Chaire de management éthique des HEC - Surnager à la vague des scandales !
« L'éthique en gestion n'est pas que financière »
Comment faire pour que de «bons» gestionnaires fassent un «bon» travail dans de «bonnes» organisations? Voilà la triple question à laquelle tente de répondre la nouvelle Chaire de management éthique des HEC. Entretien avec Thierry Pauchant, titulaire de ce lieu de recherche.
«Actuellement, le monde qui parle de l'éthique parle un peu de n'importe quoi. Il faut arriver à circonscrire et à définir correctement le concept, faire valoir que l'éthique en gestion n'est pas que l'aspect financier», confie le professeur des HEC et auteur d'ouvrages sur le sujet.
Car force est d'admettre que la perspective éthique mise en relief est généralement de nature économique. Selon M. Pauchant, les chefs d'entreprise et les gestionnaires doivent apprendre à considérer les quatre grands secteurs de l'éthique corporative: l'environnemental, le financier, le politique et le social. Le système économique néolibéral actuel «se piège lui-même en se concentrant uniquement sur l'éthique financière», maintient-il.
«La fragmentation — la "surconsidération" d'un des quatre secteurs de l'éthique corporative au détriment des autres — est malsaine», soutient M. Pauchant en ajoutant que sa position est la suivante: «Je suis pour l'économie, mais contre l'économisme.»
Dérapage corporatif
La vague de scandales des dernières années a particulièrement égratigné l'image de la gestion d'entreprise. La faillite d'Enron, si souvent citée en exemple, est rapidement devenue l'icone du dérapage éthique corporatif: la septième entreprise américaine, fleuron de la nouvelle économie, avait dissimulé une dette de un à deux milliards de dollars et avait gonflé artificiellement la valeur de ses actions.
Une étude diffusée sur le site Internet de la chaire souligne que des entreprises géantes affectent de façon violente non seulement la sphère financière, mais l'équité entre les personnes, la dignité humaine et la viabilité de la planète. Exemple: en Inde, Enron et General Electric avaient participé à la prise de possession de terrains afin d'y construire une usine. Le résultat de ce projet fut dramatique: 2000 personnes de la population locale ont dû être déplacées contre leur gré.
Approches novatrices
Les travaux de la chaire abordent donc ces questions afin de développer des approches innovatrices dans les diverses dimensions managériales: de la production aux ressources humaines en passant par les technologies de l'information, le leadership, la stratégie, la finance, la comptabilité et le marketing.
La création, l'an dernier, de ce lieu de recherche — le premier du genre dans l'ensemble de la francophonie — découle «de discussions qu'on a depuis une dizaine d'années aux HEC relativement à l'éthique», avance Thierry Pauchant. «On se demandait entre autres si l'éthique devait être abordée dans le cadre de cours spécialisés ou si elle devait être intégrée dans chacun des cours.»
«Car l'éthique ne se réduit pas simplement aux valeurs», affirme M. Pauchant. C'est un moyen de comprendre les actions des individus et des entreprises, mais c'est également un outil que les gestionnaires doivent apprendre à utiliser. Toutefois, pour ce faire, il faut avant tout se libérer des idées préconçues liées à cette science de la morale. «L'éthique n'est pas manichéenne. Il ne s'agit pas de juger de ce qui est bien ou mal. Contrairement à ce que plusieurs personnes peuvent penser, l'éthique ne se restreint pas uniquement aux codes de déontologie. Au contraire», note M. Pauchant.
Admettant l'utilité d'une réglementation, il précise par ailleurs qu'une codification à outrance engendre des conséquences négatives. Elle «déresponsabilise les employés et les gestionnaires» qui finissent par ne percevoir que ce qu'ils «ont le droit ou pas de faire. Un code de déontologie ne fait que contrôler le comportement des gens en leur demandant d'obéir à certaines règles».
Programme de publications
Pour saisir l'ensemble des paramètres de l'éthique organisationnelle, la Chaire de management éthique conduit actuellement des recherches approfondies sur le leadership. La voie choisie est originale et fort intéressante. Il s'agit de se pencher sur les comportements et caractéristiques communs aux «leaders considérés et reconnus pour leur intégrité».
Ce travail de longue haleine devrait aboutir à l'analyse de près de 100 personnalités et à la mise sur pied d'une «leadergraphie». Ce projet ambitieux, auquel devraient participer une centaine de collaborateurs de plusieurs pays, vise à diffuser une série de «livres décapants et éclairants» sur le leadership. D'ici un an, des ouvrages sur Mère Teresa, Martin Luther King et Gandhi seront publiés en français, en anglais et
en espagnol.
Mais, là encore, une redéfinition s'impose: «Un leader n'est pas nécessairement un p.-d.g.; un p.-d.g. n'est pas nécessairement un leader. Le leadership ne doit pas être perçu comme un statut professionnel, mais plutôt comme une attitude qui amène les gens à se développer pour le mieux. C'est ce que démontrera la "leadergraphie"», précise le professeur.
L'ensemble des travaux de la chaire se retrouvent sur le site Internet des HEC. «Nos recherches seront disponibles sur notre site. Ceux qui s'y intéresseront pourront télécharger gratuitement des articles et des fichiers vidéo et audio en rapport avec l'éthique. Il s'agit vraiment d'un site multimédia qui a pour but de rendre accessibles les informations sur le sujet», souligne
M. Pauchant.
Devenir une référence dans le domaine: voilà l'objectif.
