Le ministre Proulx souhaite plus d’élèves en difficulté dans les classes ordinaires

Le Conseil supérieur de l’éducation a mis en avant le faible taux de diplomation et de qualification des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage.
Photo: Jonathan Hayward La presse Canadienne Le Conseil supérieur de l’éducation a mis en avant le faible taux de diplomation et de qualification des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, souhaite intégrer davantage d’élèves en difficulté dans les classes ordinaires et assure que les ressources seront au rendez-vous. Il réagissait mardi aux recommandations du Conseil supérieur de l’éducation, qui plaide pour une transformation en profondeur de la façon dont on aborde la différence dans les écoles.

 

« [Le Conseil] nous dit que ça va prendre des ressources, mais également qu’il faut revoir l’approche. Et à ce sujet-là, je suis au travail, a soutenu le ministre dans un impromptu de presse mardi.

 

« On va améliorer les choses au ministère de l’Éducation, on va aussi changer un peu notre façon de travailler avec les commissions scolaires. Dans les deux cas, ça va améliorer les choses : plus de personnes en services directs, moins de bureaucratie et des sommes qui ne seront jamais plafonnées. »

 

Sur la composition de la classe, le ministre affirme que « ça fait partie des discussions que nous avons déjà avec les différents réseaux », précisant qu’il « faut laisser un espace d’autonomie » aux milieux scolaires.

 

« La science est du côté de l’intégration, mais il y a une limite à cette intégration et il faut s’assurer de ne pas tomber dans le point de bascule qui fait en sorte qu’on nuit à certains élèves », ajoute le ministre.

 

Il entend d’ailleurs mandater son futur comité national d’excellence en éducation pour étudier cette question. « Ce que je dis aux parents du Québec, c’est qu’on n’abandonne personne ; la réussite, c’est pour tout le monde. On met des ressources de l’avant et on veut une mixité. »

 

L’avis du CSE

 

Dans un avis rendu public mardi, le Conseil supérieur de l’éducation affirme que le modèle actuel a atteint ses limites. Il cite pour preuve le faible taux de diplomation et de qualification des élèves handicapés, en difficulté d’apprentissage, issus de milieux défavorisés ou de l’immigration.

 

« Il y a des élèves qui sont laissés pour compte », résumait la présidente du Conseil supérieur de l’éducation, Lucie Bouchard, en entrevue au Devoir mardi.

 

Le Conseil faisait le constat que la classe ordinaire est de plus en plus hétérogène et qu’il faut donc arrêter de répondre aux besoins de chacun sur une base individuelle, mais penser en amont et offrir une réponse universelle aux besoins particuliers.

 

Le Conseil dénonçait également « l’approche médicale des difficultés scolaires » qui « stigmatise » la différence et « réduit l’identité de l’élève à la catégorie qui lui est assignée ».

On va améliorer les choses au ministère de l’Éducation, on va aussi changer un peu notre façon de travailler avec les commissions scolaires

 

Syndicat

 

À la Fédération des syndicats de l’enseignement, la présidente Josée Scalabrini « salue ce grand principe de l’égalité des chances pour tous », mais s’insurge contre l’idée d’une équipe-école prenant en charge les élèves. « On vient déposséder l’enseignant de son autonomie », dénonce-t-elle.

 

Le Conseil supérieur de l’éducation, qui a étudié le cas de 16 « écoles inspirantes », affirme pourtant que, dans les écoles qui ont changé leur approche pour accueillir la différence, les professeurs, mieux soutenus, témoignent d’un sentiment de satisfaction professionnelle.

 

« Je ne demande qu’à rencontrer ces profs heureux et épanouis, répond Josée Scalabrini. Mais si on me demande de préparer avec mes confrères et consoeurs un enseignement avec ma composition de classe, qui va venir répondre à mon élève qui a un trouble du spectre de l’autisme, à celui qui est dyslexique et à celui qui a des difficultés langagières, je m’excuse, mais on me demande quand même de préparer un enseignement individualisé et d’avoir les yeux sur chaque problématique. Et on me dit que je vais être heureuse de répondre à tous les besoins en même temps et que ça va me permettre de ne pas échapper mon élève dit plus régulier ? Ce n’est pas vrai, on va en échapper quelque part. »

 

Des pistes « intéressantes »

 

À la Commission scolaire de Montréal, la présidente, Catherine Habrel-Bourdon, trouve cette approche globale « très inspirante ». Une grande discussion sur l’inclusion est justement au menu pour la prochaine journée pédagogique en novembre.

 

À Québec, les partis d’opposition rappellent eux aussi l’importance de la mixité sociale et scolaire dans les écoles publiques.

 

Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, voit dans cet avis « des pistes très intéressantes » et applaudit au principe de l’approche globale.

 

Le député du PQ Alexandre Cloutier estime pour sa part que « l’approche individualité sera toujours nécessaire puisque chaque jeune a ses propres défis ».

