Baccalauréat: le Québec accuse du retard sur le ROC

Les Québécois représentent 23,3 % de la population canadienne, mais ils ne représentent que 22 % des diplômés.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Les Québécois représentent 23,3 % de la population canadienne, mais ils ne représentent que 22 % des diplômés.

Le taux de diplomation universitaire est beaucoup plus faible au Québec qu’ailleurs au pays et l’écart ne cesse de s’accroître, soutiennent des chercheurs du CIRANO dans un nouvel ouvrage, Le Québec économique. Éducation et capital humain. Ils attribuent cette situation à la « très forte sous-performance » des francophones et à un cheminement ralenti par l’obligation d’aller au cégep.

 

« Contrairement aux attentes, on constate une sous-représentation de la diplomation québécoise dans l’ensemble de la diplomation canadienne pour la période 2001-2012 », écrivent Robert Lacroix, ancien recteur de l’Université de Montréal, et Louis Maheu, ancien professeur de ce même établissement, dans un chapitre consacré à la diplomation universitaire.

 

Les Québécois représentent 23,3 % de la population canadienne, mais ils ne représentent que 22 % des diplômés. À titre comparatif, l’Ontario, qui est « la province dominante en diplomation universitaire », forme 44,7 % des diplômés universitaires au Canada, alors que sa population constitue 38,5 % du total canadien.

 

Les auteurs ajoutent que « la forte croissance de l’écart entre les taux de diplomation au baccalauréat de l’Ontario, du Canada et du Québec est frappante » et ils tentent, pendant près d’une trentaine de pages, d’expliquer cette « dégradation graduelle » du système universitaire québécois.

 

Robert Lacroix et Louis Maheu évoquent « un effet collatéral et non anticipé de la structure même du système d’éducation postsecondaire particulier au Québec », rappelant qu’ailleurs au Canada, les jeunes passent directement du secondaire à l’université.

 

« Bon nombre des diplômés des études pré-universitaires collégiales sortent du cégep à un âge plus avancé que prévu et, pour certains, déjà passablement endettés, ayant eu accès au régime de prêts et bourses du gouvernement québécois. Ils décident donc de remettre leurs études universitaires à plus tard ou de les poursuivre le soir tout en travaillant le jour. »

 

Un problème francophone

 

Selon cette étude, la piètre performance du Québec à l’échelle canadienne « découle essentiellement de la faible diplomation des francophones » au baccalauréat. Et si le Québec performe mieux aux études supérieures (maîtrise et doctorat), c’est « dû à la surreprésentation des diplômés […] de langue maternelle anglaise et d’autres langues maternelles dans le total des diplômés du Québec ».

 

Pour en arriver à cette conclusion, les auteurs ont mis en comparaison le taux de diplomation des francophones, celui des anglophones et celui des allophones du Québec par rapport à leur poids démographique. « La sous-représentation des diplômés de langue maternelle française, présente au niveau du baccalauréat, est encore plus marquée à la maîtrise et devient dramatiquement forte au doctorat. »

 

Pourtant, les anglophones vont eux aussi au cégep, reconnaissent les auteurs. Ils expliquent la différence de performance par des « facteurs culturels » liés à une longue tradition de valorisation des études supérieures chez les anglophones.

 

Enfin, ils notent que les francophones sont davantage attirés par les formations universitaires plus courtes, comme les certificats et les attestations « qui peuvent avoir une certaine valeur et desservir certains segments du marché du travail, [mais qui] ne procurent toutefois pas la formation disciplinaire complète que fournit le baccalauréat ».

 

Gagnants et perdants

 

Reconnaissant que la commission Parent a permis une réelle démocratisation de l’enseignement supérieur au Québec depuis 50 ans, les auteurs remettent toutefois en cause son héritage. « Force est de reconnaître, pourtant, que l’essentiel est ailleurs : il ne faut pas seulement accéder à l’université, mais aussi en sortir en ayant acquis un grade universitaire en bonne et due forme […] Les grands gagnants au Québec sont les allophones et les anglophones », écrivent-ils.

 

« Cinquante ans après les réformes de la commission Parent, essentiellement mises en place par et pour les francophones, leurs répercussions effectives en ce qui a trait spécifiquement à la scolarisation universitaire des Québécois francophones demeurent pour le moins ambiguës, voire décevantes quant à l’acquisition des compétences que livrent les grades universitaires du baccalauréat au doctorat. »

  • Jean Richard - Abonné 24 janvier 2018 09 h 12

    Prudence avec les grands titres

    « Baccalauréat : le Québec accuse du retard sur le ROC » – Ainsi lancé, ce grand titre peut facilement porter à confusion et livrer une information au taux de distorsion plutôt élevé. Ainsi, quand on lit l'article jusqu'au bout, on finit par croire que le français est une tare pour le Québec et qu'il faudra bien un jour s'en débarrasser.

    « Le Québec économique. Éducation et capital humain » – Ça, c'est le titre de l'étude du groupe de chercheurs. Il y a un petit mot qui devrait attirer l'attention : capital. Serions-nous en présence d'une forme de capitalisme où même l'humain doit être perçu comme un capital ? Poser la question, c'est un peu y répondre. Et une autre question s'amène : c'est quoi le CIRANO ? Un groupe de chercheurs universitaires ? Oui. Un groupe de scientifiques ? Non ! Pourquoi non ? Parce que la science et l'idéologie ne font pas bon ménage. Et le CIRANO, comme son cousin l'IEDM, s'est discrètement donné comme mission d'influencer l'opinion, l'opinion politique surtout, et on sait qu'il navigue bien à droite de l'échiquier.

