Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Profil des cégépiens

    À quoi ressembleront les étudiants de demain?

    21 octobre 2017 | Jean-François Venne - Collaboration spéciale | Éducation
    En 1977, les étudiants âgés de 20 ans et plus représentaient à peine 12% des inscrits, alors qu’ils comptent pour 29% en 2017.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir En 1977, les étudiants âgés de 20 ans et plus représentaient à peine 12% des inscrits, alors qu’ils comptent pour 29% en 2017.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    On n’a plus les cégépiens qu’on avait ! Au fil des ans, les cégeps ont dû s’adapter à de nouvelles attentes et devront encore le faire pour bien éduquer les étudiants de demain. Regard sur une population en évolution constante.

     

    « Il y a quelques différences assez notables dans les inscriptions au cégep lorsque l’on compare les années 1977 et 2017 », indique Geneviève Lapointe, directrice des communications au Service régional d’admission du Montréal métropolitain (SRAM). Le SRAM coordonne les admissions de 32 cégeps sur un territoire allant de l’Estrie à l’Abitibi-Témiscamingue et de la Mauricie à l’Outaouais.

     

    Les adultes, par exemple, sont de plus en plus présents. En 1977, les étudiants âgés de 20 ans et plus représentaient à peine 12 % des inscrits, alors qu’ils comptent pour 29 % en 2017. « Bien sûr, le vieillissement de la population peut en partie expliquer cette évolution, mais il est possible aussi que la vision de l’éducation change et que le retour aux études soit une option plus facilement envisageable maintenant pour les adultes », estime Mme Lapointe.

     

    Les femmes sont aussi beaucoup plus présentes dans les établissements collégiaux. Si elles représentaient la moitié de l’effectif en 1977, elles comptent aujourd’hui pour 56 % des étudiants. « Cette tendance s’est stabilisée depuis une dizaine d’années, mais la faible proportion d’hommes demeure préoccupante », confirme la directrice des communications.

     

    Par ailleurs, la proportion actuelle d’étudiants au général (48 %) par rapport au technique (52 %) est exactement la même qu’en 1977. Ces proportions ont parfois varié au fil des ans, sans que l’on puisse déterminer une tendance particulière.

     

    Le cyberétudiant

     

    S’il est important de regarder dans le rétroviseur pour comprendre l’évolution de la population étudiante, les cégeps, eux, doivent garder les yeux fixés droit devant eux. De quoi auront l’air les étudiants de demain ? Quels défis poseront-ils aux établissements collégiaux ? Le Centre d’étude des conditions de vie et des besoins de la population (ECOBES), un organisme du cégep de Jonquière dédié à la recherche en sciences sociales appliquées, notamment dans le secteur de l’éducation, a préparé un intéressant portrait de l’étudiant de demain. Cette recension de données sera présentée lors du prochain congrès de la Fédération des cégeps, lequel se déroulera les 25 et 26 octobre à Québec.

     

    « Bien sûr, l’usage des nouvelles technologies différencie grandement les jeunes nés au début des années 2000 et modifie leur manière d’apprendre, de communiquer et de collaborer entre eux à l’école et ailleurs », note Marie-Ève Blackburn, chercheuse à l’ECOBES. Elle cite à ce sujet quelques données produites par le CEFRIO. Par exemple, 95 % des 18-24 ans se connectent au moins une fois par jour à des médias sociaux. Ils sont aussi les plus friands de YouTube, Snapchat et Instagram. Or, ces médias sociaux ne reposent pas sur l’écrit, mais sur des photos et des vidéos.

     

    C’est aussi par les médias sociaux et les messages textes que les étudiants communiquent entre eux. Toujours selon le CEFRIO, 66 % des jeunes de 18-24 ans communiquent par messagerie instantanée et 72 % par messages textes. Donc, si on veut les joindre, c’est là qu’ils se trouvent. Les cégeps ne devront pas seulement adapter leurs messages, mais aussi choisir de nouvelles voies de communication.

     

    Cet usage des nouveaux outils technologiques a plusieurs conséquences. Michaël Gaudreault, enseignant-chercheur à l’ECOBES, note déjà chez les étudiants collégiaux l’habitude d’obtenir instantanément les informations qu’ils recherchent. « Si un étudiant me pose une question à laquelle je n’ai pas de réponse, d’autres chercheront rapidement sur leur téléphone ou leur tablette pour la trouver », raconte-t-il. La durée d’attention des étudiants se raccourcit et ils préfèrent grandement un apprentissage expérientiel et interactif.

     

    Le professeur ne doit donc pas qu’adapter son rythme, mais aussi sa manière de faire passer le message et parfois ses outils d’évaluation.

     

    Besoin d’appui

     

    S’il est très marquant, le virage technologique des jeunes n’est pas le seul défi qui se pose aux cégeps. Ces derniers doivent aussi composer avec des étudiants dont les besoins varient grandement de l’un à l’autre. Selon le ministère de l’Éducation (MELS), les cégeps québécois comptaient, en 2008, 731 étudiants présentant un trouble d’apprentissage, soit sept fois plus qu’en 2003. Quant aux étudiants en situation de handicap, ils sont passés de 1303 à 11 347 entre 2007 et 2014, une augmentation de 770 %.

     

    « La démocratisation de l’enseignement secondaire permet à plus d’élèves en difficulté d’apprentissage ou en situation de handicap d’accéder au cégep, ce qui est une bonne chose, lance Marie-Ève Blackburn. Toutefois, dans des cégeps durement touchés par les coupes budgétaires, notamment en 2011 et 2012, les services pour appuyer ces étudiants ne suivent pas toujours. »

     

    Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport mesure les taux d’accès au collégial, c’est-à-dire combien d’élèves, parmi tous ceux de chaque cohorte de 1re secondaire, se rendent par la suite au cégep. Ce taux était de 56 % pour la cohorte de 1998, mais est grimpé à 64 % pour celle de 2008. « Les élèves sont plus nombreux à souhaiter faire des études au cégep et à l’université, il faut savoir répondre à leurs aspirations »,soutient Michaël Gaudreault.

     

    D’autant plus que l’attitude de ces étudiants envers la poursuite de leurs études peut s’avérer un peu déstabilisante pour les gestionnaires des cégeps. Ils ne conçoivent pas nécessairement leur cheminement de manière linéaire et sont plus nombreux qu’avant à l’interrompre pour voyager, travailler ou faire leurs études en trois ou quatre ans plutôt que deux ou trois parce qu’ils réalisent un projet sportif ou autre en parallèle.

     

    Conséquence : le taux de diplomation dans les délais prévus recule légèrement (de 36 % pour la cohorte de 1998 à 34 % pour celle de 2011), mais si on attend quelques années, le taux d’obtention du DEC se stabilise à 62 %. « Les cégeps devront aussi s’adapter à cette nouvelle réalité et développer des programmes offrant les expériences de vie que les jeunes recherchent, des séjours à l’étranger, par exemple », conclut Marie-Ève Blackburn.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.