CSDM: un nouveau siège social au prix d’édifices à vendre?

Pour financer une partie des coûts de relocalisation de son siège social, la CSDM envisagerait de mettre en vente une douzaine de ses bâtiments décrits comme «excédentaires», occupés par des groupes communautaires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour financer une partie des coûts de relocalisation de son siège social, la CSDM envisagerait de mettre en vente une douzaine de ses bâtiments décrits comme «excédentaires», occupés par des groupes communautaires.

Forcée de fermer son siège social contaminé aux moisissures, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) envisage de déménager ses 766 employés dans des locaux qui seraient loués à long terme, sur une période de 20 ans, au coût de plusieurs dizaines de millions de dollars.

 

Selon ce que Le Devoir a appris, la plus grande commission scolaire du Québec a exclu de rénover son vieux centre administratif, qui nécessite des travaux estimés eux aussi à plusieurs dizaines de millions de dollars. La construction d’un nouvel édifice est aussi écartée — pour une question de coûts —, tout comme le déménagement des employés dans divers bâtiments de la CSDM, une solution jugée peu efficace, car le personnel serait éparpillé.

 

Pour financer une partie des coûts de relocalisation de son siège social, la commission scolaire envisagerait de mettre en vente une douzaine de ses bâtiments décrits comme « excédentaires », occupés par des groupes communautaires, a-t-on appris. Le sort du centre administratif contaminé aux moisissures, situé au 3737, rue Sherbrooke Est, néanmoins évalué à 35,9 millions de dollars (incluant le terrain), est aussi incertain. La CSDM compte-t-elle se débarrasser de ces actifs pour payer la relocalisation ?

 

Mercredi soir, en tout cas, le conseil des commissaires a adopté une résolution donnant le mandat à la direction de la CSDM de conclure les négociations en cours avec le propriétaire (non nommé) de l’immeuble que la commission scolaire souhaite occuper. La CSDM compte transmettre rapidement le dossier pour approbation au ministère de l’Éducation et au ministère des Finances, a expliqué Robert Gendron, directeur général de la CSDM, lors de la séance du conseil.

 

Derrière des portes closes

 

Les commissaires indépendants Violaine Cousineau et Jean-François Gosselin réclament un débat public sur toute cette question. Ils ont interpellé mercredi soir la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, et déploré que la décision sur l’avenir de ces bâtiments publics soit prise derrière des portes closes.

 

« Je suis sidérée que le public ne soit pas informé ou consulté. Il s’agit de décisions à long terme, qui impliquent des dizaines et des dizaines de millions », a dit au Devoir Violaine Cousineau après la séance à huis clos du conseil des commissaires.

 

« Si le gouvernement fédéral a été capable de faire un débat public sur le déménagement de la tour de Radio-Canada, pourquoi nous, on ne le ferait pas ? » a ajouté le commissaire Jean-François Gosselin.

 

À l’inverse, l’Université de Montréal a pris une décision en catimini, à l’encontre de la volonté populaire, en cédant à un promoteur de condos l’ancien couvent des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, sur le flanc du mont Royal, soulignent les commissaires indépendants.

 

Ils disent craindre que les décisions au sujet de l’avenir du centre administratif de la CSDM — et d’autres bâtiments possiblement mis en vente — donnent lieu à des regrets.

 

« Il y a des groupes communautaires et des CPE qui louent des locaux dans des bâtiments de la CSDM et qui aimeraient bien acheter les bâtiments. Ce serait une bonne nouvelle si la CSDM vendait à des groupes locataires qui veulent acheter. Mais si jamais la commission scolaire décidait de déloger des groupes communautaires pour vendre à des promoteurs privés, ça n’aurait aucun sens », dit Violaine Cousineau.

 

Les écoles débordent

 

Le commissaire Jean-François Gosselin s’interroge sur l’hypothèse de vendre des immeubles et des terrains appartenant à la CSDM au moment où la commission scolaire dit manquer de locaux pour loger ses élèves. La CSDM accueille en moyenne 1000 nouveaux élèves de plus par année. À la rentrée du mois d’août, elle en a reçu 1869 de plus que l’an dernier — un record.

 

La commission scolaire a ainsi demandé à la Ville de Montréal, plus tôt cette année, de lui soumettre une liste de terrains où des écoles pourraient être construites. La Ville a suggéré des terrains situés près de réservoirs de pétrole, de pylônes de lignes électriques ou d’une autoroute, par exemple. La CSDM a besoin de terrains sûrs, situés en zone habitée, et non au milieu de nulle part, avait fait valoir Catherine Harel Bourdon.