«Actuellement, le monde qui parle de l'éthique parle un peu de n'importe quoi. Il faut arriver à circonscrire et à définir correctement le concept, faire valoir que l'éthique en gestion n'est pas que l'aspect financier», confie le professeur des HEC et auteur d'ouvrages sur le sujet.
Car force est d'admettre que la perspective éthique mise en relief est généralement de nature économique. Selon M. Pauchant, les chefs d'entreprise et les gestionnaires doivent apprendre à considérer les quatre grands secteurs de l'éthique corporative: l'environnemental, le financier, le politique et le social. Le système économique néolibéral actuel «se piège lui-même en se concentrant uniquement sur l'éthique financière», maintient-il.
«La fragmentation — la "surconsidération" d'un des quatre secteurs de l'éthique corporative au détriment des autres — est malsaine», soutient M. Pauchant en ajoutant que sa position est la suivante: «Je suis pour l'économie, mais contre l'économisme.»
Dérapage corporatif
La vague de scandales des dernières années a particulièrement égratigné l'image de la gestion d'entreprise. La faillite d'Enron, si souvent citée en exemple, est rapidement devenue l'icone du dérapage éthique corporatif: la septième entreprise américaine, fleuron de la nouvelle économie, avait dissimulé une dette de un à deux milliards de dollars et avait gonflé artificiellement la valeur de ses actions.
Une étude diffusée sur le site Internet de la chaire souligne que des entreprises géantes affectent de façon violente non seulement la sphère financière, mais l'équité entre les personnes, la dignité humaine et la viabilité de la planète. Exemple: en Inde, Enron et General Electric avaient participé à la prise de possession de terrains afin d'y construire une usine. Le résultat de ce projet fut dramatique: 2000 personnes de la population locale ont dû être déplacées contre leur gré.
Approches novatrices
Les travaux de la chaire abordent donc ces questions afin de développer des approches innovatrices dans les diverses dimensions managériales: de la production aux ressources humaines en passant par les technologies de l'information, le leadership, la stratégie, la finance, la comptabilité et le marketing.
La création, l'an dernier, de ce lieu de recherche — le premier du genre dans l'ensemble de la francophonie — découle «de discussions qu'on a depuis une dizaine d'années aux HEC relativement à l'éthique», avance Thierry Pauchant. «On se demandait entre autres si l'éthique devait être abordée dans le cadre de cours spécialisés ou si elle devait être intégrée dans chacun des cours.»
«Car l'éthique ne se réduit pas simplement aux valeurs», affirme M. Pauchant. C'est un moyen de comprendre les actions des individus et des entreprises, mais c'est également un outil que les gestionnaires doivent apprendre à utiliser. Toutefois, pour ce faire, il faut avant tout se libérer des idées préconçues liées à cette science de la morale. «L'éthique n'est pas manichéenne. Il ne s'agit pas de juger de ce qui est bien ou mal. Contrairement à ce que plusieurs personnes peuvent penser, l'éthique ne se restreint pas uniquement aux codes de déontologie. Au contraire», note M. Pauchant.
Admettant l'utilité d'une réglementation, il précise par ailleurs qu'une codification à outrance engendre des conséquences négatives. Elle «déresponsabilise les employés et les gestionnaires» qui finissent par ne percevoir que ce qu'ils «ont le droit ou pas de faire. Un code de déontologie ne fait que contrôler le comportement des gens en leur demandant d'obéir à certaines règles».
Programme de publications
Pour saisir l'ensemble des paramètres de l'éthique organisationnelle, la Chaire de management éthique conduit actuellement des recherches approfondies sur le leadership. La voie choisie est originale et fort intéressante. Il s'agit de se pencher sur les comportements et caractéristiques communs aux «leaders considérés et reconnus pour leur intégrité».
Ce travail de longue haleine devrait aboutir à l'analyse de près de 100 personnalités et à la mise sur pied d'une «leadergraphie». Ce projet ambitieux, auquel devraient participer une centaine de collaborateurs de plusieurs pays, vise à diffuser une série de «livres décapants et éclairants» sur le leadership. D'ici un an, des ouvrages sur Mère Teresa, Martin Luther King et Gandhi seront publiés en français, en anglais et
en espagnol.
Mais, là encore, une redéfinition s'impose: «Un leader n'est pas nécessairement un p.-d.g.; un p.-d.g. n'est pas nécessairement un leader. Le leadership ne doit pas être perçu comme un statut professionnel, mais plutôt comme une attitude qui amène les gens à se développer pour le mieux. C'est ce que démontrera la "leadergraphie"», précise le professeur.
L'ensemble des travaux de la chaire se retrouvent sur le site Internet des HEC. «Nos recherches seront disponibles sur notre site. Ceux qui s'y intéresseront pourront télécharger gratuitement des articles et des fichiers vidéo et audio en rapport avec l'éthique. Il s'agit vraiment d'un site multimédia qui a pour but de rendre accessibles les informations sur le sujet», souligne
M. Pauchant.
Devenir une référence dans le domaine: voilà l'objectif.
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