Maternelle 4 ans: la FAE dénonce un deux poids, deux mesures

Le problème ne date pas d’hier, il faut remonter aux années 1980 pour assister à la naissance de classes préscolaires à mi-temps pour les 4 ans.
Photo: iStock Le problème ne date pas d’hier, il faut remonter aux années 1980 pour assister à la naissance de classes préscolaires à mi-temps pour les 4 ans.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), depuis de nombreuses années, on tente d’interpeller les dirigeants politiques sur les problèmes qu’engendrent les deux régimes distincts qui gouvernent les maternelles 4 ans temps complet et demi-temps.

Ces jours-ci à la FAE, on est encore plongé dans une analyse fine de la nouvelle stratégie relative aux services éducatifs offerts aux enfants de 0 à 8 ans, intitulée Tout pour nos enfants. C’est la raison pour laquelle on réserve son jugement pour plus tard. Mais, Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle, déplore qu’à la FAE, on n’ait appris les modalités de cette nouvelle stratégie que quelques heures avant son lancement. Elle salue toutefois la poursuite du déploiement des maternelles 4 ans dans les milieux défavorisés, les TPMD, tout en s’attristant qu’une fois de plus, il ne soit pas question des maternelles à 4 ans demi-temps. « On a des profs et des enfants qui subissent actuellement des doubles standards, et c’est inacceptable », déplore-t-elle.

 

Un peu d’histoire

 

Le problème ne date pas d’hier et il faut remonter aux années 1980 pour assister à la naissance de classes préscolaires à mi-temps pour les 4 ans. Elles étaient à l’époque offertes aux enfants handicapés ou provenant de milieux défavorisés. Et pourquoi avait-on privilégié du mi-temps ? Simplement pour permettre à deux fois plus d’enfants d’en profiter. Il faudra attendre septembre 2014 pour accueillir les premiers enfants des maternelles TPMD.

 

« À l’époque, les écoles [offrant la maternelle 4 ans demi-temps] sont ciblées selon des territoires donnés », précise Nathalie Morel. En profiteront donc les écoles qui accueillent la clientèle la plus défavorisée sur des territoires qui sont déterminés par l’indice des milieux socio-économiques et répertoriés sur des cartes. Chaque école possède une cote de 1 à 10 où 10 représente les plus démunies.

 

En 1997, alors ministre de l’Éducation, Pauline Marois, met en place les fameuses garderies à 5 $ pour les enfants de cinq ans et moins et, en même temps, elle impose un moratoire qui stoppe le financement de nouvelles classes de maternelles 4 ans à demi-temps. « Le moratoire est encore en vigueur, dans le sens où toutes les classes ouvertes en 1997-1998 et qui sont maintenues sont les seules à pouvoir encore profiter d’un financement », explique la vice-présidente. Aujourd’hui, on compte sur le territoire de la FAE — l’île de Montréal et quelques secteurs de la Rive-Nord — une centaine de groupes à mi-temps, soit une cinquantaine d’enseignants. Et dans ces groupes, les manières de faire ne ressemblent aucunement à celles des maternelles TPMD.

 

D’irritantes disparités

 

Même si tout ça est très technique, démêler l’ensemble du dossier est primordial pour la FAE. Par exemple, quand on compare les critères d’inscription, les deux régimes diffèrent : pour les maternelles TPMD, on ne considère pas les écoles en milieu défavorisé, mais bien l’indice de peuplement soit, le fameux code postal. « Pour s’inscrire, il faut que l’enfant habite dans une zone avec un indice de peuplement défavorisé, même s’il provient d’une famille qui ne l’est pas nécessairement », précise Nathalie Morel.

 

Les paramètres entourant les conditions d’apprentissage des enfants autant que les conditions d’exercice des professeurs varient eux aussi. « Pour les demi-temps, les règles ne prévoient que l’enseignant et pas de ressource supplémentaire comme dans les classes à temps plein. » De plus, seuls les enfants du temps plein bénéficient des budgets offerts pour les activités avec les parents. Du côté du régime pédagogique, c’est la même chose : « les profs demi-temps rédigent un bulletin unique alors que, pour le temps plein, il n’y a pas d’évaluation des apprentissages », proteste la vice-présidente.

 

Au fond, ce que suggère la FAE, c’est « qu’on s’assoie et qu’on regarde l’ensemble pour tenter d’uniformiser et de maximiser les deux services pour que tout le monde y trouve son compte, mais sans pertes de services », rappelle Nathalie Morel.

 

Avec le déploiement des maternelles 4 ans à temps plein, les professeurs et les élèves des mi-temps ont été oubliés. « On y croit, aux 4 ans en milieu défavorisé, que ce soit à mi-temps ou à temps plein, c’est de l’intervention précoce qui donne un petit coup de pouce aux enfants. »

 

Sur le terrain

 

Hayat Chatar enseigne depuis cinq ans à l’école Enfant-Soleil, une des écoles les plus pauvres de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois située dans l’ouest de l’île de Montréal. Cette enseignante est à même de comparer les deux régimes, puisqu’elle a d’abord enseigné dans une maternelle TPMD, puis dans une classe mi-temps et, depuis l’an passé, elle est revenue dans une maternelle temps plein.

 

« Je me suis retrouvée avec deux groupes d’enfants, 16 le matin et 16 l’après-midi. C’est très épuisant parce que le temps d’enseignement n’est pas le même », raconte l’enseignante. En effet, comme le groupe d’après-midi profite d’une pause détente, il est difficile de répéter les mêmes activités avec les deux groupes. Ce sont deux planifications différentes.

 

Le but des maternelles 4 ans est de stimuler l’enfant et de le préparer à faire son entrée en maternelle ordinaire. Une demi-année scolaire est-elle suffisante pour y arriver ? « On essaie de leur donner tous les outils pour qu’ils soient préparés. On vit une frustration quand ce n’est pas acquis et on vit un épuisement quand on veut faire plus. L’équité n’est pas là, ils n’ont pas les mêmes chances », déplore la professeure.

 

Pour Hayat Chatar, ce qu’il y a de primordial, c’est le lien. D’abord celui entre elle et les enfants, mais aussi celui que ceux-ci créent entre eux : « Les groupes mi-temps sont en présence de nombreux intervenants dans une journée ; l’enseignante, la ressource complémentaire, le service du dîner et le service de garde. Il y a beaucoup de transition et c’est très déstabilisant pour un enfant de quatre ans », explique-t-elle. Si le modèle n’est pas idéal, l’enseignante affirme qu’il « vaut mieux avoir des mi-temps que rien du tout ».