Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Les tensions prof-étudiant se révèlent à l'Université Laval

    Trois étudiants des cycles supérieurs sur quatre ont déjà éprouvé un sentiment de vulnérabilité avec leur professeur, selon une consultation

    10 novembre 2017 | Isabelle Porter à Québec | Éducation
    À l’Université Laval, près des trois quarts des étudiants de deuxième et troisième cycle disent s’être déjà sentis vulnérables ou mal à l’aise vis-à-vis de leur directeur de mémoire ou de thèse.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne À l’Université Laval, près des trois quarts des étudiants de deuxième et troisième cycle disent s’être déjà sentis vulnérables ou mal à l’aise vis-à-vis de leur directeur de mémoire ou de thèse.

    Intimidation, vol d’idées, insultes… À l’Université Laval, près des trois quarts des étudiants de deuxième et troisième cycle disent s’être déjà sentis vulnérables ou mal à l’aise vis-à-vis de leur directeur de mémoire ou de thèse.

     

    Telles sont les conclusions d’un sondage réalisé par l’Association des étudiants inscrits aux études supérieures de l’Université Laval (AELIES), dont les résultats préliminaires ont été rendus publics jeudi.

     

    La consultation révèle que 58 % des étudiants disent avoir vécu des situations inconfortables « quelques fois » avec leur directeur (ou directrice), alors que 16 % affirment que cela se produit « régulièrement ». À titre d’exemple, certains ont évoqué de l’intimidation, des menaces, des vols de données, d’idées ou encore des insultes.

     

    Situation préoccupante

     

    Sans parler de « crise », le président de l’Association ne cache pas son inquiétude. « C’est quand même 74 % des répondants qui disent avoir vécu de la vulnérabilité, note le président de l’AELIES, Pierre Parent-Sirois. C’est très préoccupant . Moi, je fais souvent le parallèle avec les affaires Rozon et Salvail dans le milieu culturel. Dès qu’il y a une relation de pouvoir, il se crée en parallèle une relation de vulnérabilité. »

     

    Environ 10 % des membres de l’AELIES (près de 1000 personnes) ont répondu au sondage au cours du mois d’octobre. Les questions ne portaient pas spécifiquement sur le harcèlement sexuel, qui défraie la chronique depuis des mois, mais visaient à documenter les vulnérabilités au sens large.

     

    L’AELIES a décidé de mener ce sondage après la publication d’une étude de l'Association des étudiants gradués de sciences et génie sur les conditions de travail des étudiants de deuxième et troisième cycle. « On a voulu étendre l’étude de cela à tout le campus », a expliqué M. Parent-Sirois.

     

    Parmi les répondants, 53 % sont au doctorat et 47 % à la maîtrise. Les étudiants en sciences et génie et en sciences sociales sont ceux qui ont le plus participé, suivis de ceux en lettres et en sciences humaines (15,7 %) et enfin de ceux en médecine (10 %).

     

    Du harcèlement psychologique

     

    Au-delà des inconforts, l’AELIES a cherché à savoir par le sondage à quelle fréquence les étudiants pouvaient parler à leur directeur et avoir « des rétroactions » de leur part (au moins une fois par mois dans 58 % des cas).

     

    On a en outre voulu voir si les « ententes d’encadrement » signées par le directeur et son étudiant aidaient à prévenir les inconforts et les conflits.

     

    Ces ententes, devenues obligatoires dans plusieurs domaines, visent à préciser les obligations du professeur et de son étudiant l’un vis-à-vis de l’autre et le cadre des recherches qu’ils mèneront ensemble s’il y a lieu (fréquence des rencontres, financement de la recherche, échéancier, etc.).

     

    Le sondage suggère que de telles ententes ont un impact positif sur la relation et la progression du travail dans 70 % des cas. « S’il y a une base pour discuter, il y a beaucoup moins de facteurs de risques », note la directrice du Centre de prévention en matière de harcèlement (CPIMH), Josée Laprade, qui assistait jeudi à la présentation.

     

    Pour Mme Laprade, les données du sondage portant sur la « vulnérabilité » ne sont pas si surprenantes. « Dans mon bureau, des problèmes, on en voit beaucoup […] Je me doutais qu’il y avait un malaise à ce niveau-là. Je suis contente de le voir chiffré, parce qu’une fois qu’on chiffre un problème, on peut le travailler davantage. » La directrice du CPIMH ajoute qu’elle évoque cette question « chaque année » dans son rapport annuel.

     

    Si elle se fie aux signalements reçus au Centre, les « inconforts » dont fait état le sondage ne sont pas majoritairement de nature sexuelle, mais relèvent plutôt « du harcèlement psychologique, du conflit ou de l’incivilité ». « Des gestes à connotation sexuelle, du harcèlement sexuel, il y en a, mais ce n’est pas la majorité des cas. »

     

    Les résultats dévoilés jeudi sont préliminaires. L’association étudiante doit maintenant analyser les données qualitatives et les commentaires reçus et croiser certaines données pour savoir, par exemple, si les inconforts sont plus courants ou non chez les femmes ou encore les étudiants étrangers. Lors de la présentation, un étudiant dans la salle a aussi émis l’hypothèse que les relations devenaient plus tendues avec le temps.

     

    De l’éducation à faire… chez les professeurs

     

    Le dévoilement de ce sondage survient quelques jours après le dépôt du projet de loi sur les violences sexuelles par la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David. Il s’agit d’un projet de loi qui prévoit notamment la mise en place d’un code de conduite pour les professeurs qui ont des relations intimes avec leurs étudiants.

     

    Cette proposition est la bienvenue, pour Mme Laprade. « Je suis contente que la ministre soit allée dans cette zone-là. On ne se contente pas de dire comment ça va être administré. On vient dire ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Ça devient très, très concret. Ça nous donne du matériel pour intervenir et faire de l’éducation », explique-t-elle.

     

    Beaucoup d’enseignants sont inconscients des torts qu’ils peuvent causer aux étudiants, poursuit-elle. « Il y a de l’éducation à faire. Ce n’est pas parce que tu es professeur que tu sais tout. Oui, tu es spécialiste dans ton domaine, tu as ton Ph. D., tu es un chercheur réputé… Ça, c’est une chose. Mais la démarche d’encadrement [d’un étudiant ou d’une étudiante], c’est une relation où l’étudiant est vulnérable vis-à-vis du professeur. Et ça demande énormément de bienveillance, le sentiment que tu dois prendre soin de la personne. On doit rendre les professeurs conscients de ça davantage. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.