 

Le plus grand secret entoure la relocalisation du siège social. La présidente de la CSDM a refusé de confirmer que le scénario de la location à long terme a été retenu pour loger le siège social. L’important est de reloger les employés rapidement, ne serait-ce que temporairement, comme l’avait recommandé la Direction de santé publique de Montréal (DSP), rappelle Catherine Harel Bourdon.

 

La plus grande commission scolaire du Québec doit prendre cette mesure exceptionnelle après avoir commandé une enquête à la DSP. « L’état de santé du personnel du siège social est préoccupant », ont conclu les médecins de la DSP dans leur rapport daté du 27 octobre 2016.

 

« Les problèmes du bâtiment et de la santé sont généralisés dans l’ensemble du centre administratif et de l’annexe. […] Les proportions d’asthme, d’infections des voies respiratoires inférieures, des sinusites, des otites ainsi que des symptômes nasaux et oculaires rejoignent celles documentées dans les milieux aux prises avec des problèmes d’infiltration d’eau, de condensation et de moisissures. »

4 commentaires
  • Claude Girard - Abonné 9 novembre 2017 05 h 00

    Une solution toute transparente

    La suggestion de la ville de Montréal de terrains pour la construction d’écoles ne serait pas mauvaise. Ainsi, construire le siège social de la CSDM près de réservoirs de pétroles, de pylônes de lignes électriques ou d’autoroute permettrait au personnel d’être au courant et de pouvoir intervenir rapidement. Tout baignerait dans l’huile!

  • Yvon Robert - Abonné 9 novembre 2017 07 h 50

    Une occasion de décentraliser

    Avec 766 fonctionnaires la CSDM est devenu un monstre administratif, une bureaucratie qui paralyse les écoles, une bonne occasion de décentraliser vers les écoles et de donner la gestion des bâtiments à la ville de Montréal.

  • Gilles Théberge - Abonné 9 novembre 2017 08 h 35

    Oui, l’Éducation est une valeur fondamentale au Québec.

    Une priorité absolue.

    Un panier dans lequel on serait prêt à mettre une bonne partie de nos œufs.

    Jamais on ne ferait de coupes sombres dans ce domaine.

    D’ailleurs, le fameux ministre de l’éducation que l’on a ferait des pieds et des mains pour qu’inemtelle Situation ne se produise pas!

  • Pierre Boucley - Abonné 9 novembre 2017 10 h 56

    L'abandon des édifices publics

    L'aberrante politique d'abandon des bâtiments publics à Montréal, particulièrement des écoles et édifices de la CSDM, est une marque d'incompétence. Le siège de la CSDM, ouvert vers 1958, n'avait aucune raison de se retrouver à l'abandon 60 ans plus tard. Un édifice public de cette stature était bâti pour durer, si on l'entretenait le moindrement. La politique du "zéro entretien" ou presque, politique suicidaire en soi, on en voit les résultats partout au Québec, avec la prolifération des travaux d'infrastructure.

    Un autre exemple, symptomatique, tout près de la CSDM, c'est l'école Marie-Victorin sur la rue Orléans. Au gré d'une baisse d'élèves dans les années 80, on l'a fermée, et on a déplacé les élèves un peu plus loin, à l'école St-Albert-le-Grand. Quelques années plus tard, cette dernière était déja trop petite, et on a dû construire des classes dans des cabanes temporaires dans la cour, où elles sont toujours utilisées, plus de 25 ans plus tard. Quant à Marie-Victorin, on ne pouvait plus la rouvrir, car elle avait été abandonnée et, sans entretien minimal, la toîture avait coulé pendant des années, causant la prolifération de moisissures, etc. Pourtant cet édifice, ne datant que de 1950, aurait dû servir plus que ses 30 ans; les élèves du quartier doivent toujours se faire transporter ailleurs.

    Si, à l'époque des grandes coupures, la CSDM avait laissé savoir qu'elle avait cessé d'entretenir ses édifices, et il y avait plein de raisons d'en faire scandale, la pression du public (ou le bon sens) aurait peut-être contraint les politiciens de se raviser. Ces édifice constituent un bien public que les administrations ont l'obligation de préserver.