Un sondage «inutile» de la CSDM soulève l’indignation

Une première version du sondage a été envoyée la semaine dernière, le 22 janvier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une première version du sondage a été envoyée la semaine dernière, le 22 janvier.

Une démarche « inutile », une « perte de temps », des questions « incompréhensibles » : un sondage sur la réussite éducative envoyé aux élèves, aux parents et aux employés de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) soulève la controverse.

La commission scolaire dit consulter la communauté en vue d’élaborer une politique de réussite des élèves inspirée de celle du ministère de l’Éducation. Les quinze questions du sondage ont fait sourciller des enseignants et des parents — et même la professeure Claire Durand, de l’Université de Montréal, considérée comme une sommité en matière de sondages.

« Qui a pu faire une affaire pareille ? Il faut vraiment que ce soit quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est un sondage », a réagi la professeure de sociologie, lorsque Le Devoir lui a soumis le questionnaire de la CSDM.

« Ce sondage ne peut être qu’une perte de temps pour le personnel qui l’a conçu et pour ceux qui y répondent. Aucune question n’a du sens. Le problème, ce n’est pas de savoir si le sondage est scientifique ou s’il n’est pas scientifique. Il est inutile ! » a-t-elle ajouté.

Questions évasives

Claire Durand est indignée. Pour elle, la distribution d’un questionnaire comme celui-là n’est pas un geste anodin. La CSDM a dû mobiliser une équipe, faire des réunions, produire le questionnaire et le distribuer, rappelle-t-elle.

Questionnée à ce sujet, la CSDM n’avait pas répondu au Devoir au moment d’écrire ces lignes.

La professeure Claire Durand indique qu’elle ne saurait répondre aux questions du sondage, qui sont en fait des énoncés. Par exemple : « La relation enfant-éducateur, enseignant-élève : la relation est au coeur du développement global de l’enfant et du cheminement scolaire de l’élève. »

Autre exemple : « Milieux de vie : l’école est bien plus qu’un lieu pour instruire, socialiser et qualifier les élèves, et les services de garde éducatifs à l’enfance, bien plus qu’un lieu de garde. Ils sont, pour l’enfant et l’élève, des milieux de vie qui doivent être inclusifs et ouverts à la diversité. »

Fait à noter, le questionnaire est conçu de manière à ce qu’il soit impossible de répondre qu’on est en désaccord avec les affirmations. Les réponses doivent varier entre « peu aidant » et « très aidant » — ou encore « ne s’applique pas, je ne sais pas ».

« Je ne comprends pas leur objectif. De façon évidente, ils ne doivent pas le savoir non plus, dit Claire Durand. C’est une de mes petites batailles personnelles à l’Université de Montréal : je me bats contre l’envoi aux professeurs et aux étudiants de questionnaires mal foutus, qui ne font que déranger les gens inutilement parce qu’ils ne seront jamais utilisés. »

« Un peu gênant »

Une première version du sondage a été envoyée la semaine dernière, le 22 janvier. Des parents s’étaient moqués du questionnaire sur les réseaux sociaux. Le 23 janvier, le document avait disparu du site Web de la CSDM — à cause de l’achalandage sur le site dû à la tempête ayant entraîné la fermeture des écoles, indiquait alors la commission scolaire.

La deuxième version du sondage, diffusée mercredi, est différente de la version originale. Dans les deux cas, les questions sont jugées sévèrement.

« Je trouve ça un peu gênant comme démarche. Les besoins de l’école publique sont criants, mais le sondage semble chercher à valider la stratégie de communication de la CSDM plus qu’à connaître ce qui importe réellement pour les enfants », dit Valérie Lefebvre-Faucher, mère d’un élève de l’école Marie-Favery, dans le quartier Villeray.

5 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 2 février 2018 08 h 40

    Les grosses machines bureaucratiques

    comme la CSDM ou le ministère de l'Éducation, font ce genre de dérapage régulièrement (et pas uniquement au Québec d'ailleurs - souvent ça tient à une certaine culture de la »vogue» du moment ou dans certains pays de la lubie du dernier dictateur, etc..).

    Oh! CSDM. Au lieu de déconner, une simple suggestion: Commencez donc par apprendre aux jeunes qui vous sont confiés 1) A, B, C... jusqu'à Z et comment les combiner pour savoir lire et écrire; 2) 1, 2, 3... et comment les combiner pour savoir compter (et ses variantes) et amusez-vous à jongler avec le reste après.

