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Réseau Dialog - Les citoyens des Premières Nations sont reconnus comme des partenaires à part entière en recherche

« En matière de questions autochtones, le Québec est à l'avant-garde »

Guylaine Boucher   3 avril 2004  Éducation
Portées par les organisations autochtones, de nombreuses questions environnementales ou territoriales ont fait les manchettes au cours des dix dernières années. Dans les coulisses, plusieurs chercheurs universitaires s'intéressent aux mêmes sujets. L'Institut national de recherche scientifique (INRS) a choisi de favoriser la concertation entre ces deux univers. Une rencontre unique en son genre qui a donné naissance au Réseau Dialog. Promesse de lendemains nouveaux.

Professeure à l'INRS, Carole Lévesque a fait des questions relatives aux peuples autochtones l'un de ses principaux champs d'étude au cours des dernières années. Comme la majorité de ses collègues, elle s'est toutefois rapidement butée aux limites, tant humaines que financières, de ses travaux. «Chaque chercheur travaille isolément et a besoin d'un certain nombre d'outils, que ce soit des outils bibliographiques, des colloques, des formations ou simplement des rencontres avec des collègues. Il y avait donc là un premier besoin de mise en commun. Comme chercheurs intéressés aux réalités autochtones, nous étions aussi confrontés à la nécessité de renouveler nos questionnements. Le temps était également venu pour les autochtones eux-mêmes de se doter d'outils de recherche capables de les soutenir dans leurs revendications. Nous avons donc choisi de travailler ensemble.»

Concrètement, le Réseau Dialog regroupe cinq partenaires en provenance du milieu universitaire, à savoir l'université Concordia, l'Université du Québec à Montréal, l'Université du Québec à Chicoutimi, l'Université de Montréal et l'INRS. Il compte aussi parmi ses membres fondateurs des représentants de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, de Femmes autochtones du Québec, de la Société Makivik et de la Société Recherches amérindiennes du Québec.

Objectif avoué de cet équipage? «Offrir aux instances autochtones, aux chercheurs et à la communauté scientifique en général des sources d'information beaucoup plus centralisées qu'auparavant et sensibiliser la population aux questions autochtones», explique la professeure, également directrice du réseau.

Convergence

Dans les faits, les visées du Réseau Dialog sont beaucoup plus larges. Non seulement des outils conjoints seront développés, mais les contacts entre chercheurs et représentants autochtones seront multipliés afin de favoriser la détermination de nouvelles pistes de recherche. Selon Carole Lévesque, «parce qu'il est multidisciplinaire, le réseau servira de point de convergence entre les différents chercheurs, qu'ils soient anthropologues, psychologues, sociologues ou linguistes. Il permettra de faire éclater l'approche sectorielle utilisée jusqu'à présent et l'émergence de projet de recherche conjoints». Il devrait aussi, à son avis, «permettre la création de ponts entre les sciences de la société et les sciences de la nature».

Beaucoup d'importance sera par ailleurs accordée à la diffusion des connaissances, afin à la fois de partager les innovations propres au Québec en matière de questions autochtones, et de positionner les chercheurs québécois à l'échelle tant intercontinentale qu'internationale. «En matière de questions autochtones, le Québec est à l'avant-garde à différents niveaux. Les chercheurs d'ici, on fait de l'excellent travail; malheureusement il reste peu connu. Nous voulons remédier à cette situation. Beaucoup de choses qui ont été faites ici pourraient servir aux questionnements internationaux. Nous tenterons donc de les faire connaître.»

Du pain sur la planche

Déjà plusieurs projets sont en cours de réalisation. Le site Internet, dont le lancement est prévu pour la fin de l'été prochain, en est l'élément central. C'est que non seulement le véhicule d'information électronique rendra disponible différents dossiers thématiques, mais il donnera aussi accès à un codex bibliographique regroupant plus de 6000 documents: livres, articles, mémoires portant sur les questions autochtones. «Toutes les publications écrites par des chercheurs québécois ou étrangers sur la situation autochtone québécoise y seront regroupées. Les éléments disponibles seront subdivisés par thèmes et on pourra s'y retrouver au moyen d'un moteur de recherche.» Un service de veille sera aussi disponible pour les personnes désirant être tenues au courant des nouvelles publications produites en lien avec le monde autochtone.

De plus, parce que la détermination de nouveaux sujets de recherche passe par la multiplication des lieux d'échange, le Réseau Dialog entend consacrer beaucoup d'énergie à l'organisation de colloques et autres activités du genre. Un petit colloque, organisé en marge du congrès de l'Acfas de mai prochain et ayant pour thème les enjeux éthiques et méthodologiques des partenariats de recherche, figure déjà à l'agenda de la cinquantaine de membres du réseau. Il en va de même pour le symposium prévu en octobre 2004 et le colloque international de 2005.

Dans un souci de diffusion étendue de l'information, le réseau travaille aussi à la mise sur pied de grandes conférences itinérantes sur les questions relatives aux peuples autochtones. Des séminaires universitaires d'été, portant sur les mêmes sujets, sont également sur la table à dessin.

«Le Réseau Dialog n'est pas le premier ni le seul organisme qui s'occupe des questions autochtones, explique Carole Lévesque, mais c'est une structure qui prend appui sur les expériences passées dans le but de renouveler les questionnements et nos rapports aux peuples autochtones. Il y a 30 ans, les autochtones parlaient déjà de l'importance de protéger l'eau. À l'époque, personne ne les écoutait. Aujourd'hui, tout le monde en parle. Ils sont à l'avant-garde de bien des sociétés sur plusieurs questions, que ce soit le droit, la diversité culturelle ou l'environnement. Ils nous obligent à repenser les systèmes, à jeter un regard neuf sur nos relations avec d'autres pays. Le Réseau Dialog veut tenir les chercheurs au courant de ces avancées et faire connaître ces préoccupations à l'ensemble de la population. L'on ne travaille plus SUR les autochtones, mais AVEC eux. Ils ont tellement à nous apporter.»
 
 
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