Dégel, côté cour...
Photo : Jacques Grenier
Leur cri d'alarme n'a pas été entendu. Les recteurs et principaux d'université auront ainsi à reprendre la route pour tenter de convaincre ministres et public du bien-fondé de la mission universitaire.
D'un, la recherche ne semble plus être au Québec un secteur prioritaire. Ainsi, il a été décidé l'année dernière d'opérer une ponction de dix millions à même les 160 millions initialement attribués aux trois fonds de recherche universitaires gérés par le ministère du Développement économique et régional et de la Recherche. Quand les effets réels d'une telle mesure ont finalement été ressentis, Louis Dumont, professeur à l'Université du Québec à Montréal, n'a pu que constater les dangers d'une telle stratégie: «Nous voulons stopper l'hémorragie et faire comprendre au gouvernement que les coupes horizontales qu'il effectue parce que les finances sont serrées ont des effets concrets et pourraient mettre en péril des pans de recherche au Québec.» (Le Devoir, 4 mars 2004.)
De deux, si les universités entendent bien le message gouvernemental, elles devront admettre qu'elles sont d'abord des lieux d'enseignement plutôt que des institutions vouées à la connaissance. Pourtant, à la veille du dépôt du budget provincial, au moment où le gouvernement attribuait 61 millions pour agrandir les facultés de médecine de Montréal et McGill, après une aide similaire versée précédemment à Sherbrooke et Laval, les porte-parole des universités rappelaient que le réseau est toujours en attente d'une somme supplémentaire de 375 millions pour garantir le bon fonctionnement du système actuel. Ces mêmes personnes doutaient cependant de voir leurs attentes réalisées: «Nous espérons qu'il y aura quelques signes de réinvestissement dans le budget de la semaine prochaine, mais je crois que c'est sur le budget de l'an prochain qu'il faut miser pour obtenir les vraies réponses», déclarait donc en ce 26 mars Heather Monroe-Blum, la principale de McGill.
Une semaine plus tard, il est possible d'affirmer que les universitaires sont de bons analystes politiques.
Clientélisme
Dans le monde de l'enseignement supérieur, au Québec, le mot clé est «clientélisme». Que des budgets soient nécessaires pour accueillir les nouveaux étudiants universitaires, tous en conviennent: en éducation, à cet égard, on se bouscule au portillon. Quitte donc à diminuer l'aide apportée aux étudiants (ou à la transformer, car les prêts sont des investissements et non une aide directe, comme le sont les bourses), les universités recevront donc, avec le présent budget Séguin, plus d'argent pour leur permettre de répondre aux demandes de leur clientèle première. Il sera donc sans doute fait appel à plus de chargés de cours, car nulle part il n'est dit que les corps professoraux seront en augmentation.
Pourtant, jamais le monde universitaire n'a été aussi unanime pour reconnaître l'importance des chercheurs dans le développement même de toute société, les résultats obtenus dans les laboratoires ayant une incidence directe tant sur la qualité de vie que sur la capacité d'un État à demeurer dans le peloton de tête, surtout dans le contexte actuel où la mondialisation ne permet nul retard, et encore moins tout recul.
Désengagement
Le souci du déficit zéro, comme celui de la réduction des impôts (il faut bien quelque part se rappeler certaines promesses électorales), a donc été reconnu comme étant prioritaire, au détriment d'une réflexion plus vaste sur l'avenir collectif. À moins qu'il y ait un calcul différent, avec pour conséquence qu'on décide de laisser à d'autres la responsabilité de donner aux institutions du savoir les moyens d'assurer leur mission. Les priorités en recherche seraient alors établies par les divers programmes mis en place pour ce secteur par le palier gouvernemental fédéral, comme aussi par les besoins exprimés par le secteur privé, celui-ci pouvant initier les diverses chaires qu'il juge utiles pour l'atteinte de ses divers objectifs, économiques ou autres.
Dans un monde néolibéral, telle est en effet la façon de procéder. Et le premier ministre du Québec ne s'est-il point fait clairement entendre pour signifier que le modèle québécois, celui mis en place par les ténors de la «Révolution tranquille», ce modèle, décrit comme interventionniste, était maintenant chose du passé?
Cette année donc, dans le monde universitaire québécois, le dégel, quand il eut lieu, survint à l'extérieur des institutions, sur les pelouses, et non dans les classes ou les laboratoires. S'il était donc possible cette semaine, en ces derniers jours de mars, pour des étudiantes de McGill de profiter d'un répit climatique, aux cadres, professeurs et chercheurs, il ne restait en contrepartie qu'à mettre au frais tout projet de valorisation ou de développement de leur enseignement. Comme quoi le retour des saisons n'a pas pour tous le même effet.
