Suppléants non qualifiés: un nombre minime, selon Proulx

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, affirme que le recours aux suppléants non qualifiés est minime en proportion du nombre d’enseignants au Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, affirme que le recours aux suppléants non qualifiés est minime en proportion du nombre d’enseignants au Québec.

L’embauche de suppléants non légalement qualifiés n’est pas « souhaitable », mais reste négligeable, malgré la pénurie d’enseignants qui frappe plusieurs commissions scolaires, estime le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

 

Le ministre mise sur les embauches — il en promet 1000 de plus pour la prochaine année — pour venir à bout du recrutement de suppléants qui ne détiennent pas un brevet d’enseignement.

 

« On est préoccupés, mais ça reste une proportion minime par rapport aux 100 000 enseignants au Québec, a dit le ministre Proulx au Devoir. La solution, c’est de former davantage d’enseignants, et c’est ce qu’on fait : on embauche en éducation. »

 

Le ministre de l’Éducation réagissait à la stratégie de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui a publié le mois dernier une annonce visant explicitement à recruter des suppléants « non légalement qualifiés », pour des « suppléances occasionnelles de moins de cinq jours ».

 

Aux prises avec une pénurie persistante d’enseignants, la plus grande commission scolaire du Québec estime qu’il s’agit d’une solution de dernier recours pour éviter que des classes se retrouvent « orphelines », sans titulaire. Cette solution n’est pas idéale, reconnaît le ministre, mais elle reste tout à fait légale.

 

« Le règlement sur les autorisations d’enseigner prévoit que le suppléant occasionnel n’est pas visé par l’obligation de qualification légale », indique Bryan St-Louis, responsable des relations de presse au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

 

« Il faut dire que les suppléants occasionnels n’ont pas la responsabilité d’un groupe-classe, et ce n’est pas ça l’objectif », précise le ministre Proulx.

 

La valeur d’une formation

 

Il faut officiellement détenir un brevet d’enseignement pour être titulaire d’une classe de niveau préscolaire, primaire ou secondaire. Pour avoir le brevet, il faut détenir un baccalauréat nécessitant quatre années d’études universitaires — ou encore faire une « maîtrise qualifiante » de 60 crédits, pour les aspirants professeurs détenant déjà un diplôme universitaire dans une matière autre que l’enseignement.

 

Le Ministère a permis l’embauche de suppléants non légalement qualifiés, sur une base occasionnelle, pour éviter que des classes se retrouvent sans enseignant.

 

Dans les facultés d’éducation, on s’inquiète des effets de cette politique sur la qualité de l’enseignement. Aussi, en ouvrant la porte au travail de suppléants non légalement qualifiés, on enlève de la valeur à la formation obligatoire en éducation, estime Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

 

« C’est comme si on considérait que n’importe qui peut enseigner. Imaginez quelqu’un qui dirait : je peux travailler comme cuisinier parce que je connais les aliments ! » a-t-elle dit au Devoir cette semaine.

 

« C’est vraiment manquer de respect aux enseignants et à la formation qui est donnée. S’il y a une profession qui est exigeante, c’est celle-là ! Ça prend des enseignants dûment formés. »

 

Des compétences

 

Les commissions scolaires qui embauchent des suppléants non légalement qualifiés doivent « s’assurer que les personnes engagées possèdent les compétences appropriées », précise le MEES. La CSDM, par exemple, exige que ces suppléants détiennent un diplôme universitaire et passent une entrevue, ainsi qu’une vérification de leurs antécédents judiciaires.

 

Pour des embauches à plus long terme d’enseignants non légalement qualifiés, les commissions scolaires doivent demander la permission du MEES. La « tolérance d’engagement », valide pour une année, vise à permettre le recrutement de candidats non légalement qualifiés pour des postes que les commissions scolaires ne parviennent pas à pourvoir.

 

Un autre type d’autorisation du ministère est requis pour embaucher des étudiants en éducation qui n’ont pas terminé leurs études.

 

Le ministre Proulx indique qu’il a signé moins de 1000 tolérances d’engagement dans la dernière année, et 6350 autorisations d’enseigner à des étudiants en éducation — sur un total de 100 000 enseignants, du préscolaire au secondaire.

  • Antoine Caron - Abonné 25 janvier 2018 14 h 09

    Pourquoi une telle pénurie?

    Avant tout, il semblerait judicieux de se demander pourquoi il y a pénurie... Est-ce que la dégradation des conditions de travail des enseignants serait une piste? Il y a certainement là matière à réflexion...