 

Les deux députés ajoutent que, malgré les nombreuses sonnettes d’alarme ces dernières années, le ministre n’a pas démontré une réelle intention de rendre l’école plus égalitaire.

7 commentaires
  • Serge Bouchard - Abonné 25 octobre 2017 09 h 28

    Point e bascule

    « La science est du côté de l’intégration, mais il y a une limite à cette intégration et il faut s’assurer de ne pas tomber dans le point de bascule qui fait en sorte qu’on nuit à certains élèves », ajoute le ministre.

    Tomber dans un point de bascule est déjà nébuleux, mais au-delà de ça, le ministre pourrait-il nous dire, en s'appuyant la science qui est du côté de l'intégration, quand, dans une classe dite ordinaire, ce point est franchi ?

  • André Labelle - Abonné 25 octobre 2017 12 h 53

    IDÉALISTE OU RÉALISTE ?

    Le ministre doit prouver que les ressources sont présentes avant de mettre plus d'élèves en difficulté dans les classes ordinaires. Pas le contraire.

    Le danger est double concernant cette intégration accrue. Un, comment les élèves en difficultés seront mieux servis en les intégrants dans les classes ordinaires ? Deux, si on intègre plus d'élèves en difficulté dans les classes ordinaires réduira-t-on la disponibilité des profs pour les élèves sans difficulté ?

    Il me semble que les réponses à ces deux questions sont d'être évidentes.

    Comme le ratio élèves/prof est beaucoup moins élevés pour les classes pour élèves en difficulté, est-ce qu'intégrer les élèves en difficulté dans les classes ordinaires, ce qui aura comme impact de fermer les classes pour élèves en difficulté donc de réduire les budgets ?

    Les réponses sont loin d'être claires.

  • Michel Leclerc - Abonné 25 octobre 2017 13 h 34

    Michel Leclerc - Abonné

    Avez-vous relu votre titre ???

    Le ministre souhaiterait qu'il y ait plus d'élèves en difficultés ???

    On n'est pas sortis de l'auberge... :-)

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 octobre 2017 13 h 52

      Bizarre que pas plus de gens-lecteurs aient remarqué...la confusion dans le titre.
      On ne sait pas mieux lire qu'écrire ou encore, parler?

  • Patrick Daganaud - Abonné 25 octobre 2017 13 h 42

    ON NE FAIT PAS DU VRAI AVEC DU FAUX

    Le conseil supérieur de l’éducation plaide pour « une transformation en profondeur de la façon dont on aborde la différence dans les écoles » : cela a tout l'air que le nouveau concept sera celui de « la différence semblablement collective. »

    La lecture de Josée Scalabrini est la bonne : « (...) qui va venir répondre à mon élève qui a un trouble du spectre de l’autisme, à celui qui est dyslexique et à celui qui a des difficultés langagières, je m’excuse, mais on me demande quand même de préparer un enseignement individualisé et d’avoir les yeux sur chaque problématique. Et on me dit que je vais être heureuse de répondre à tous les besoins en même temps et que ça va me permettre de ne pas échapper mon élève dit plus régulier ? Ce n’est pas vrai, on va en échapper quelque part. »

    La présidente de la CSDM, Catherine Habrel-Bourdon, trouve l'approche globale préconisée « très inspirante ». Quelle profonde connaissance des réalités! La promotion de la pensée magique!

    L'approche globale, en ce moment, c'est encore l'économique modèle de l’Iowa de Royer (1991) et, plus nouvellement, le revampé modèle de « Réponse à l'intervention » (RAI) qui prône une intervention majorée en classe et minimise les interventions cliniques est une fraude monumentale. Il prétend que 80 % des élèves peuvent recevoir leurs services en classe avec un accompagnement minimal, 15 % de plus avec un soutien ponctuel de groupe et 5 % en interventions cliniques.

    Dans les faits, seuls 70 % des écoliers peuvent, dans notre société malmenée, recevoir leur enseignement dans des conditions ordinaires. 30 % ont besoin d'interventions individualisées il n'y a que 2 étages à la pyramide falsifiée du RAI.

    Proulx fait semblant.
    Le CSE erre.
    La recherche crée ses diktats erratiques sur des données de moins en moins probantes.
    Les intervenants ne sont pas écoutés.
    Les directions font des égos trips.
    Les ÉHDAA ne sont pas sortis de leur enfer.

  • Carmen Labelle - Abonnée 25 octobre 2017 19 h 43

    Cynisme consommé

    Faire plus avec moins, voilà la devise adoptée par les libéraux depuis leur élection. Les professeurs sont déjà débirdés et ont de moins en moins d'aide avec les coupures du gouvernement Couillard. C'est une insulte à des êtres humains que l'on traite comme des machines dont on peut augmenter la cadence en tournant un bouton. Quel mépris!