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Diplômes à rabais: les anciens ministres ne savaient pas

Pierre Reid y voit une «incohérence» qu'il promet de corriger

On ne savait pas. Voilà ce que d'anciens ministres de l'Éducation ont répété à tour de rôle hier à propos des exigences de diplomation au secondaire, qui ne nécessitent ni mathématiques ni sciences, une «incohérence» reproduite depuis 23 ans.

Surprise générale hier à la suite des révélations du Devoir qui ont mis au jour une pratique pour le moins discrète du ministère de l'Éducation (MEQ), laquelle pratique reconduit depuis 23 ans un ancien régime pédagogique n'exigeant ni maths ni sciences pour sortir du secondaire avec un diplôme.

Alors que l'actuel ministre de l'Éducation, Pierre Reid, y voit une «incohérence» qu'il promet de corriger, trois anciens titulaires de l'Éducation confiaient tour à tour leur surprise devant cette pratique qu'ils jugent ennuyeuse. Pauline Marois, François Legault et Sylvain Simard, qui se sont succédé juste avant M. Reid à la tête du ministère de l'Éducation, ont avoué leur surprise à cette nouvelle.

«J'ai été un peu étonnée de voir cela», a affirmé hier Pauline Marois, ministre de l'Éducation de 1996 à 1998. «Très sincèrement, je n'étais pas consciente du fait qu'on ne posait pas certaines exigences en mathématiques.»

Si l'objectif de la réforme du primaire et du secondaire, pilotée d'abord par Mme Marois, était de rehausser les exigences, «à trop travailler vers l'avenir on a peut-être négligé le présent», a ajouté Mme Marois, qui affirme qu'elle aurait corrigé cette situation si elle l'avait connue.

Même son de cloche du côté de Sylvain Simard, qui a tenu les rênes du MEQ en 2002 et en 2003. «De facto, je pense que tout le monde croyait que ça allait de soi qu'on demande maths et sciences pour avoir le diplôme du secondaire, mais effectivement, le régime ne l'accordait pas», a expliqué hier le député de Richelieu, surpris et choqué. «Ce n'est pas un manque de courage mais d'information. J'ai été un peu choqué de ce réveil soudain de [Robert] Bisaillon.»

En entrevue au Devoir il y a deux semaines sur l'actuel projet de régime pédagogique, M. Bisaillon laissait entendre que les exigences de diplomation n'avaient jamais été appliquées parce que, «politiquement, on avait peur des effets que ça aurait», renvoyant du coup la balle aux ministres qui se sont succédé à ce poste.

«Je suis surpris de voir ça, je ne me rappelle pas qu'on m'ait mentionné cette problématique», a expliqué hier François Legault, qui a dirigé le MEQ de la fin de 1998 jusqu'aux premiers jours de 2002. «Si aujourd'hui on me posait la question, je dirais qu'il n'est pas question de donner un diplôme [d'études secondaires] sans maths ni sciences.»

Le député de Rousseau voit même un paradoxe entre cette pratique et les résultats avantageux des Québécois à des épreuves internationales de maths et de sciences. «Lorsque j'ai modifié le régime pédagogique en 2000, c'était la réforme du primaire qui était en cause, pas celle du secondaire», s'est férocement défendu l'ex-ministre de l'Éducation, rappelant qu'il a toujours prohibé le principe de diplomation à rabais.

«Vous savez, l'éducation est un gros appareil, et l'appareil avait échappé un morceau, explique Sylvain Simard. Est-ce qu'on a un système d'éducation qui est sérieux? Si oui, on applique les exigences que l'on prône, ce que je ferais sans aucune hésitation.»

Hausse des exigences

Refusant de commenter les affirmations de son sous-ministre adjoint et les décisions de ses prédécesseurs, le titulaire actuel de l'Éducation, Pierre Reid, voit une «incohérence» entre les pratiques passées de son ministère, qui a prôné la hausse des exigences de diplomation au secondaire sans jamais les appliquer.

«Il y a sûrement là-dedans une question liée à une technicalité», croit le ministre, qui s'est dit surpris de l'ensemble du dossier. «Je me suis assuré de la qualité de la formation en maths: elle est de bonne qualité. Sauf qu'il y a des éléments d'incohérence qui doivent être résolus.»

Pierre Reid promet que les exigences seront rehaussées, et appliquées. «Absolument. Pour moi c'est indissociable, la sanction va avec le curriculum. C'est un tout cohérent.»

Pour le professeur Claude Lessard, titulaire aux sciences de l'éducation à l'Université de Montréal, cette nouvelle ébranle sérieusement la crédibilité du ministère de l'Éducation, qui carbure à un discours misant sur l'élévation des exigences depuis plusieurs années.

«Il me semble que ça fait 20 ans qu'on dit qu'on va redresser la barre, qu'on va remonter les exigences, et en apprenant des choses comme celles-là, tout ce qu'on fait, c'est alimenter le soupçon populaire à l'égard de l'école publique», a expliqué M. Lessard, qui a appris lui aussi que le MEQ n'appliquait pas le régime pédagogique qu'il édicte lui-même.

Le syndicat des enseignants du primaire et du secondaire voit une «incongruité» dans l'octroi d'un DES qui ne permet pas en soi d'accéder au collégial. «On a toujours demandé au ministère que le DES soit le même pour tout le monde», explique Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ). «Nous sommes d'accord avec le principe de rehausser les exigences, mais il faudra qu'on ajoute les ressources nécessaires», ajoute Mme Fortier.

Pour le réseau collégial, qui a rehaussé ses propres exigences d'admission en 1997, ajoutant la nécessité des maths et des sciences au français, à l'anglais et à l'histoire déjà avalisés par le DES, les pratiques du MEQ dénotent un manque de transparence et de rigueur. «On s'explique mal qu'un étudiant qui a terminé son secondaire puisse ne pas avoir les prérequis pour entrer au collégial, ajoute Caroline Tessier, directrice des communications à la Fédération des cégeps. Nous sommes surpris.»

Seule la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) voit en cette pratique un compromis entre les exigences et le «réalisme», comme l'a expliqué hier Annie Jomphe, conseillère en développement pédagogique à la FCSQ. «Le ministère a mis la pédale douce. Il s'est peut-être aperçu que, s'il appliquait ces exigences tout de suite, ça aurait des conséquences désastreuses sur la réussite», croit Mme Jomphe.
 
 
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