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    Employabilité

    Faire le grand saut vers l’entreprise privée

    2 décembre 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Éducation
    Les offres d’emploi au sein de l’université étant réduites, les étudiants-chercheurs se tournent donc dorénavant vers le secteur privé.
    Photo: iStock Les offres d’emploi au sein de l’université étant réduites, les étudiants-chercheurs se tournent donc dorénavant vers le secteur privé.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Il est très ardu, lorsque l’on a passé vingt-cinq ans, et parfois plus, dans le système scolaire puis universitaire, de sortir de ce milieu pour entrer sur le marché du travail. C’est pourtant ce que doivent faire de plus en plus de diplômés au doctorat ou en post-doctorat, faute de débouchés suffisants dans les laboratoires des universités.


    « Il y a souvent un décalage entre ce que le doctorant a développé durant ses dernières années à l’université, une technologie, un savoir-faire, et ce que l’entreprise va être prête à adopter », explique Xavier-Henri Hervé, directeur exécutif et cofondateur de District 3, le centre d’innovation de l’Université Concordia, jeune pousse destinée à outiller les étudiants des cycles supérieurs pour les mener vers l’entrepreneuriat.

     

    « Ils sont motivés par la valeur ajoutée du savoir qu’ils ont généré pendant leurs années de recherche, ajoute-t-il. Or l’entreprise, elle, est séduite par leur formation, leurs acquis, mais elle ne souhaite pas forcément leur permettre de poursuivre leurs travaux de recherche, voire de les mettre en marché. De là découle une véritable frustration. »

     

    Une situation qui n’est pas nouvelle, M. Hervé rappelant comment, en 1987, lui et ses jeunes collègues avaient travaillé pendant plusieurs années au développement de microprocesseurs… à une époque où l’industrie ne s’y intéressait pas.

     

    « Nous étions des super ingénieurs, nous avions donc des occasions d’emploi, raconte-t-il. Nous avions alors le choix d’intégrer une grande entreprise en laissant tomber les microprocesseurs sur lesquels nous avions travaillé avec passion pendant des années, ou alors de monter notre jeune pousse. Nous avons opté pour la deuxième solution. L’entreprise n’existe plus aujourd’hui, mais elle a joué un véritable rôle dans l’industrie pendant une vingtaine d’années. Le problème des doctorants, c’est qu’ils sont très souvent en avance sur leur temps. »

     

    Une vie en dehors de l’université

     

    Le financement de la recherche publique étant ce qu’il est devenu, les possibilités de demeurer au sein du milieu universitaire sont de plus en plus réduites. De nombreux étudiants-chercheurs doivent donc dorénavant sortir du milieu universitaire, même si cela n’est pas leur premier choix. Deux grandes avenues s’offrent alors à eux : intégrer le laboratoire d’une grande entreprise ou monter leur propre entreprise.

     

    District 3 est là pour épauler ceux qui s’aventurent sur la deuxième voie. Ici, des étudiants, des professeurs et des diplômés de Concordia, toutes disciplines confondues, travaillent ensemble à transformer des idées audacieuses en retombées concrètes et positives pour la société. La semaine dernière, le centre d’innovation organisait même une grande journée d’ateliers destinée à explorer les divers cheminements de carrière. Les fonds de recherche du Québec étaient également de la partie afin de présenter les programmes d’entrepreneuriat et de financement disponibles, et d’évaluer les possibilités de s’associer avec des chefs de file de l’industrie pour commercialiser la recherche scientifique.

     

    « Il faut expliquer aux doctorants qu’il y a une vie ailleurs, dans le privé, au gouvernement, dans les OBNL », souligne le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, en entrevue au Devoir. C’est lui qui a prononcé le discours de clôture lors des ateliers.

     

    « Il faudrait également que les universités s’adaptent, ajoute-t-il. Qu’elles proposent des formations plus transversales. Un étudiant qui a un doctorat en biochimie ou en philo devrait avoir eu l’occasion d’acquérir des notions d’économie et de gestion, par exemple. Il serait ainsi mieux outillé pour faire face aux défis du milieu du travail. »

     

    Gagner en confiance

     

    M. Quirion note par ailleurs que les directeurs de thèse de ces étudiants ne sont pas des modèles, eux qui ont fait toute leur carrière à l’université et qui ont de la difficulté à imaginer comment cela se passe ailleurs. Un changement de mentalité est nécessaire, selon lui.

     

    Tout comme du côté des entreprises, qui se méfient de ces profils. « C’est encore vrai pour les petites et les moyennes entreprises, précise le scientifique en chef. Ces dernières redoutent de perdre leur temps à former une recrue à leurs besoins avant de la voir partir, faute d’avoir des défis assez grands à lui proposer. »

     

    « Il faut bien réaliser que nous parlons de gens qui sont passionnés et persuadés d’avoir entre les mains un concept susceptible de faire avancer la société, ajoute Xavier-Henri Hervé. Ils sont souvent très intelligents et ont besoin de défis à la hauteur. Lancer leur propre entreprise en est un. Si on les y accompagne, s’ils gagnent en confiance et qu’ils parviennent à passer de l’idée à l’impact, c’est toute la société qui sort gagnante. »













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