Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Les écoles publiques cherchent des «amis»

    La CSDM, géant mal aimé, se démène dans l’indifférence générale

    23 décembre 2017 |Marco Fortier | Éducation
    La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, a refusé de se soumettre aux coupes décrétées par le gouvernement Couillard au nom de la «rigueur budgétaire».
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, a refusé de se soumettre aux coupes décrétées par le gouvernement Couillard au nom de la «rigueur budgétaire».

    C’est une mauvaise nouvelle pour ceux qui croient à l’école publique. La plus grande commission scolaire du Québec, une machine de 1 milliard de dollars qui gère près de 200 écoles, est à bout de souffle. Ce géant mal aimé se démène dans l’indifférence générale, tandis que les écoles privées semblent plus attrayantes que jamais.

     

    L’année 2017 a pris fin comme elle avait commencé à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) : dans les protestations d’enseignantes épuisées, sur fond d’écoles qui débordent et d’immeubles décrépits, parfois contaminés aux moisissures.

     

    Parlant de moisissures, une image vaut mille mots : le siège social de la CSDM, au 3737 rue Sherbrooke Est, est une zone sinistrée. Le bâtiment est si mal en point, infesté de champignons, que la Direction de santé publique a conclu que des travaux urgents s’imposent pour préserver la santé des 766 employés. Une aile de l’immeuble a été scellée et le système de ventilation a été fermé pour éviter la contamination de tout le bâtiment.

     

    La commission scolaire est forcée de déménager son siège social, temporairement ou à long terme. La facture s’annonce salée : entre 138 millions et plus de 200 millions, selon divers scénarios. « L’équivalent de 14 nouvelles écoles primaires », a souligné cette semaine au Devoir le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

     

    Le gouvernement ne mettra pas un sou dans le nouveau siège social de la CSDM. « Le ministre Proulx a fait le choix de construire des écoles pour les élèves plutôt que de construire des centres administratifs », a précisé son cabinet.

     

    Si la commission scolaire attendait un cadeau de Noël, elle a été déçue. À moins d’un an des élections provinciales, le ton monte à Québec envers les commissions scolaires, encore plus ce monstre administratif qu’est la CSDM.

     

    Les passes d’armes entre Québec et la CSDM ne datent pas d’hier : il y a trois ans, le ministre de l’Éducation de l’époque, Yves Bolduc — vous vous souvenez, celui qui trouvait qu’il « n’y a pas un enfant qui va mourir de ça » si les bibliothèques scolaires achètent moins de livres —, ce ministre de l’Éducation, donc, avait menacé de mettre la CSDM sous tutelle. Il parlait même d’amputer la CSDM du tiers de ses élèves pour les confier aux deux commissions scolaires voisines.

     

    Un système moribond

     

    La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, refusait de se soumettre aux coupes décrétées par le gouvernement Couillard au nom de la « rigueur budgétaire ». Elle avait dû plier et faire le ménage dans ses frais de gestion. Près d’un poste sur cinq a été aboli dans les services administratifs.

     

    Depuis, la pauvre CSDM a perdu tout rapport de force face à Québec. En fait, les commissions scolaires luttent une fois de plus pour leur survie. Le gouvernement Couillard a songé à les abolir avant de changer d’idée pour une raison principale : la communauté anglophone tient à gérer ses écoles, un droit garanti par la Charte canadienne des droits et libertés.

     

    Le gouvernement n’est pas devenu pour autant l’ami des commissions scolaires. Plusieurs acteurs du réseau de l’éducation croient que le ministre Proulx laisse les commissions scolaires vivoter jusqu’à ce qu’elles perdent tout appui dans le public. On peut parier qu’il n’y aurait pas grand-monde aux funérailles de ces créatures mal aimées. En fait, les commissions scolaires ont beau jouer un rôle crucial, elles n’ont pas beaucoup d’amis.

     

    La Fédération des commissions scolaires réclame des mesures pour stimuler la démocratie scolaire moribonde, mais le gouvernement écoute d’une oreille distraite. Le ministre Proulx a déjà réfléchi à voix haute à reporter les élections scolaires, prévues le 4 novembre 2018. Tout le monde s’attend à ce qu’il les reporte bel et bien. Les commissions scolaires elles-mêmes réclament le report de ce scrutin, prévu à peine un mois après les élections provinciales.

     

    De l’avis général, le taux de participation (4,85 % au dernier scrutin scolaire) devient franchement gênant et donne raison à ceux qui disent que le statu quo est impensable. Mais le report des élections scolaires mènerait sans doute à une nouvelle prolongation de trois ans du mandat des commissaires, normalement prévu pour quatre ans. C’est le jour de la marmotte : le dernier scrutin scolaire, prévu en 2011, avait été reporté à 2014.

