgré le fait qu'un tel mois en soit un de relâche en enseignement à ce niveau: s'il y a là réforme, elle est toujours à venir et tout ce dont on parle maintenant consiste en l'abandon d'un système québécois uniformisé, chaque collège pouvant se définir des objectifs et des programmes propres. Une telle mesure, moindre que la fermeture prévue par certains, n'est cependant pas sans conséquences, d'où une autre période «chaude» pour cette année scolaire 2004-2005.

Conflits et débats

Et ce n'est pas tout. Approchés afin de connaître les projets pour l'année à venir, les représentants du ministère de l'Éducation ont décliné l'offre, informant que leur ministre prévoyait procéder cet automne à une tournée des médias: pour y faire de nouvelles annonces? Rassurer les clientèles ou la population? Initier un nouveau train de mesures? Cela reste à voir. Mais, à coup sûr, beaucoup de dossiers sont toujours ouverts. Marie-Andrée Chouinard rappelait ainsi cette semaine dans Le Devoir (11 août) que «la rentrée scolaire s'annonce houleuse entre les parties patronale et syndicales». Et de poursuivre: «La tension liée à des dossiers tels la réforme, la durée du temps de travail, l'arrivée possible d'un ordre professionnel et la gestion des élèves en difficulté perturbera la négociation en cours entre les enseignants et le gouvernement.»

Motifs de conflits que tout cela? À coup sûr. Et il y a plus. On connaît ainsi les difficultés que rencontrent les gouvernements occidentaux à boucler leurs budgets, ce qui fait que le mot «coupure» fait toujours partie du langage courant (parlez-en d'ailleurs ces jours-ci aux porte-parole des garderies) et qu'on ne sait donc plus à qui refiler la facture des frais qui grèvent le budget général des États. On sait aussi que le rôle, ou la fonction, des universités est remis en question: sont-elles au service du savoir ou à celui de l'industrie et de l'économie? Devraient-elles faire un plus juste partage dans l'attribution des fonds entre les sciences pures et les sciences humaines? Et ainsi de suite, jusqu'à entendre des gens s'interroger sur l'enseignement de la littérature dans les écoles à l'heure où Internet et les médias électroniques sont devenus les nouveaux terrains de jeu des jeunes et des adolescents.

Enjeux et problèmes

Et si cela n'était pas assez, qu'il suffise de jeter un regard outre-frontières, vers le sud, où, au débat sur les cours de rattrapage pour les élèves en difficulté comme à celui sur l'impossible accès aux études supérieures pour de grands pans de la population, on en préfère d'autres qui portent sur la prière à l'école ou le salut quotidien au drapeau. Ailleurs, et cela se retrouve également au Québec, il sera aussi question des diverses tenues vestimentaires et de la tolérance face à l'affichage public d'objets à signification ethnique ou religieuse.
Il semble donc bien loin ce temps où, pour les parents, les problèmes occasionnés par la rentrée se limitaient à l'habillement de l'enfant ou à l'achat de matériel scolaire. Heureusement, en bas âge, le mois d'août (maintenant que la rentrée ne se fait plus en septembre) signifie pourtant toujours un temps pour une nouvelle aventure: celle de l'initiation à l'univers des «grands», dans ce monde dont ils apprendront plus tard qu'il semble contenir plus de questions que de réponses. En fait, en éducation, s'il y a problème, c'est dans l'établissement des règles du jeu.
 
 
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