Les étudiants à temps partiel plombent les finances des cégeps

Tous estiment qu’il faut profiter de l’occasion pour rehausser le financement général des cégeps qui ont été durement touchés par les compressions des dernières années.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Tous estiment qu’il faut profiter de l’occasion pour rehausser le financement général des cégeps qui ont été durement touchés par les compressions des dernières années.

La nouvelle tendance des cégépiens à prendre plus de temps qu’auparavant pour terminer leurs études entraîne une perte financière pour les cégeps. C’est pourquoi ces institutions collégiales plaident pour une révision du modèle de financement à Québec.

Depuis le début des années 1990, le gouvernement finance les cégeps sur une base annuelle en tenant compte d’un calcul très complexe, qui s’applique uniformément, sans tenir compte des particularités de chaque cégep et de leurs étudiants.

« Cette approche a semblé satisfaire à la fois les cégeps et le ministère durant les deux premières décennies [mais] cela ne semble plus le cas », reconnaît dans un document de consultation le comité d’experts qui a été mandaté par Québec pour revoir les règles de financement des cégeps.

Ce comité procède actuellement à des rencontres avec divers acteurs du réseau collégial. Et l’un des éléments problématiques relevés par plusieurs groupes, dont la Fédération des cégeps, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), c’est le fait que le financement n’est pas attribué selon le nombre d’élèves, mais en fonction du nombre de cours qu’ils suivent sur une session et du programme dans lequel ils évoluent. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon, le PES (période/étudiant/semaine).

Décalage

Cette méthode de calcul entraîne un « décalage entre les ressources financières octroyées et les besoins grandissants [des étudiants] », écrit la Fédération des cégeps dans son mémoire présenté mardi.

« Une raison permettant d’expliquer ce décalage relève du cheminement scolaire qu’adoptent les étudiants. Depuis plusieurs années, les collèges notent une tendance dans le cursus des étudiants : le nombre de cours suivis par étudiant par session est en diminution constante [et] de plus en plus d’étudiants étalent leurs études sur une plus longue période.

« La conséquence pour les cégeps est que, pour un nombre d’étudiants déterminé, les établissements reçoivent un niveau de financement réduit. »

Or, ce n’est pas parce qu’un étudiant suit moins de cours qu’il a moins de besoins qu’un autre, plaide le président de la Fédération, Bernard Tremblay.

« Par exemple, si j’ai 6000 étudiants dans mon cégep, mais qu’ils suivent moins de cours, je vais être financé disons pour l’équivalent de 5800 élèves. Mais j’ai quand même 6000 étudiants qui vont consommer les services de la cafétéria, de la bibliothèque, des laboratoires, les services d’aide en maths ou en français, les services d’orientation, etc. »

La CSQ abonde dans le même sens. « Nous n’avons qu’à penser aux services de soutien psychosocial : l’intensité des problèmes et des besoins d’un étudiant n’est pas proportionnelle à son nombre de cours. Souvent, même, on constate le contraire », peut-on lire dans le mémoire présenté au comité plus tôt cette semaine.

Diversité

La CSN, qui représente la majorité du personnel de soutien et des enseignants de cégep, rappelle également que la formule actuelle « ne tient pas compte des caractéristiques des étudiants ».

Sur ce point, la Fédération des cégeps est d’accord avec le syndicat. « Il y a 30 ans, quand le modèle de financement a été pensé, tous les étudiants se ressemblaient », affirme Bernard Tremblay.

« Aujourd’hui, on a une clientèle très diversifiée issue de milieux socioéconomiques différents. On a des étudiants internationaux, des étudiants autochtones et en situation de handicap, qu’il faut mieux intégrer. Pourrait-on considérer davantage les caractéristiques des étudiants dans le financement de nos cégeps ? »

Tous estiment qu’il faut profiter de l’occasion pour rehausser le financement général des cégeps qui ont été durement touchés par les compressions des dernières années.

Les attentes sont visiblement très grandes. Mais un bémol vient refroidir les ardeurs de certains : le comité doit rendre son rapport en octobre prochain, soit au moment des élections.

« Je suis un peu pessimiste, mais on espère vraiment que la formule de financement va changer », conclut la présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ), Lucie Piché.