Pour les recteurs et principaux, le dégel, ce n'est donc pas pour maintenant. Un jour sans doute, mais pas avant une autre année. La prochaine? Peut-être...
D'un, la recherche ne semble plus être au Québec un secteur prioritaire. Ainsi, il a été décidé l'année dernière d'opérer une ponction de dix millions à même les 160 millions initialement attribués aux trois fonds de recherche universitaires gérés par le ministère du Développement économique et régional et de la Recherche. Quand les effets réels d'une telle mesure ont finalement été ressentis, Louis Dumont, professeur à l'Université du Québec à Montréal, n'a pu que constater les dangers d'une telle stratégie: «Nous voulons stopper l'hémorragie et faire comprendre au gouvernement que les coupes horizontales qu'il effectue parce que les finances sont serrées ont des effets concrets et pourraient mettre en péril des pans de recherche au Québec.» (Le Devoir, 4 mars 2004.)
De deux, si les universités entendent bien le message gouvernemental, elles devront admettre qu'elles sont d'abord des lieux d'enseignement plutôt que des institutions vouées à la connaissance. Pourtant, à la veille du dépôt du budget provincial, au moment où le gouvernement attribuait 61 millions pour agrandir les facultés de médecine de Montréal et McGill, après une aide similaire versée précédemment à Sherbrooke et Laval, les porte-parole des universités rappelaient que le réseau est toujours en attente d'une somme supplémentaire de 375 millions pour garantir le bon fonctionnement du système actuel. Ces mêmes personnes doutaient cependant de voir leurs attentes réalisées: «Nous espérons qu'il y aura quelques signes de réinvestissement dans le budget de la semaine prochaine, mais je crois que c'est sur le budget de l'an prochain qu'il faut miser pour obtenir les vraies réponses», déclarait donc en ce 26 mars Heather Monroe-Blum, la principale de McGill.
Une semaine plus tard, il est possible d'affirmer que les universitaires sont de bons analystes politiques.
Clientélisme
Dans le monde de l'enseignement supérieur, au Québec, le mot clé est «clientélisme». Que des budgets soient nécessaires pour accueillir les nouveaux étudiants universitaires, tous en conviennent: en éducation, à cet égard, on se bouscule au portillon. Quitte donc à diminuer l'aide apportée aux étudiants (ou à la transformer, car les prêts sont des investissements et non une aide directe, comme le sont les bourses), les universités recevront donc, avec le présent budget Séguin, plus d'argent pour leur permettre de répondre aux demandes de leur clientèle première. Il sera donc sans doute fait appel à plus de chargés de cours, car nulle part il n'est dit que les corps professoraux seront en augmentation.
Pourtant, jamais le monde universitaire n'a été aussi unanime pour reconnaître l'importance des chercheurs dans le développement même de toute société, les résultats obtenus dans les laboratoires ayant une incidence directe tant sur la qualité de vie que sur la capacité d'un État à demeurer dans le peloton de tête, surtout dans le contexte actuel où la mondialisation ne permet nul retard, et encore moins tout recul.
Désengagement
Le souci du déficit zéro, comme celui de la réduction des impôts (il faut bien quelque part se rappeler certaines promesses électorales), a donc été reconnu comme étant prioritaire, au détriment d'une réflexion plus vaste sur l'avenir collectif. À moins qu'il y ait un calcul différent, avec pour conséquence qu'on décide de laisser à d'autres la responsabilité de donner aux institutions du savoir les moyens d'assurer leur mission. Les priorités en recherche seraient alors établies par les divers programmes mis en place pour ce secteur par le palier gouvernemental fédéral, comme aussi par les besoins exprimés par le secteur privé, celui-ci pouvant initier les diverses chaires qu'il juge utiles pour l'atteinte de ses divers objectifs, économiques ou autres.
Dans un monde néolibéral, telle est en effet la façon de procéder. Et le premier ministre du Québec ne s'est-il point fait clairement entendre pour signifier que le modèle québécois, celui mis en place par les ténors de la «Révolution tranquille», ce modèle, décrit comme interventionniste, était maintenant chose du passé?
Cette année donc, dans le monde universitaire québécois, le dégel, quand il eut lieu, survint à l'extérieur des institutions, sur les pelouses, et non dans les classes ou les laboratoires. S'il était donc possible cette semaine, en ces derniers jours de mars, pour des étudiantes de McGill de profiter d'un répit climatique, aux cadres, professeurs et chercheurs, il ne restait en contrepartie qu'à mettre au frais tout projet de valorisation ou de développement de leur enseignement. Comme quoi le retour des saisons n'a pas pour tous le même effet.
Pour les recteurs et principaux, le dégel, ce n'est donc pas pour maintenant. Un jour sans doute, mais pas avant une autre année. La prochaine? Peut-être...
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