     

    Des casse-tête

     

    L’équipe dirigeante de la CSDM risque de trouver le temps long si son mandat est prolongé à sept ans. Bien sûr, tout n’est pas noir dans les écoles montréalaises. La vaste majorité des élèves réussissent bien, dans des écoles saines où il fait bon apprendre. Mais les dossiers chauds s’accumulent sur le bureau de la présidente sans que les soi-disant « partenaires » de la CSDM viennent à la rescousse. Et ce n’est pas la CSDM qui souffre, mais toute la société — surtout les plus vulnérables.

     

    Catherine Harel Bourdon clame sur tous les toits qu’elle dirige une commission scolaire hors normes, forcée de relever des défis inconnus ailleurs. L’automne qui s’achève lui a donné raison : entre la rentrée scolaire et le congé de Noël, pas moins de 1000 élèves sont venus frapper à la porte de la CSDM pour trouver une place en classe d’accueil.

     

    Vous avez bien lu : 1000 élèves venus d’ailleurs, qui ne parlent pas français, sont venus s’ajouter de façon imprévue aux écoles déjà surpeuplées. La commission scolaire prévoit d’ajouter 100 classes dans des bâtiments préfabriqués qui seront construits dans les cours de récréation.

     

    La gestion des immeubles de la CSDM devient un véritable casse-tête — et casse-gueule pour les gestionnaires. On le disait, la CSDM a désespérément besoin d’amis, mais parvient difficilement à susciter la sympathie. Certains croient qu’elle est plus habile pour se faire des ennemis.

     

    Devant l’explosion du nombre d’élèves, la commission scolaire doit reprendre d’anciennes écoles qu’elle louait depuis des décennies à des groupes communautaires. Tout le monde comprend que la CSDM doit d’abord et avant tout trouver des classes pour ses élèves, mais ses méthodes font des mécontents.

    Je ne sais pas comment ils travaillent à la CSDM. Je ne sais pas quelle est leur vision. Ils pensent à eux et c’est tout.
    Lise Bélisle, directrice du CPE populaire Saint-Michel
     

    Appels à l’aide

     

    « C’est vraiment une farce, travailler avec la CSDM », dit sans détour Lise Bélisle, directrice du CPE populaire Saint-Michel. Elle a appris par Le Devoir et d’autres sources communautaires que la CSDM s’apprêtait à lancer le processus visant à vendre le local que le CPE loue depuis quatre décennies à la commission scolaire.

     

    « Je ne sais pas comment ils travaillent à la CSDM. Je ne sais pas quelle est leur vision. Ils pensent à eux et c’est tout, dit en soupirant Lise Bélisle. Ça faisait leur affaire que les groupes communautaires occupent leurs vieux bâtiments désaffectés. Sans nous, leurs immeubles se seraient dégradés. Ce bâtiment-là ne leur coûte rien. On a calculé que le loyer qu’on paye, même sous la valeur marchande, couvre tous les frais de chauffage et d’entretien. »

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lise Bélisle a appris que la CSDM s’apprêtait à lancer le processus visant à vendre le local que le CPE populaire Saint-Michel loue depuis quatre décennies.
     

    Jeunesse au Soleil, véritable institution montréalaise qui vient en aide aux démunis depuis un demi-siècle, a aussi goûté à la médecine de la CSDM. L’organisme négociait depuis des mois l’achat du bâtiment de la rue Saint-Urbain, mais a appris avec stupéfaction que la commission scolaire voulait plutôt reprendre le bâtiment pour aménager des classes.

     

    Catherine Harel Bourdon répète qu’elle et son équipe mettent tout en oeuvre pour aider les organismes à trouver un nouveau toit, mais que la CSDM a besoin d’aide de ses « partenaires » au gouvernement et à la Ville de Montréal.

     

    Ses appels à l’aide sont restés lettre morte à ce jour. L’ancien maire Denis Coderre proposait même de retirer à la commission scolaire la gestion des immeubles : il voulait s’en occuper lui-même ! Les ministères de l’Éducation et de la Famille sont aussi restés sourds jusqu’à maintenant aux S.O.S. des groupes communautaires, dont des CPE, qui vont perdre leurs locaux. Dans le milieu communautaire et de l’éducation, on constate que ces politiques affaiblissent non seulement le réseau d’écoles publiques, mais aussi les CPE et les groupes qui aident les pauvres et les sans-voix. Une question revient sans cesse : l’éducation est-elle vraiment une priorité au Québec ?













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.