A-t-on les moyens de nos ambitions?

La stratégie, généreusement intitulée Tout pour nos enfants, promet, d’ici 2022, près de 1,4 milliard de dollars en investissements pour offrir aux 800 000 enfants les mêmes chances de réussir.
Photo: David Afriat Archives Le Devoir La stratégie, généreusement intitulée Tout pour nos enfants, promet, d’ici 2022, près de 1,4 milliard de dollars en investissements pour offrir aux 800 000 enfants les mêmes chances de réussir.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Augmenter le taux de diplomation, rénover les écoles, lutter contre l’analphabétisme… la politique éducative du gouvernement de Philippe Couillard présentée en juin dernier a été généralement bien accueillie. Il y a quelques semaines, le gouvernement faisait un pas de plus avec le dévoilement de la Stratégie relative aux services éducatifs offerts aux enfants de 0 à 8 ans. Elle comporte de nobles objectifs, comme celui de favoriser l’égalité des chances, d’implanter des pratiques pédagogiques de qualité ou encore d’accompagner les parents. De plus, le gouvernement accorde un certain budget pour toutes ces mesures. Mais concrètement, cela suffira-t-il ?

C’est le type même d’annonce qui suscite une foule de questions et donc de nombreuses réactions. Syndicats, groupes de parents, centres de la petite enfance, tous répliquent à la Stratégie relative aux services éducatifs offerts aux enfants de 0 à 8 ans.

 

La stratégie, généreusement intitulée Tout pour nos enfants, promet, d’ici 2022, près de 1,4 milliard de dollars en investissement pour offrir aux 800 000 enfants les mêmes chances de réussir. Pour y arriver, des actions structurantes devraient être réalisées dans les quatre prochaines années, comme le dépistage précoce des facteurs de vulnérabilité et leur prise en charge rapide. On continuera le déploiement des maternelles 4 ans et la consolidation de l’éducation préscolaire. De plus, on promet d’élargir l’accès à la lecture grâce à l’augmentation du nombre de livres disponibles. Et finalement, on affirme que les parents seront dorénavant mieux informés et mieux outillés.

 

Du côté de l’Association québécoise des centres de la petite enfance, l’AQCPE, on voudrait bien savoir comment le gouvernement pourra offrir aux enfants des milieux de garde des services qui permettront l’égalité des chances : « Aujourd’hui, on n’annonce que 350 millions d’argent frais. Il faudra donc attendre de voir où ira cet argent et, surtout, quelle sera la part allouée à la petite enfance pour mesurer la volonté du gouvernement d’agir tôt pour favoriser l’égalité des chances », a déclaré Louis Sénécal, président-directeur général de l’APCPE, à la suite du dépôt de la stratégie.

 

Quelques jours après la présentation de la Stratégie, le Parti québécois y est allé d’une belle promesse qui a réjoui l’AQCPE ; rendre les services de garde gratuits pour les familles à faible revenu. Cette mesure s’inscrit en droite ligne avec la Déclaration pour la reconnaissance du droit de chaque enfant à une éducation de qualité dès la naissance, adoptée lors du Sommet sur l’éducation à la petite enfance tenu à Montréal en mai dernier et qui réunissait 2500 participants. Elle a amorcé la « Grande tournée qualité » qui a mené, l’automne dernier, Louis Sénécal aux quatre coins du Québec afin de discuter avec les citoyens des déterminants de qualité pour les services éducatifs.

 

L’annonce a aussi fait réagir les parents. La Fédération des comités de parents du Québec, la FCPQ, demande depuis près de dix ans qu’un outil puisse permettre aux parents de suivre leurs enfants tout au long de leur scolarisation. Il semble que leur message ait été entendu : « Nous sommes ravis que la stratégie annoncée aujourd’hui par le ministre contienne un outil numérique standardisé pour suivre nos enfants tout au long de leur cheminement scolaire. Un tel outil permettra d’améliorer la continuité des services et aidera les parents dans les suivis à faire d’une année à l’autre. Il s’agit d’une demande de longue date des parents. La FCPQ demande au ministre de l’Éducation que les parents puissent participer à l’élaboration de cet outil », affirme Corinne Payne, présidente de la FCPQ.

 

L’Association des cadres des CPE a, d’entrée de jeu, salué les initiatives du gouvernement. Et comme la Stratégie prévoit la création d’un cycle d’éducation préscolaire regroupant la maternelle 4 et 5 ans et la mise sur pied d’une table de travail, l’organisme s’est montré immédiatement désireux de siéger à cette table afin que l’expertise du réseau des CPE soit reconnue et mise à profit.

 

Pour sa part, le Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage, le ROCLD, se montre prudent : « Toutes ces mesures vont être bénéfiques pour la prochaine génération. Par contre, ce n’est pas une stratégie révolutionnaire de la réussite éducative. Globalement, c’est une bonification de mesures qui existaient déjà. Alors, pourquoi attendre à aujourd’hui pour les bonifier ? La rigueur budgétaire était-elle plus importante que la réussite des jeunes qui ont aujourd’hui 10, 12 voire 15 ans ? Que ferons-nous de ces jeunes ? » a déclaré Mélanie Marsolais, directrice générale du ROCLD.

 

L’avenir

 

Cette Stratégie n’est que la première d’une longue série déjà annoncée dans la Politique de la réussite éducative. On se penchera aussi sur la formation professionnelle, le numérique en éducation, l’alphabétisation, le renforcement des langues, les infrastructures et l’adaptation des services à la diversité des personnes et des besoins, parce que les défis qui attendent le monde de l’éducation sont réels. Dans cette politique, les différents groupes voudront aussi que soient abordés des sujets comme la question des frais scolaires, de l’école obligatoire jusqu’à 18 ans… Et très bientôt, les élections scolaires de novembre prochain feront elles aussi jaser dans les chaumières.