Des centres d’éducation populaire dénoncent les menaces de la CSDM

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, en 2015
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, en 2015

Des centres d’éducation populaire dénoncent les « menaces » de la CSDM et affirment se résoudre à signer un bail « avec un fusil sur la tempe ».

« On va le signer, votre bail, mais on veut vous témoigner de notre dissidence, on veut dénoncer les conditions de menaces qui nous ont menés à cette signature », a soutenu Nicolas Delisle-L’Heureux, du Carrefour d’éducation populaire de Pointe-Saint-Charles, qui parlait au nom des six centres d’éducation populaire de Montréal, devant les commissaires de la CSDM réunis en conseil mercredi soir.

On va le signer, votre bail, mais on veut vous témoigner de notre dissidence


Après les coupes, les menaces d’expulsion et une hausse de loyer qui menace la survie même des centres d’éducation populaire, hébergés dans des bâtiments appartenant à la CSDM, l’homme affirme que les directions des centres d’éducation populaire sont sur le qui-vive depuis près de cinq ans, vivant dans la crainte constante de devoir fermer leurs portes.


Depuis peu, les centres d’éducation populaire étaient en « mode solution » avec la CSDM, rappelle M. Deslile-L’Heureux. « On s’est prêté à des négociations de bonne foi, mais hop, en décembre, on a reçu une lettre nous exhortant à signer le bail avant le 31 janvier, sous peine d’être expulsé au 31 mai 2018. On aurait pu cheminer main dans la main, mais non, vous utilisez la menace, la preuve en étant la façon dont vous avez traité notre bail. »

Son collègue du Comité d’éducation aux adultes de la Petite-Bourgogne et Saint-Henri, Bernard Bohmert, est allé encore plus loin. « On signe ce bail, votre bail, avec un fusil sur la tempe, a-t-il affirmé haut et fort devant les commissaires. Nous signons, même si cela signifie notre mort. En fait, nous savons déjà la date de notre mort. »

Réponse de la présidente

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, a reconnu que « la teneur des propos d’une des phrases » dans la lettre envoyée à ses locataires était considérée comme un événement « très malheureux ». Mais jamais elle ne s’est excusée, allant jusqu’à accuser les centres d’éducation populaire d’ingratitude.

« Depuis six ans, nous sommes en collaboration parce que nous croyons à votre mission. Nous avons pris des sous de notre budget pour vous soutenir. Et je veux rappeler que le bail qui est sur la table prévoit une gratuité pour les cinq premières années. Alors, j’ai vraiment de la misère à comprendre comment vous pouvez venir ici et nous dire que nous ne considérons pas votre mission. »

Malgré toute la charge négative des messages véhiculés par les centres d’éducation populaire mercredi soir, Catherine Harel Bourdon a soutenu que ces interventions étaient en soi « une bonne nouvelle », puisque la signature du bail semble enfin chose faite.

Fermetures évoquées

En entrevue au Devoir, les deux représentants des centres d’éducation populaire ont déploré de ne pas avoir eu de droit de réplique, affirmant que la gratuité évoquée par la présidente n’en est pas tout à fait une, puisque dès l’an prochain, ils devront payer les frais inhérents au bâtiment, qui peuvent représenter une bonne part du maigre budget de ces organismes.

« Le travail continue pour trouver des fonds, sans quoi on va devoir couper dans nos activités, et certains devront inévitablement fermer leurs portes. »