  • Jean Richard - Abonné 2 février 2018 09 h 30

    J'ai cherché le diable sans le trouver

    J'ai regardé le sondage et je me suis même amusé à y répondre. Ai-je à ce point perdu du temps ? Bof ! Le temps est une ressource renouvelable et qu'importe que les adeptes du libéralisme, néo ou pas, y attribuent une valeur monétaire, comme des actions en bourse.

    D'accord, quand on le décortique, on doit avouer que ce sondage est plutôt mal ficelé. Il vaut mieux y répondre en faisant appel à l'intuition qu'à l'analyse scientifique. C'est un peu comme les sondages de la STM. Mais la maladresse du questionnaire n'est pas à la hauteur de l'indignation qu'on tente de générer. Serait-il possible que cette indignation, ces hauts cris soient surtout le reflet d'un éternel et inutile conflit entre la CSDM et les enseignants ? Il faudrait avoir l'honnêteté de l'avouer si c'est le cas.

    Diaboliser le sondage est un geste encore plus inutile que le sondage lui-même. Croire qu'il « est » (si au moins on avait écrit le verbe au futur) inutile relève du jugement prématuré.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 février 2018 10 h 45

      @ JR Tout à fait d'accord avec votre commentaire.
      Et que sont 5-7 minutes de son temps y pour répondre.?
      Sauf si on ne sait pas lire.!

      Par contre, je soupçonne un "Cheval de Troie" caché dans ce
      sondage. Ce qui est le cas dans presque tous les sondages.

      C'est sur cette «question-réponse» ...que le "sondeur" portera son
      attention afin de bien «la» transmettre à son $demandeur$.

  • Michel Handfield - Abonné 2 février 2018 10 h 53

    Problème de recrutement à la CSDM

    Je la trouve bonne celle-là. Ça fait quelques années que je travaille comme magasinier à temps partiel à la CSDM en plus de faire une revue internet à compte d'auteur, Societas Criticus, car il faut bien travailler un peu. Puis, ayant de fait un bac et une maîtrise en sociologie, ce n'est pas incompatible. Pensons aux sociologues des années 1960 et 70 qui intégraient les milieux de travail par exemple.

    Écrivant sur la société et la culture, étant membre de l'Association des Communicateurs Scientifiques, de l'Association des Critiques de Théâtre du Québec et de Society for Studies if Social Problems, je la trouve drôle celle-là, car j'aurais peut être pu les aider. Pourtant, j'ai appliqué à quelques occasions sur des postes, soit à la direction, soit au communication, sans n'avoir jamais eu une entrevue pour expliquer ce que je pourrais faire. Probablement pas dans le bon domaine, mais si au moins j’avais eu la chance de leur parler de complémentarités possibles.

    Paradoxal quand l'école nous parle du développement des compétences transversales... si les commissions scolaires ne les regardent pas chez leurs employés. Faudrait pourtant donner l'exemple. Sinon, ça sert à quoi les compétences transversales?

    J'aurais des idées me semble. Par exemple, pouquoi pas avoir des livres, dictionnaires et revues électroniques dans nos bibliothèques scolaires, car nos jeunes doivent apprendre qu'un cellulaire ou une tablette ne sert pas qu'à jouer. L'école pourrait leur enseigner cela. Ces ressources pourraient même être accessible de la maison. Suffit d’un petit effort. Aussi, avec le manque de bibliothèques de la ville dans certains quartiers, y aurait-il moyen de développer des partenariats pour que la bibliothèque soit scolaire partagée comme peut l'être un gymnase?

    Autre sujet de partage : pourquoi les organismes d'éducation populaire ne pourrait-il pas utiliser les classes après les heures d'écoles pour donner des formations? Est-ce que ça pourrait même ré

    • Michel Handfield - Abonné 3 février 2018 08 h 57

      Le bout manquant:

      Autre sujet de partage : pourquoi les organismes d'éducation populaire ne pourrait-il pas utiliser les classes après les heures d'écoles pour donner des formations? Est-ce que ça pourrait même régler le contentieux entre la CSDM et ces organismes qui ont une mission complémentaire et un manque de locaux en commun? Il y aurait vraiment plus à penser et faire je crois.

      Voilà ce à quoi pourrait aider un sociologue : trouver de nouvelles pistes.