    Accuser les francophones de maintenir le Québec en retard sur le ROC, ce n'est pas très fort comme analyse. Évidemment, si l'être humain n'est qu'un capital et l'éducation un marché boursier, il peut devenir tentant d'influencer les politiciens pour qu'on en finisse avec cette langue et qu'on s'aligne sur le ROC. Rappelez-vous l'improvisation du PLQ quand il a voulu instaurer l'urgence de plonger les élèves de 6e année du primaire dans un bain 100 % anglophone...

    • Pierre Robineault - Abonné 24 janvier 2018 12 h 34

      Je partage entièrement votre avis.
      À quand une enquête comparative sérieuse mais cette fois-là à propos taux de chômage chez les diplômés universitaires.
      Et quel est ce motif particulier de comparer constamment le Québec avec le ROC plutôt qu'entre les provinces?

    • Patricia Posadas - Abonnée 25 janvier 2018 07 h 26

      Le capital humain! Nous voilà devenus cheptel au même titre que les poules et les cochons. Quand serons-nous abattus en série et transformés en fast food?

  • René Pigeon - Abonné 24 janvier 2018 09 h 30

    Trouver une occupation pouvant justifier de persévérer et de se spécialiser ; surqualification des diplômés

    MM Lacroix et Maheu affirment : "« Force est de reconnaître que l’essentiel est ailleurs : il ne faut pas seulement accéder à l’université, mais aussi en sortir en ayant acquis un grade universitaire en bonne et due forme […] Les grands gagnants au Québec sont les allophones et les anglophones »".
    Cette affirmation est juste mais incomplète ; elle énonce deux facteurs mais néglige le dernier facteur de valeur qui anime l’étudiant. MM Lacroix et Maheu énonce les facteurs Accéder et Compléter mais font comme si le dernier facteur – Trouver une occupation pouvant justifier de persévérer et de se spécialiser – va de soi. La spécialisation est un avantage mais aussi un risque dans un monde donnant priorité aux compétences.

    Les auteurs fournissent involontairement une explication : "Les grands gagnants au Québec sont les allophones et les anglophones". Ceux-ci, de même que les Ontariens, sont plus confiants de Trouver une occupation pouvant justifier de persévérer et de se spécialiser que les francophones qui se demandent, à tort ou à raison, s’ils ne seront pas surqualifiés.

    Les études menées au Québec (et relatées dans Le Devoir) sur la surqualification des diplômés confirment l’importance d’inclure les attentes envers les débouchés qui suivent la formation universitaire.

    • Antoine Caron - Abonné 24 janvier 2018 17 h 55

      Je partage votre avis. Déjà, pourquoi ne compare-t-on pas le nombre de diplômés techniques au collégial avec le ROC ou l'Ontario? Peut-être que simplement, pour une raison ou une autre, un pourcentage un peu plus élevé de québécois préfèrent choisir un diplôme technique... qui risque de leur donner plus facilement un emploi. On repassera sur le salut universitaire!

  • Claude Poulin - Abonné 24 janvier 2018 09 h 42

    Mise à jour du rôle des cégeps

    Extrait d'une lettre publiée dans Le Soleil, 31/08/16: "On devrait savoir que pour arriver à transmettre la culture humaniste que nous souhaitons, il y a d'autres voies tout aussi prometteuses. Il faut aller voir ailleurs! L'exemple des cégeps anglophones qui appliquent la règle de la pluridisciplinarité est inspirant. En somme, je crois que nos institutions collégiales ont besoin d'une véritable mise à jour de leur mission. La société québécoise connaît une mutation culturelle et technologique qui impose plus que jamais un tel exercice. La création d'une commission d'étude (oui! Une autre commission) m'apparaît donc souhaitable. Elle aurait comme objet d'examiner l'état des besoins et de recommander les moyens d'une nouvelle vocation pour nos cégeps. Avec une mission plus conforme aux exigences de notre société en devenir.

  • Gilles Bonin - Abonné 24 janvier 2018 10 h 07

    Cursus trop long...

    Cursus inutilement trop long au Québec? Ou baccalauréat à rabais dans le reste du Canada?

    • Jean Richard - Abonné 24 janvier 2018 12 h 23

      Et sans doute que le ROC forme un nombre particulièrement élevé de bacheliers unilingues...

  • Claude Poulin - Abonné 24 janvier 2018 10 h 35

    Revoir la mission des cégeps

    Extrait d’une lettre que j'ai signée sur ce difficile sujet: (https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/mettre-a-jour-la-mission-des-cegeps-83ab4429ce46cb4ba81b2baed5c915ad): “On devrait savoir que pour arriver à transmettre la culture humaniste que nous souhaitons, il y a d'autres voies tout aussi prometteuses. Il faut aller voir ailleurs! L'exemple des cégeps anglophones qui appliquent la règle de la pluridisciplinarité est inspirant. En somme, je crois que nos institutions collégiales ont besoin d'une véritable mise à jour de leur mission. La société québécoise connaît une mutation culturelle et technologique qui impose plus que jamais un tel exercice. La création d'une commission d'étude (oui! Une autre commission) m'apparaît donc souhaitable. Elle aurait comme objet d'examiner l'état des besoins et de recommander les moyens d'une nouvelle vocation pour nos cégeps. Avec une mission plus conforme aux exigences de notre société en devenir ».